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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203209

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203209

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTEMPELS RUIZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juin 2022 et le 13 janvier 2023, M. E C, représenté par Me Tempels Ruiz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de 10 jours suivant le jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre les dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il justifie de son entrée régulière en France ;

- la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas procédé à un examen complet de sa demande ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant arménien né le 12 janvier 1975, est entré en France selon ses déclarations le 5 août 2016 avec son épouse et leurs deux enfants. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 30 juin 2017 et par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 décembre 2017. Sa demande de réexamen au titre de l'asile a également été rejetée par décisions de l'Ofpra du 20 février 201 et de la CNDA du 28 août 2018. M. C a divorcé le 4 octobre 2019 et s'est marié le 16 novembre 2019 avec une ressortissante française. Il a sollicité le 29 janvier 2019 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, puis le 31 janvier 2020 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par sa requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa, dont la durée de validité est régie par l'article 11, peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 19 de cette convention : " 1. Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l'ensemble des parties contractantes pendant la durée de validité du visa () ". Aux termes de l'article 22 de cette convention : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent () ". Aux termes de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage () ". La souscription de cette déclaration est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

3. Si M. C soutient être entré régulièrement en France sous couvert d'un visa " Etats Schengen " de court séjour délivré par les autorités espagnoles et valable du 2 septembre 2015 au 2 septembre 2017, il ne justifie ni même n'allègue avoir souscrit auprès des autorités françaises la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, et ne peut, par conséquent, être regardé comme entré régulièrement en France. Par suite, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas commis d'erreur de fait en mentionnant dans l'arrêté attaqué que M. C ne justifiait pas de son entrée régulière sur le territoire français.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

5. Tout d'abord, M. C, qui soutient être entré en France le 5 août 2016 donc depuis moins de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, ne peut sérieusement soutenir que cet arrêté aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, celle-ci ne devant être saisie, en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que lorsque le préfet envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour d'un étranger justifiant résider habituellement en France depuis plus de dix ans.

6. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que la préfète de Tarn-et-Garonne, qui mentionne dans l'arrêté attaqué l'avis favorable émis par les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi sur la demande d'autorisation de travail présentée par le Gaec Bianchi pour un emploi d'aide-maraîcher en contrat à durée déterminée d'une durée de 12 mois, et indique que la présentation d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait constituer " à lui seul " un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1, a examiné la demande du requérant formée le 29 janvier 2019 et tendant à son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen complet de la demande de M. C doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies :/ 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ;/ 2° Le conjoint a conservé la nationalité française () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est marié le 16 novembre 2019 à Saint-Paul de Fenouillet avec Mme D B. Les pièces produites à l'appui de la requête ne permettent pas de justifier d'une communauté de vie postérieurement au mois de septembre 2020. Ainsi, la préfète de Tarn-et-Garonne a pu, sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C, refuser le 23 mai 2022 de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français, au motif de l'absence de communauté de vie.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France selon ses déclarations en août 2016 à l'âge de 41 ans. S'il fait état de son mariage avec une ressortissante française le 16 novembre 2019, il n'établit pas, comme il a été dit précédemment, l'existence d'une communauté de vie avec son épouse postérieurement au mois de septembre 2020, et ne peut utilement se prévaloir, à l'appui du moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la situation de conflit existant en Arménie et de l'inquiétude que pourrait susciter ce conflit pour son épouse. En outre, M. C ne justifie pas d'une insertion particulière. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de l'intéressé, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui viennent d'être évoqués, le moyen tiré de ce que la préfète de Tarn-et-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 mai 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Les conclusions à fin d'annulation de M. C étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

F. A

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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