mardi 7 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203261 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DERBALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 10 juin, 1er juillet 2022 et 1er février 2023, Mme C B, représentée par Me Derbali, demande au tribunal :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la communication de l'entier dossier administratif sur la base duquel l'arrêté attaqué a été pris ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 16 décembre 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de renouveler son droit au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Tarn, à titre principal, de lui délivrer, dès la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Tarn, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dès la notification du jugement à intervenir et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Les décisions attaquées :
- sont entachées d'un défaut de motivation en droit et en fait ;
- méconnaissent son droit d'être entendue ;
La décision portant refus de renouvellement de séjour :
- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est dépourvue de base légale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familial tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant fixation du pays de renvoi :
- est dépourvue de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 1er février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 février 2023 à 12 h 00.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Derbali pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante algérienne née le 27 juin 1998 à Sidi Bel Abbès (Algérie), est entrée en France le 14 septembre 2019 sous couvert d'un visa touristique " conjointe de Français " valable du 10 août 2019 au 5 février 2020 et a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjointe de Français, valable du 19 décembre 2019 au 18 décembre 2020, renouvelé le 17 novembre 2020 pour une période allant du 19 décembre 2020 au 18 décembre 2021. Elle a sollicité, le 27 octobre 2021, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe de Français et la délivrance d'un titre de 10 ans. Par un arrêté du 16 décembre 2021, la préfète du Tarn a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, aux motifs qu'elle a quitté le domicile conjugal le 21 décembre 2020, jour du retrait de son titre en préfecture, qu'elle ne peut se prévaloir de l'article 6 dernier alinéa de l'accord franco-algérien dès lors que la vie commune avec son époux est rompue, que si elle a déposé plainte contre son conjoint pour violences conjugales, le tribunal judiciaire de Castres a classé l'affaire sans suite le 30 août 2021, l'infraction étant insuffisamment caractérisée, que dès lors elle ne peut bénéficier de l'exception de violences conjugales, qu'elle ne remplit pas non plus les conditions prévues par l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien afin de bénéficier d'un certificat de résidence algérien d'une durée de 10 ans, qu'elle a conclu un contrat à durée indéterminée à temps partiel seulement deux ans après son arrivée en France, qu'elle n'est pas dépourvue de liens dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans et où vivent ses parents et six frères et sœurs, que dans ces conditions il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle n'établit pas être exposée à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour en Algérie. La requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions tendant à la production par l'autorité préfectorale de l'entier dossier de Mme B :
2. Selon les dispositions de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. " Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par la requérante en vue de la communication de son dossier, dès lors que l'autorité préfectorale a produit le dossier, que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger a subi des violences familiales ou conjugales et que la communauté de vie a été rompue, l'autorité administrative ne peut procéder au retrait du titre de séjour de l'étranger admis au séjour au titre du regroupement familial et en accorde le renouvellement. En cas de violence commise après l'arrivée en France du conjoint mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. "
4. D'une part, les stipulations de l'accord franco-algérien régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. D'autre part, si une ressortissante algérienne ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au renouvellement du titre de séjour lorsque l'étranger a subi des violences conjugales et que la communauté de vie a été rompue, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, et notamment des violences conjugales alléguées, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressée.
5. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme B, en qualité de conjoint de ressortissant français, la préfète du Tarn a constaté que la communauté de vie avait cessé entre l'intéressée et son époux et estimé que celle-ci ne justifiait pas de la réalité des violences conjugales, dès lors notamment que sa plainte déposée le 28 décembre 2020 a été classée sans suite par le tribunal judiciaire de Castres le 30 août 2021, au motif que l'infraction était insuffisamment caractérisée. Toutefois, alors qu'il ressort du procès-verbal de dépôt de plainte que Mme B soutient avoir été victime, de la part de son époux, de violences physiques, verbales et psychologiques depuis le mois de décembre 2019, la requérante produit un rapport de consultation médico-judiciaire du médecin légiste de l'unité d'accueil des victimes du centre hospitalier d'Albi en date du 18 février 2021, dont il ressort que l'examen réalisé, qui révèle notamment une cicatrice de brûlure de la face postérieure de la main gauche et plusieurs ecchymoses, est compatible avec les faits décrits par l'intéressée. En outre, Mme B se prévaut d'une lettre du parquet général près la cour d'appel de Toulouse, l'informant de ce qu'à la suite de sa contestation de la décision de classement sans suite, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Castres avait décidé la reprise de l'enquête. Dès lors, il doit être tenu pour établi que la cessation de la communauté de vie est imputable aux violences conjugales subies par Mme B. Par suite, cette dernière est fondée à soutenir que la décision de refus de renouvellement de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en tant que l'autorité préfectorale s'est abstenue de faire usage de son pouvoir de régularisation au regard des violences conjugales subies par la requérante de la part de son conjoint français.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son droit au séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée retenu, l'exécution du présent jugement implique que soit délivré à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Tarn de délivrer ce titre de séjour à l'intéressée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Derbali, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Derbali de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 décembre 2021 de la préfète du Tarn est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Derbali une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Derbali renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Derbali et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.
Le président-rapporteur,
J-C. TRUILHÉ
L'assesseur le plus ancien,
G. DÉDEREN
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026