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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203270

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203270

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCLAMENS CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 juin 2022, 26 juin et 1er décembre 2023, et 2 août 2024, Mme A G épouse E, M. C E, M. F E et M. D E, représentés par Me Solivères, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de rejeter la demande de subrogation totale pour un montant de 851 276 euros formée par la MAIF ;

2°) de condamner in solidum la commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne à leur payer la somme totale de 407 679,49 euros en réparation de leurs préjudices ;

3°) de condamner in solidum la commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne au versement des intérêts de retard à compter du 7 décembre 2021, date de leur réclamation préalable ;

4°) de prononcer la capitalisation des intérêts de retard à compter du 7 décembre 2021 ;

5°) de mettre in solidum à la charge de la commune de Labarthe-Rivière et du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- la requête, en tant qu'elle est présentée par C, F et D E est recevable, dès lors qu'ils sont, en leur qualité d'héritiers de H E, aux côtés de leur mère Mme A E, propriétaires en indivision de la moitié du bien immobilier concerné par le litige ;

- la MAIF ne justifie pas avoir procédé au paiement de la créance particulière pour laquelle elle invoque le bénéfice de la subrogation dans les droits de ses assurés ;

- la responsabilité de la commune de Labarthe-Rivière et du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne est engagée sans faute pour les dommages causés par un ouvrage public ;

- la commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne ont commis une faute dans leur mission de prévention et de lutte contre l'incendie, engageant leur responsabilité ;

- leurs préjudices s'élèvent aux sommes de 382 679,49 euros au titre des travaux de reprise, après déduction des sommes qui leur ont déjà été versées par leur assureur la MAIF, et de 25 000 euros au titre du préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, la commune de Labarthe-Rivière, représentée par Me Clamens, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce que le montant de l'indemnité à verser aux requérants soit limité à la somme de 501 479,86 euros, supportée conjointement et à parts égales par elle et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne, chacun étant tenu de se relever et garantir mutuellement dans cette proportion.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 avril 2023, 12 juillet et 2 août 2024, le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne, représenté par la SELARL Thevenot Mays Bosson, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal au rejet de la requête et des conclusions présentées par la MAIF, et à titre subsidiaire de ramener l'indemnité à verser aux requérants la somme globale de 135 172,51 euros et les prétentions de la MAIF à de plus justes proportions, ces indemnités devant être réparties à concurrence de moitié entre lui et la commune de Labarthe-Rivière, celle-ci devant le relever et le garantir à cette hauteur. Il sollicite en outre à ce que soit mise à la charge des requérants les entiers dépens ainsi que la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires, enregistrés les 23 août 2023 et 12 juillet 2024, la MAIF venant aux droits de la FILIA MAIF, représentée par Me Gillet, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à la condamnation solidaire de la commune de Labarthe-Rivière et du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne à lui verser, en sa qualité d'assureur subrogé dans les droits et actions des requérants, la somme de 851 276,36 euros, assortie des intérêts de retard à compter du 7 décembre 2021, date des demandes préalables d'indemnisation des requérants, avec capitalisation de ces intérêts à compter du 7 décembre 2021. Elle sollicite en outre que soit mise solidairement à la charge de la commune de Labarthe-Rivière et du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarraute,

- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,

- les observations de Me Solivères, représentant les requérants,

- les observations de Me Gillet, représentant la MAIF,

- les observations de Me Dervin, représentant la commune de Labarthe-Rivière,

- et les observations de Me Delbès, représentant le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne.

Le 8 novembre 2024, les requérants ont produit une note en délibéré, qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 octobre 2019, un incendie s'est déclaré sous l'appentis à l'extrémité ouest de la maison d'habitation sise 1 avenue Foch à Labarthe-Rivière (31 800), appartenant à M. H E et Mme A G épouse E. Cet incendie s'est rapidement propagé à l'ensemble du bien. M. H E est décédé le 10 décembre 2019. Par la présente requête, Mme A G épouse E et ses trois enfants C, F et D E, agissant en qualité d'héritiers de M. H E, demandent au tribunal la condamnation in solidum de la commune de Labarthe-Rivière et du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne à leur verser la somme globale de 407 679,49 euros en réparation de leurs préjudices résultant de ce sinistre, déduction faite des sommes que leur a déjà versées leur assureur, la MAIF.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne soutiennent que les requérants ne justifient pas de leur qualité à agir. Il résulte toutefois de l'instruction, en particulier de l'attestation établie le 5 décembre 2022 par Me Bourde, notaire à Saint-Gaudens, que viennent à la succession de M. H E, décédé le 10 décembre 2019, d'une part Mme A G épouse E, conjoint survivant, en qualité d'héritière et bénéficiaire d'une donation au dernier vivant et, d'autre part, les trois enfants du couple, C, F et D E, en qualité d'héritiers, la maison d'habitation située 1 avenue du Maréchal Foch à Labarthe-Rivière entrant dans cette succession pour moitié indivise, le surplus appartenant à Mme A G épouse E. Dans ces conditions, tant Mme G épouse E que Messieurs C, F et D E justifient d'un intérêt à agir dans la présente instance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'irrecevabilité de la requête pour défaut de qualité pour agir doit être écartée.

Sur la responsabilité :

3. Il est constant que l'immeuble situé au 1 avenue Foch à Labarthe-Rivière, objet de l'incendie du 30 octobre 2019, se compose d'un appentis, d'une partie dite " partie 2 " accolée à cet appentis, et d'une partie dite " partie 1 " accolée à la partie 2. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise contradictoire du 26 juin 2021, que l'incendie, dont la cause la plus probable est d'origine accidentelle, s'est déclaré dans l'appentis puis s'est propagé à la toiture de la maison mitoyenne appartenant à la voisine des requérants, avant d'atteindre l'avant-toit de la partie 2 de l'immeuble par l'angle du pignon le surplombant et de se développer dans les combles de ce bâtiment, entraînant, d'une part, la chute d'éléments de charpente embrasés, d'autre part, la ruine du plafond de la chambre située dans cette partie et, enfin, sa progression au niveau R + 1 de cette partie de l'immeuble. Puis il s'est propagé dans le deuxième corps du bâtiment constitué par la partie 1 dont il a détruit entièrement les combles et la toiture.

