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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203223

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203223

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 juin 2022 et le 31 août 2022, Mme B A, représentée par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler en France, ou de réexaminer sa situation dès la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée de vice de procédure au regard des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute d'une délibération collégiale des médecins de l'office de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soddu,

- et les observations de Amari de Beaufort, représentant Mme A, également présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 1er juin 1975, est entrée en France le 26 juin 2019, sous couvert d'un visa de court séjour de quatre-vingt-dix jours délivré par le consulat de France à Alger. En raison de son état de santé, une autorisation provisoire de séjour lui a été délivrée à compter du 12 mai 2020, régulièrement renouvelée jusqu'au 1er mai 2021. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la portée du litige :

2. Aux termes de l''article R. 612-5-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. ".

3. Mme A a saisi le tribunal, d'une part, d'un recours enregistré sous le n° 2203223 tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2022 portant refus de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, d'autre part, d'un recours enregistré sous le n° 2300297 tendant à la suspension de l'exécution de la décision de refus de séjour.

4. Par une ordonnance rendue le 1er février 2023 sous le n° 2300297, le juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision portant refus de titre de séjour présentée par Mme A au motif qu'aucun des moyens soulevés n'était propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaqué.

5. Cette ordonnance a été notifiée à Mme A par un courrier du 1er février 2023, présenté et avisé le 3 février 2023, l'informant qu'en application de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative, elle serait réputée s'être désistée de sa requête en annulation si elle n'en confirmait pas le maintien dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance. Le courrier recommandé a été retourné, le 27 février 2023 avec la mention " pli avisé non réclamé ". Le conseil de la requérante a accusé réception de la notification de cette ordonnance sur télérecours le 1er février 2023. Mme A n'a pas, dans ce délai d'un mois, confirmé le maintien de sa requête à fin d'annulation de la décision du 24 janvier 2022 portant refus de titre de séjour et aucun pourvoi en cassation n'a été exercé à l'encontre de l'ordonnance n° 2300297 du juge des référés. Dans ces conditions, Mme A est réputée s'être désistée de sa requête n° 2203223 en tant qu'elle est dirigée contre la décision de refus de titre de séjour. Il y a lieu de lui donner acte de ce désistement.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les décisions attaquées prises dans leur ensemble :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ;() ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

7. Les décisions attaquées visent les textes dont il est fait application, et comportent, dans les visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de la Haute-Garonne, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de la requérante au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables. Si Mme A se prévaut de ce que la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'a pas été visée dans les décisions attaquées, cette circonstance est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation et n'établit pas que l'intérêt supérieur des enfants n'aurait pas été pris en compte par le préfet de la Haute-Garonne. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

8. En second lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation des décisions attaquées, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen sérieux et personnalisé de la situation personnelle et familiale de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, Mme A étant réputée s'être désistée d'office de ses conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ()". D'autre part, aux termes de l'article L.611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :/ 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.() ".

11. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que Mme A a fait l'objet d'un refus de séjour pris le 24 janvier 2022 par le préfet de la Haute-Garonne. Ainsi, l'intéressée entre dans le cas visé au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français. Ensuite, Mme A soutient que son état de santé, pour lequel elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour à compter du 12 mai 2020 régulièrement renouvelée jusqu'à la décision du 13 avril 2021, n'est pas stabilisé et nécessite un suivi médical en urologie, en chirurgie abdominale, en oncologie, et que, suite à un accident de la circulation survenu le 8 janvier 2021, elle fait l'objet d'une prise en charge psychiatrique en raison d'un stress post traumatique et de troubles anxiodépressifs sévères. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que, pour le suivi médical de ses pathologies, et alors que le collège de médecins a estimé dans son avis du 29 novembre 2021 qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, la requérante pouvait y bénéficier d'un traitement adapté et voyager sans risque, que Mme A ne pourrait pas effectivement y bénéficier d'une prise en charge et de traitements adaptés, ni qu'elle ne serait pas en mesure de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, Mme A n'établit pas que son état de santé ferait obstacle à son éloignement de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

14. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est arrivée récemment en France en juin 2019 et a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans en Algérie, pays dans lequel réside encore son père. Elle se déclare séparée du père de ses trois enfants mineurs, compatriote vivant en Algérie mais ne démontre pas, en tout état de cause, disposer de l'autorité parentale exclusive sur ses enfants. La requérante se prévaut de la présence en France de ses deux sœurs et de ses deux frères de nationalité française, de celle de ses trois enfants mineurs, dont sa fille de 10 ans atteinte de trisomie et dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale particulière. Toutefois, Mme A ne justifie pas que ses enfants ne pourraient pas suivre leur scolarité en Algérie ni que sa fille ne pourrait pas y bénéficier d'un suivi médical adapté. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché cette décision d'erreur d'appréciation.

15. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

16. Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 du présent jugement, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait violé les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté. Pour les mêmes motifs, Mme A n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet aurait entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Les conclusions à fin d'annulation de Mme A étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

20. Les conclusions de Mme A tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans laprésente instance.

D E C I D E:

Article 1er : Il est donné acte du désistement d'office de Mme A de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Amari de Beaufort et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

N. SODDU

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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