mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202935 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2022, Mme F E représentée par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une attestation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 où, à titre subsidiaire, sur le seul fondement de l'article L. 761-1.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de compétence ;
- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendue;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les obligations mises à la charge de la France par les instruments internationaux de lutte contre la traite humaine ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 316-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains du 16 mai 2005 ;
- la directive 2011/36/UE du Parlement et du Conseil du 5 avril 2011 concernant la prévention de la traite des êtres humains ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jazeron, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Tercero, représentant la requérante, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de Mme E, assistée par M A, interprète en anglais, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante nigériane, née le 22 novembre 2000 à Benin City (Nigéria), déclare être entrée en France le 20 avril 2019 et y a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 3 juin 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande le 10 septembre 2021 et la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours le 25 février 2022. Par un arrêté pris le 29 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022 publié au recueil administratif le même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué ne peut donc qu'être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître son point de vue, de manière utile et effective, avant l'adoption d'une décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Dans l'hypothèse prévue par le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise après que la qualité de réfugié ou la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire découle nécessairement du rejet de la demande de protection. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision portant obligation de quitter le territoire, dès lors qu'il a pu être entendu lors de l'examen de sa demande d'asile.
5. En l'espèce, Mme E a été mise à même de porter à la connaissance de l'administration, pendant toute la durée de l'instruction de sa demande d'asile, l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont elle souhaitait se prévaloir. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'elle aurait été empêchée de leur transmettre des informations pertinentes préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté. Par ailleurs, l'article R. 531-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposait pas à l'autorité préfectorale de se faire communiquer la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour connaître les motifs de rejet de sa demande d'asile. Par suite, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu et du défaut d'examen.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
7. Mme E soutient être exposée à des risques de traitements contraires aux stipulations précitées en cas de retour au Nigéria en raison de sa soustraction au réseau de traite humaine qui l'avait conduite en Italie et dont elle prétend s'être distanciée depuis l'année 2018. Toutefois, alors que la Cour nationale du droit d'asile a estimé son récit peu vraisemblable et que le certificat médical du 20 janvier 2022 ne permet pas de déterminer les circonstances à l'origine des séquelles relevées, la requérante se borne à se référer à un rapport et un article relatant des considérations générales quant à la situation des femmes victimes des réseaux de prostitution au Nigéria, ce qui ne permet nullement d'établir qu'elle serait actuellement et personnellement exposée à des risques de traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans ce pays. Dès lors, le moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, les stipulations d'un traité ou d'un accord introduit dans l'ordre juridique interne peuvent être utilement invoquées à l'appui d'une demande tendant à ce que soit annulé un acte administratif ou écarté l'application d'une loi ou d'un acte incompatibles avec la norme juridique qu'elles contiennent, dès lors qu'elles créent des droits dont les particuliers peuvent se prévaloir directement. De manière générale, une stipulation doit être reconnue d'effet direct par le juge administratif lorsque, eu égard à l'intention exprimée des parties et à l'économie générale du traité invoqué, ainsi qu'à son contenu et à ses termes, elle n'a pas pour objet exclusif de régir les relations entre Etats et qu'elle ne requiert pas l'intervention d'actes complémentaires pour produire des effets à l'égard des particuliers.
9. Les articles 12 et 13 de la convention du Conseil de l'Europe relative à la lutte contre la traite des êtres humains du 16 mai 2005 renvoient à des mesures complémentaires pour définir des mesures d'assistance aux victimes de la traite des êtres humains et pour prévoir un délai de rétablissement et de réflexion lorsqu'il existe des motifs raisonnables de penser qu'une personne est victime de traite. En conséquence, les stipulations dont se prévaut la requérante sont dépourvues d'effet direct et ne peuvent être utilement invoquées dans le présent litige. Par ailleurs, l'argument tiré de l'insuffisance des mesures adoptées en droit interne pour la transposition de ces stipulations n'est pas assorti de précisions suffisantes.
10. En cinquième lieu, la requérante ne peut pas se prévaloir des recommandations du groupe des experts et de celles du comité des parties de la convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains, lesquelles n'ont pas de valeur contraignante.
11. En sixième lieu, la directive 2011/36/UE du 5 avril 2011 sur la prévention de la traite des êtres humains, transposée aux articles L. 425-1, R. 425-1 et R. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne porte pas, comme le rappelle son paragraphe 17, sur les conditions de séjour des victimes de la traite des êtres humains sur le territoire des États membres et ne peut donc être utilement invoquée dans le présent litige.
12. En septième lieu, les dispositions de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, succédant à l'ancien article R. 316-1, chargent les services de police et de gendarmerie d'une mission d'information, à titre conservatoire et préalablement à toute qualification pénale, des victimes potentielles de faits de traite d'êtres humains. Ainsi, lorsque ces services ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait être reconnu victime de tels faits, il leur appartient d'informer celui-ci de ses droits en application de ces dispositions. En l'absence d'une telle information, l'étranger est fondé à se prévaloir du délai de réflexion pendant lequel aucune mesure d'éloignement ne peut être prise ni exécutée, notamment dans l'hypothèse où il a effectivement porté plainte par la suite.
13. En l'espèce, l'arrêté en litige a été adopté en conséquence de la décision portant rejet de la demande d'asile de la requérante, sans interpellation préalable par les services de police ou de gendarmerie et sans que l'intéressée n'allègue avoir informé lesdits services de l'existence de menaces par un réseau de traite des êtres humains dont elle se serait extraite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.
14. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
15. Mme E est présente depuis seulement trois ans en France où elle n'a été autorisée à séjourner que le temps de l'examen de sa demande d'asile. Elle est célibataire et sans enfant et ne se prévaut ni d'attaches personnelles et familiales ni d'une intégration particulière sur le territoire national. Enfin, elle n'allègue pas être dépourvue de liens dans son pays d'origine. Dans ce contexte, le préfet n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 29 avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte sont rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par la requérante au titre des frais non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : Mme E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
F. C Le greffier,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026