mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202967 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CAMBON |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 mai 2022 et 11 mai 2023 sous le n° 2202967, Mme D B A, représentée par Me Cambon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 20 avril 2022 portant cessation des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 20 avril 2022, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-947 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un entretien de vulnérabilité ;
- l'OFII n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- l'OFII s'est, à tort, placé en situation de compétence liée ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de base légale demandée par l'OFII.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 avril 2023 à 17 h 06 et 17 h 20, l'Office français de l'immigration et de l'intégration sollicite une substitution de base légale et conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- doit être visé comme base légale l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lieu et place de l'article L. 551-16 du même code ;
- les moyens soulevés par Mme B A ne sont pas fondés.
Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2022 et 11 mai 2023 sous le n° 2203890, Mme D B A, représentée par Me Cambon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 25 mai 2022 portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 20 avril 2022, à titre subsidiaire à réexaminer sa situation, dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-947 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- l'OFII n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- l'OFII s'est, à tort, placé en situation de compétence liée ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de base légale sollicitée par l'OFII.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration sollicite une substitution de base légale et conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- doit être visé comme base légale l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lieu et place de l'article L. 551-16 du même code ;
- les moyens soulevés par Mme B A ne sont pas fondés.
Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante somalienne née le 23 mai 1990, est entrée sur le territoire français, enceinte, en décembre 2021 en provenance d'Italie. Le 12 janvier 2022, sa fille C est née en France. Le 21 janvier 2022, Mme B A a déposé une demande d'asile auprès du guichet unique des demandeurs d'asile de la Haute-Garonne qui a été enregistrée en procédure Dublin. Le 25 janvier 2022, elle a accepté les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 20 avril 2022, le directeur territorial de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme B A, au motif qu'elle s'était abstenue de se présenter au programme régional d'accompagnement et d'hébergement des demandeurs d'asile (PRAHDA) ADOMA de Toulouse dans le délai de cinq jours. Par sa requête enregistrée sous le n° 2202967, Mme B A demande l'annulation de cette décision.
2. Le 11 mai 2022, Mme B A a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 25 mai 2022 prise après un entretien d'évaluation de vulnérabilité effectué le 18 mai 2022, le directeur territorial de l'OFII a rejeté sa demande. Par sa requête enregistrée sous le n° 2203890, Mme B A demande l'annulation de cette décision.
Sur la jonction :
3. Les requêtes enregistrées sous les nos 2202967 et 2203890 concernent la même personne, portent sur des questions de droit identiques, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
4. Mme B A ayant été admise dans chacune de ses requêtes au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions des 11 janvier et 8 février 2023, ses conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. La directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".
6. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant ces dispositions : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature () ". Et aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () / 2°) Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".
En ce qui concerne la décision du 20 avril 2022 portant cessation des conditions matérielles d'accueil :
7. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle énonce par ailleurs les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée. Ces différentes mentions sont suffisamment précises pour mettre Mme B A en mesure de contester utilement cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. "
9. Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, Mme B A, qui ne conteste pas avoir bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile le 21 janvier 2022, ce qui ressort en outre de l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil qu'elle a acceptée en étant assistée d'un interprète en langue somali qu'elle comprend, en cochant notamment la case " je certifie avoir bénéficié d'un entretien d'évaluation de ma vulnérabilité par l'OFII dans une langue que je comprends, avec le concours d'un interprète professionnel le cas échéant ", ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien à l'encontre de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
10. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme B A. Par ailleurs, les dispositions précitées, si elles prévoient que la décision prend en compte la vulnérabilité de la personne, n'imposent pas la tenue d'un entretien de vulnérabilité, entretien dont en tout état de cause, comme il vient d'être dit, Mme B A a fait l'objet lors de sa prise en charge par l'OFII le 21 janvier 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.
11. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'OFII, qui a procédé à un examen complet de la situation de Mme B A, notamment lors de l'entretien individuel dont elle a bénéficié le 21 janvier 2022 en langue somali et qui se rapportait tant à elle-même qu'à sa fille mineure, ne s'est pas placé en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de ce que l'OFII n'aurait pas exercé sa compétence doit être écarté.
12. En cinquième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que lors de l'entretien dont elle a fait l'objet le 21 janvier 2022 au cours duquel elle a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, puis lors de la notification à se présenter à un hébergement qui lui a été faite le 18 février 2022, Mme B A a été informée que le manquement aux obligations du dispositif des conditions matérielles d'accueil, constitué notamment par le fait de ne pas se présenter dans les 5 jours de la convocation dans le lieu d'hébergement proposé ou de refuser l'hébergement proposé, était susceptible d'entraîner la cessation des conditions matérielles d'accueil. Cela lui a également été rappelé le 1er mars 2022 lorsqu'elle a refusé d'intégrer l'hébergement qui lui a été proposé. Un temps de réflexion lui a alors été laissé avant de donner sa réponse définitive. Les 1er et 8 mars 2022, le centre d'hébergement a informé l'OFII de la carence de Mme B A. Si la requérante soutient qu'elle était légitime à refuser l'hébergement qui lui a été proposé, celui-ci ne présentant pas selon elle les conditions sanitaires et d'hygiène, ainsi que de couchage, convenant à un nourrisson de trois mois, ces circonstances, à les supposer même établies, ne sont pas de nature à entacher la décision attaquée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, Mme B A ayant en toute connaissance de cause, alors qu'elle indique elle-même qu'à cette époque-là, elle vivait dans la rue, refusé l'hébergement qui lui était proposé et qui tenait compte de sa situation.
