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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2202943

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2202943

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2202943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2022, M. A B, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui accorder sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de titre de séjour porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi sont dépourvues de base légale ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juillet 2023 à 12 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-malien du 26 octobre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Péan a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 10 janvier 1997, est entré sur le territoire français le 15 juillet 2012, selon ses déclarations. Une première demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité d'étudiant, formée le 26 juin 2015, a été rejeté par un arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 24 décembre 2015, qui lui a également fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. L'intéressé a formulé une nouvelle demande en ce sens, le 16 avril 2021, que le préfet de la Haute-Garonne a rejeté par arrêté du 13 octobre 2021, comportant également une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que la fixation du pays de renvoi. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet a entendu se fonder. En outre, il relate les conditions d'entrée et de séjour de M. B en France et précise les circonstances de fait propres à sa situation. A cet égard, il mentionne notamment l'inscription de l'intéressé en licence " d'administration économique et sociales " pour l'année 2020-2021 ainsi que la présence en France de son frère. Il indique par ailleurs qu'il ne dispose pas du visa long séjour requis et qu'il ne peut bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions alors codifiées à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa situation ne répond pas à des considérations humanitaires. Enfin, il ajoute qu'il n'est pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée dès lors que M. B est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à rappeler de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. B, est suffisamment motivé.

3. En second lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Par ailleurs, la circonstance que le préfet a indiqué à tort qu'il ne disposait d'aucune inscription universitaire pour l'année 2021-2022 ne traduit pas l'existence d'une erreur de fait entachant d'illégalité la décision en litige, laquelle se fonde sur l'absence de détention d'un visa de long séjour et de progression significative dans ses études.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. B, célibataire et sans charge de famille, qui déclare être entré en France le 15 juillet 2012, n'a jamais été admis à séjourner sur le territoire français. S'il fait valoir que l'état de santé de son frère, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 7 mars 2031, requière sa présence à ses côtés, il n'établit pas que celui-ci présenterait une pathologie nécessitant une assistance qu'il serait seul à même de lui procurer. Il ne fait par ailleurs état d'aucun autre lien d'ordre privé ou familial sur le territoire alors qu'il a lui-même indiqué dans sa demande que sa mère résidait au Mali. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 24 décembre 2015. Ainsi, et alors même qu'il était inscrit en Licence d'administration économique et sociale au titre de l'année 2021-2022, M. B ne peut être regardé comme ayant établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Dans ces circonstances, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi seraient dépourvues de base légale.

7. En second lieu, pour les motifs exposés au point 5, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que ces deux décisions méconnaitraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cazanave et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

C. PEAN

La présidente,

S. CHERRIER La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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