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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203233

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203233

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantOUDDIZ-NAKACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2022, Mme B C épouse D, représentée par Me Ouddiz-Nakache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne à titre principal de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, avec délivrance d'une autorisation provisoire de séjour pendant la période transitoire, à titre infiniment subsidiaire de procéder à un nouvel examen de sa situation en application de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C épouse D soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision de refus de séjour attaquée méconnait les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ainsi que les dispositions des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C épouse D ne sont pas fondés.

Mme C épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-et les observations de Me Ouddiz-Nakache, représentant Mme C épouse D, en présence de cette dernière.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse D, ressortissante algérienne née le 25 avril 1972, est entrée en France le 6 avril 2015 sous couvert d'un visa de court séjour de 30 jours valable du 25 décembre 2014 au 24 juin 2015. A la suite de son mariage le 23 janvier 2016 avec un ressortissant français, elle a été mise en possession d'un certificat de résidence en qualité de conjointe de français, valable du 8 août 2016 au 7 août 2017. Sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjointe de français et de salariée a été rejetée par arrêté du 31 octobre 2017. Mme C épouse D fait l'objet le 9 août 2019 d'un arrêté de refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire. Par décision du 13 décembre 2019, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif du 26 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Mme C épouse D a sollicité le 9 avril 2021 son admission exceptionnelle au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salariée. Par sa requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C épouse D et l'obliger à quitter le territoire français en fixant le pays de destination. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante et qui était en tout état de cause fondé à viser les stipulations du 5. de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, sur lequel est notamment fondée la demande de délivrance de titre de séjour, a ainsi suffisamment motivé son arrêté.

4. En second lieu, il ne ressort ni de la motivation de cet arrêté ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de Mme C épouse D.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française./ Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ;/ () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". L'article 7 du même accord stipule : " Les dispositions du présent article et celle de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'Accord :/ () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".

6. Tout d'abord, la situation des ressortissants algériens étant entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, Mme C épouse D ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaitrait les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant abrogées depuis le 1er mai 2021.

7. Ensuite, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en appréciant, dans le cadre de l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse D est entrée en France le 6 avril 2015, à l'âge de 42 ans. Elle a fait l'objet le 9 août 2019 d'une décision de refus de séjour puis le 13 décembre 2019 d'une nouvelle décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, à laquelle elle n'a pas déféré. La requérante se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, de la persistance de sa communauté de vie avec son conjoint et de son intégration professionnelle. Outre que sa présence habituelle en France depuis le mois d'avril 2015 n'est pas établie, il ressort des pièces du dossier, notamment d'une attestation établie le 24 mars 2020 par la sœur de l'époux de la requérante que ce dernier a quitté le domicile conjugal en avril 2017, la requérante ayant formé une requête en divorce en mars 2018, qui est toujours en cours. A ce titre, les éléments produits à l'appui de la requête, constitués d'un contrat de location établi à une date inconnue au nom des deux époux et d'une quittance de loyer du mois de mars 2022 également établie au nom du couple, ne permettent pas, à elles seules, d'établir que la vie commune aurait repris entre les époux. Si la requérante fait également état de son intégration professionnelle, elle n'en justifie pas par la présentation d'une promesse d'embauche au demeurant établie le jour même de la décision attaquée, ni par la production d'un extrait du registre du commerce concernant la création par le couple d'une société à responsabilité limitée dans le domaine du nettoyage, en l'absence de tout élément concernant l'activité de cette société. Mme C épouse D, qui ne justifie d'aucune attache personnelle ou familiale sur le territoire français, n'est pas isolée en Algérie où vivent ses deux enfants issus d'une précédente union, sa mère, ainsi que les membres de sa fratrie. Ainsi, Mme C épouse D n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché la décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation.

9. En second lieu, pour les motifs qui viennent d'être énoncés, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme C épouse D doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Pour les motifs énoncés au point 8 du présent jugement, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit de Mme C épouse D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de Mme C épouse D doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant Mme C épouse D à quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Les conclusions à fin d'annulation de Mme C épouse D étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

16. Les conclusions de Mme C épouse D tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D, à Me Ouddiz-Nakache et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

F. A

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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