13. Il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme B A a refusé le 1er mars 2022 l'hébergement qui lui a été proposé. Or, il résulte de la combinaison des articles L. 551-9 et L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), d'une part, et des articles L. 551-15 et L. 551-16 de ce code, d'autre part, que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du CESEDA et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées. Dès lors, la décision attaquée portant cessation des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait Mme B A ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
15. En l'espèce, la décision attaquée, motivée, après examen de ses besoins et sa situation personnelle et familiale, par le fait que Mme B A n'a pas rejoint dans les 5 jours le centre d'hébergement vers lequel elle a été orientée, trouve son fondement légal dans les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 551-16 du même code dès lors, en premier lieu, que Mme B A se trouvait dans la situation où, en application des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII pouvait décider de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver la requérante d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.
16. Par suite, en retirant à Mme B A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle et familiale de la requérante.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B A à fin d'annulation de la décision du 20 avril 2022 doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision du 25 mai 2022 portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil :
18. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle énonce par ailleurs les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée, faisant état notamment de l'entretien de vulnérabilité dont Mme B A a fait l'objet le 18 mai 2022, de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale. Ces différentes mentions sont suffisamment précises pour mettre Mme B A en mesure de contester utilement cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
19. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme B A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.
20. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'OFII, qui a procédé à un examen complet de la situation de Mme B A, notamment lors d'un entretien de vulnérabilité le 18 mai 2022, ne s'est pas placé en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de ce que l'OFII n'aurait pas exercé sa compétence doit être écarté.
21. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a pris la décision attaquée après avoir été saisi par Mme B A d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, demande dans laquelle celle-ci a exposé d'une part, les raisons l'ayant conduit le 1er mars 2022 à refuser l'hébergement qui lui avait été proposé dans le cadre de la prise en charge proposée par l'OFII et qu'elle avait acceptée le 18 février 2022, et d'autre part, les motifs, notamment familiaux, pour lesquels elle sollicitait le rétablissement de ces conditions matérielles d'accueil. Il ressort également des pièces du dossier que l'OFII a pris la décision attaquée après avoir soumis Mme B A à un nouvel entretien de vulnérabilité le 18 mai 2022. Par ailleurs, Mme B A ne conteste pas avoir accepté les conditions matérielles d'accueil le 21 janvier 2022, puis la proposition d'hébergement qui lui a été faite le 18 février 2022, avant finalement de la décliner au motif que cet hébergement ne présentait pas à ses yeux les conditions sanitaires, d'hygiène et de couchage nécessaires à un nourrisson né le 12 janvier 2022, alors même qu'elle avait été informée, les 21 janvier, 18 février et 1er mars 2022, que le manquement aux obligations du dispositif des conditions matérielles d'accueil, constitué notamment par le fait de ne pas se présenter dans les 5 jours de la convocation dans le lieu d'hébergement proposé ou de refuser l'hébergement proposé, était susceptible d'entraîner la cessation des conditions matérielles d'accueil.
22. Il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme B A a refusé le 1er mars 2022 l'hébergement qui lui a été proposé. Or, il résulte de la combinaison des articles L. 551-9 et L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), d'une part, et des articles L. 551-15 et L. 551-16 de ce code, d'autre part, que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du CESEDA et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées. Dès lors, la décision attaquée portant cessation des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait Mme B A ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
23. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
24. En l'espèce, la décision attaquée, motivée, après examen de ses besoins et sa situation personnelle et familiale, par le fait que les motifs évoqués par Mme B A dans sa demande de rétablissement ne justifiait pas des raisons pour lesquelles elle n'avait pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge qui lui avait été faite, trouve son fondement légal dans les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 551-16 du même code dès lors, en premier lieu, que Mme B A se trouvait dans la situation où, en application des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII pouvait décider de refuser de rétablir à son bénéfice les conditions matérielles d'accueil, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver la requérante d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.
25. Par suite, en refusant à Mme B A le rétablissement des conditions matérielles d'accueil pour les motifs rappelés précédemment, l'OFII n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale de Mme B A.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B A à fin d'annulation de la décision du 25 mai 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
27. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B A étant rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, la somme demandée par Mme B A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B A, à Me Cambon et à l'Office français de l'immigration et l'intégration.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Lucas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2202967, 2203890
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026