mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2202969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHOEGJE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 mai 2022 et le 6 mars 2023, M. A C, représenté par Me Schoegje, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le maire d'Eaunes s'est opposé à sa déclaration préalable de division en vue de la création d'un lot à bâtir sur un terrain sis route de Villate à Eaunes (Haute-Garonne) ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Eaunes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la déclaration préalable ayant été déposée le 10 décembre 2021, il était titulaire d'une décision tacite de non opposition depuis le 10 janvier 2022, de sorte que la décision attaquée doit être regardée comme une décision de retrait de cette décision tacite de non opposition ;
- cette décision n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision implicite de non-opposition à déclaration préalable ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme, qui ne sont pas applicables au projet dès lors que la parcelle d'assiette est située dans un espace urbanisé ;
- le projet est conforme aux règles d'emprise au sol et de prospect fixées par le règlement du plan local d'urbanisme (PLU) d'Eaunes ;
- le maire ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme pour s'opposer au projet, eu égard à l'objet de la déclaration préalable, qui porte sur la création d'un lot à bâtir, et alors que le secteur ne présente aucun intérêt particulier.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 janvier 2023 et le 21 avril 2023, la commune d'Eaunes, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle se trouvait en situation de compétence liée pour procéder au retrait de la décision implicite de non-opposition à déclaration préalable et n'était dès lors pas tenue de mettre en œuvre une procédure contradictoire ; en tout état de cause, cette procédure a été respectée ;
- compte tenu de ses dimensions, le lot créé dans le cadre du projet de division ne permettra pas le respect par la construction future des articles 1.1, 1.3 et 1.4 applicables en zone UB du règlement du PLU d'Eaunes et des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 27 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rousseau,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- les observations de Me Schoegje, représentant M. C,
- et les observations de Me Courrech, représentant la commune d'Eaunes.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C a déposé le 10 décembre 2021 une déclaration préalable de division en vue de la création d'un lot à bâtir sur un terrain sis route de Villate à Eaunes. Par une décision du 10 janvier 2022, le maire d'Eaunes s'est opposé à cette déclaration. Par un courrier du 2 mars 2022, M. C a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté par une décision du 6 mai 2022. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 10 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la nature de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la commune d'Eaunes a réceptionné le dossier de déclaration préalable déposé par M. C le 10 décembre 2021. Le requérant fait valoir, sans être contredit par la commune d'Eaunes, qu'il n'a reçu notification de la décision d'opposition du 10 janvier 2022 que le 17 janvier 2022. M. C était ainsi titulaire, en application des dispositions précitées de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, d'une décision tacite de non-opposition depuis le 10 janvier 2022. Dans ces conditions, la décision attaquée doit être analysée comme une décision de retrait de la décision tacite de non-opposition née le 10 janvier 2022.
En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". La décision portant retrait d'une décision de non-opposition à déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de la décision de non-opposition à déclaration préalable d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect de la procédure ainsi prévue par les dispositions de l'article L. 122-1 de ce code constitue une garantie pour le titulaire de la décision de non-opposition à déclaration préalable que l'autorité administrative entend rapporter.
5. Il est constant qu'avant de procéder au retrait de la décision tacite de non opposition à déclaration préalable dont était titulaire M. C, le maire d'Eaunes n'a pas mis le pétitionnaire à même de présenter ses observations. A cet égard, la circonstance que la commune ait invité l'intéressé, par un courrier du 25 janvier 2022, à présenter ses observations sur cette mesure, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui s'apprécie à la date à laquelle elle a été édictée. En outre, contrairement à ce que soutient la commune, elle disposait d'une marge d'appréciation pour déterminer si le projet de division permettait d'assurer le respect par la construction future des articles 1.1, 1.3 et 1.4 applicables en zone UB du règlement du PLU d'Eaunes et des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Elle n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle se trouvait en situation de compétence liée pour retirer la décision tacite de non opposition du 10 janvier 2022. Dans ces conditions, le maire d'Eaunes a entaché la procédure d'irrégularité et privé M. C d'une garantie.
6. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 1.1 du règlement applicable en zone UB du plan local d'urbanisme d'Eaunes, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'emprise au sol des constructions ne pourra pas dépasser 30% de la superficie du terrain d'assiette du projet ". Aux termes de l'article 1.3 du même règlement : " Toute construction nouvelle devra être implantée à 3 m minimum de l'alignement des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique et emprises publiques. / Ce recul pourra être réduit à 2 m pour les piscines ". Aux termes de l'article 1.4 du même règlement : " Les constructions doivent être implantées : / soit en limite séparative à condition que le bâtiment édifié sur ladite limite ait une hauteur totale ne dépassant pas 2,5 mètres et que la longueur cumulée des constructions n'excède pas 8 mètres de longueur sur chaque limite séparative, / soit à une distance des limites séparatives au moins égale à la moitié de sa hauteur et jamais inférieure à 3 mètres ". Enfin, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
8. Il ressort des termes de la décision attaquée ainsi que des écritures de la commune que pour retirer la décision de non-opposition à déclaration préalable du 10 janvier 2022, le maire d'Eaunes s'est fondé sur la circonstance que le lot créé ne permettra pas, compte tenu de ses dimensions, le respect par la construction future des règles du plan local d'urbanisme relatives à l'emprise au sol et aux distances par rapport aux voies et aux limites séparatives et que la construction, qui présentera nécessairement des dimensions dérisoires, portera atteinte à l'intérêt des lieux.
9. Cependant, le requérant verse au dossier un plan de masse de la construction envisagée, dont il ressort que le lot à créer, d'une superficie de 379 m2, permet l'implantation d'une construction d'une emprise au sol de 83,55 m2, respectant à la fois la règle d'emprise au sol maximale de 30% de la superficie de la parcelle et les distances minimales de retrait par rapport aux voies et aux limites séparatives. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les dimensions de la construction envisagée porteraient atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants, alors que le lot faisant l'objet de la déclaration préalable s'implante dans un quartier composé principalement de maisons individuelles de plain-pied ou en R+1 de taille modeste. Dès lors, c'est à tort que le maire d'Eaunes a retiré la décision de non-opposition du 10 janvier 2022 au motif que le projet méconnaîtrait les dispositions des articles 1.1, 1.3 et 1.4 applicables en zone UB du règlement du PLU d'Eaunes, ainsi que les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen de la requête n'est pas de nature à permettre l'annulation de l'arrêté attaqué.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le maire d'Eaunes a retiré la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable née le 10 janvier 2022 doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Eaunes demande au titre des frais exposés par elle.
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Eaunes la somme de 1 500 euros à verser à M. C sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire d'Eaunes du 10 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : La commune d'Eaunes versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune d'Eaunes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune d'Eaunes.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
La rapporteure,
M. ROUSSEAU
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026