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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202932

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202932

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2022, et un mémoire, enregistré le 28 juin 2022, M. E A, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, sur le seul fondement de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles L. 611-3 et R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et des conséquences qu'elle emporte sur celle-ci ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est placé dans une situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jazeron, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Francos, substituant Me Sarasqueta, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 22 décembre 1988 à Chlef (Algérie), indique être entré sur le territoire français au mois de septembre 2019. L'intéressé a été interpellé par les services de police le 23 mai 2022. Par un arrêté pris ledit jour, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022, régulièrement publié le jour même, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme F B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque donc en fait.

4. En second lieu, l'arrêté litigieux vise les textes sur lesquels il se fonde, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne les éléments de fait sur lesquels il repose, rappelant en particulier les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France et les circonstances liées à sa situation personnelle et familiale. Enfin, l'arrêté précise que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que cet arrêté serait insuffisamment motivé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que la mesure d'éloignement en litige aurait été prise à la suite d'une décision portant refus de séjour. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que cette mesure serait privée de base légale en raison de l'illégalité d'une prétendue décision portant refus de séjour.

6. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". En outre, aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".

7. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il dispose d'informations suffisamment précises et circonstanciées permettant d'établir qu'un étranger résidant habituellement en France présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers ne pouvant faire l'objet d'une mesure d'éloignement, le préfet doit, lorsqu'il envisage de prendre une telle mesure à son encontre et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale sur le territoire français, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

8. En l'espèce, il est vrai que, lors de son audition menée par les services de police le 23 mai 2022, M. A a indiqué qu'il avait des problèmes d'estomac et qu'il souhaitait être soigné en France. Toutefois, l'intéressé n'avait jamais sollicité de titre de séjour pour raisons médicales et, surtout, les indications très sommaires données à l'autorité de police n'étaient à l'évidence pas suffisantes pour laisser présumer qu'il pouvait présenter un état de santé d'une particulière gravité susceptible de le faire entrer dans le champ des dispositions protectrices précitées. Même dans la présente instance, il ne produit d'ailleurs aucune pièce médicale de nature à étayer ses déclarations. Dans ces conditions, le préfet n'était nullement tenu de saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de prononcer la mesure litigieuse. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure sera écarté.

9. En troisième lieu, M. A n'est présent que depuis deux ans et demi sur le territoire français où il n'a jamais sollicité de titre de séjour. Il est célibataire et sans enfant et, s'il fait état de la présence d'un frère et d'un oncle en France, il n'établit ni la régularité de leur séjour sur le territoire national, ni l'intensité des liens qu'il pourrait entretenir avec eux. Il ne justifie par ailleurs d'aucune intégration particulière dans la société française, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où réside le reste de sa famille et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans. En conséquence, M. A ne peut sérieusement soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ou des conséquences sur cette situation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait privée de sa base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait placé en situation de compétence liée ou qu'il n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation du requérant avant de refuser de lui accorder un délai de départ.

12. En troisième lieu, en vertu de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes (). ".

13. Pour refuser d'accorder à M. A le bénéfice d'un délai de départ volontaire, l'autorité préfectorale a pu légalement se fonder sur ce que l'intéressé ne pouvait justifier ni d'une entrée régulière sur le territoire français, ni d'une demande de titre de séjour, ni de garanties de représentation suffisantes en l'absence de document d'identité ou de voyage et de lieu de résidence stable. Par conséquent, il n'a commis aucune erreur d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de sa base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

15. En second lieu, d'une part, en vertu de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". D'autre part, en vertu de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

16. M. A fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai de départ et ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire particulière. Il ne justifie ni d'une ancienneté de séjour significative en France, ni de liens particulièrement intenses dans ce pays. Par suite, l'autorité préfectorale n'a commis aucune erreur d'appréciation en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée limitée à un an.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait privée de sa base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 23 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par le requérant et son conseil au titre des frais de procédure.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Sarasqueta et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

F. C Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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