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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203052

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203052

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBARBOT-LAFITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 12 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 30 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par une pièce et un mémoire en défense, enregistrés les 11 et 13 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jazeron, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Barbot-Lafitte, représentant le requérant, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 5 décembre 1999 à Mostaganem (Algérie), indique être entré sur le territoire français au cours de l'année 2014. Il était muni d'un visa touristique délivré par les autorités espagnoles. Il s'est maintenu en France et a été interpellé par les services de police le 29 mai 2022. Par un arrêté édicté le 30 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. L'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne les éléments factuels pris en compte par le préfet pour prendre les décisions en litige et rappelle en particulier les conditions de l'entrée et du séjour du requérant en France. Dans ces conditions et alors même que le préfet n'a pas fait état de l'ensemble des circonstances liées à la situation personnelle de l'intéressé, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent et est donc suffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation particulière de M. A avant de prononcer la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté comme n'étant pas assorti de précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. S'il semble que M. A soit présent depuis huit ans en France, il n'en reste pas moins qu'il s'y est maintenu en situation illégale sans jamais solliciter son admission au séjour. Il est célibataire et sans enfant et, s'il justifie de la présence régulière de son père sur le territoire national, il ressort de ses propres déclarations que sa mère et sa sœur résident dans son pays d'origine. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle sur le territoire national, ne se prévalant à cet égard que d'un suivi récent par la mission locale pour l'emploi. Enfin, il ressort des éléments de la procédure qu'il a été interpellé pour des faits de vente de stupéfiants. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis. Par suite, les stipulations précitées n'ont pas été méconnues. Pour les mêmes motifs, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant ne n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation particulière de M. A avant de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En troisième lieu, en vertu de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et en vertu de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".

11. Il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que, pour refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur les dispositions précitées des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé est certes fondé à invoquer le caractère erroné du motif tiré de l'insuffisance de ses garanties de représentation, puisque, muni d'un passeport valide, il avait également indiqué son adresse aux services de police. Toutefois, il est constant que M. A ne peut justifier ni d'une entrée régulière sur le territoire français, ni d'une demande de titre de séjour, si bien que sa situation rentrait bien dans les prévisions du 1° de l'article L. 612-3. En l'absence de toute circonstance particulière de nature à rendre nécessaire un délai de départ, il résulte de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, lequel permettait de justifier légalement le refus en litige. En conséquence, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". D'autre part, selon de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

13. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est présent depuis huit ans sur le territoire français où il est arrivé âgé de seulement quinze ans et où il a poursuivi sa scolarité. Le préfet ne pouvait donc valablement se fonder sur son entrée récente en France pour motiver l'interdiction de retour. En outre, le requérant justifie de la présence régulière de son père, lequel est titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans et héberge l'intéressé à son domicile à Tournefeuille. Enfin, M. A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, alors que l'arrêté n'invoque pas la menace pour l'ordre public et que l'autorité administrative ne fait état d'aucun antécédent judiciaire, le prononcé d'une interdiction de retour d'une durée d'un an présente un caractère excessif. Il s'ensuit que la mesure en litige doit être annulée comme entachée d'une erreur d'appréciation, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés à son encontre.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il l'interdit de retour pour une durée d'un an.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 000 euros à Me Barbot-Lafitte sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 30 mai 2022 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Barbot-Lafitte au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Barbot-Lafitte et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

F. B La greffière,

P. TUR

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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