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise contradictoire du 26 juin 2021, que lors de l'attaque du feu, les services départementaux d'incendie et de secours ont été confrontés à un double problème : d'une part, un débit d'eau non réglementaire, fourni par les points d'eau incendie communaux et, d'autre part, la présence de graviers qui ont obstrué les lances à incendie, nécessitant à plusieurs reprises l'interruption des actions d'extinction pour les débourber, voire les remplacer. Ces difficultés opérationnelles ont eu pour conséquence directe d'empêcher les sapeur-pompiers de circonscrire l'incendie à la partie 2 de l'immeuble et ainsi d'entraîner sa propagation dans la partie 1, qui constituait la plus grande partie de l'habitation des requérants.

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Labarthe-Rivière :

5. Aux termes de l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige : " Les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. / Ils concourent, avec les autres services et professionnels concernés, à la protection et à la lutte contre les autres accidents, sinistres et catastrophes, à l'évaluation et à la prévention des risques technologiques ou naturels ainsi qu'aux secours d'urgence. / Dans le cadre de leurs compétences, ils exercent les missions suivantes : / 1° La prévention et l'évaluation des risques de sécurité civile ; / 2° La préparation des mesures de sauvegarde et l'organisation des moyens de secours ; / 3° La protection des personnes, des biens et de l'environnement ; / 4° Les secours d'urgence aux personnes victimes d'accidents, de sinistres ou de catastrophes ainsi que leur évacuation. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1424-3 du même code : " Les services d'incendie et de secours sont placés pour emploi sous l'autorité du maire ou du préfet, agissant dans le cadre de leurs pouvoirs respectifs de police. "

6. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé () de la police municipale () ". Aux termes de l'article L. 2212-2 de ce code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. / Elle comprend notamment : / () 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies () ".

7. En application de l'article L. 2213-32 du code général des collectivités territoriales, le maire assure la défense extérieure contre l'incendie, laquelle est placée sous son autorité et " a pour objet d'assurer, en fonction des besoins résultant des risques à prendre en compte, l'alimentation en eau des moyens des services d'incendie et de secours par l'intermédiaire de points d'eau identifiés à cette fin ", selon les dispositions de l'article L. 2225-1 du même code. L'article L. 2225-2 du code général des collectivités territoriales précise que : " Les communes sont chargées du service public de défense extérieure contre l'incendie et sont compétentes à ce titre pour la création, l'aménagement et la gestion des points d'eau nécessaires à l'alimentation en eau des moyens des services d'incendie et de secours. Elles peuvent également intervenir en amont de ces points d'eau pour garantir leur approvisionnement. " Sur renvoi de l'article L. 2225-4 du code général des collectivités territoriales, l'article R. 2225-1 du même code dispose que : " Pour assurer la défense extérieure contre l'incendie, les points d'eau nécessaires à l'alimentation en eau des moyens des services d'incendie et de secours sont dénommés " points d'eau incendie ". / Les points d'eau incendie sont constitués d'ouvrages publics ou privés utilisables en permanence par les services d'incendie et de secours. Outre les bouches et poteaux d'incendie normalisés, peuvent être retenus à ce titre des points d'eau naturels ou artificiels et d'autres prises d'eau. / La mise à disposition d'un point d'eau pour être intégré aux points d'eau incendie requiert l'accord de son propriétaire. / Tout point d'eau incendie est caractérisé par sa nature, sa localisation, sa capacité et la capacité de la ressource qui l'alimente. " Enfin, aux termes de l'article R. 2225-7 du même code : " I. - Relèvent du service public de défense extérieure contre l'incendie dont sont chargées () les établissements publics de coopération intercommunale lorsqu'ils sont compétents : / 1° Les travaux nécessaires à la création et à l'aménagement des points d'eau incendie identifiés ; / 2° L'accessibilité, la numérotation et la signalisation de ces points d'eau ; / 3° En amont de ceux-ci, la réalisation d'ouvrages, aménagements et travaux nécessaires pour garantir la pérennité et le volume de leur approvisionnement ; / 4° Toute mesure nécessaire à leur gestion ; / 5° Les actions de maintenance destinées à préserver les capacités opérationnelles des points d'eau incendie. () ".

8. Aux termes de l'article L. 2216-2 du code général des collectivités territoriales : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 2216-1, les communes sont civilement responsables des dommages qui résultent de l'exercice des attributions de police municipale, quel que soit le statut des agents qui y concourent. Toutefois, au cas où le dommage résulte, en tout ou partie, de la faute d'un agent ou du mauvais fonctionnement d'un service ne relevant pas de la commune, la responsabilité de celle-ci est atténuée à due concurrence. / La responsabilité de la personne morale autre que la commune dont relève l'agent ou le service concerné ne peut être engagée que si cette personne morale a été mise en cause, soit par la commune, soit par la victime du dommage. S'il n'en a pas été ainsi, la commune demeure seule et définitivement responsable du dommage. "

9. Il résulte de ces dispositions que, si la responsabilité de la commune, à laquelle incombe notamment le soin de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours, est susceptible d'être engagée par toute faute commise dans l'exercice de ces attributions, les fautes commises, dans cet exercice, par un service relevant d'une autre personne morale que la commune, sont de nature à atténuer la responsabilité de cette dernière, sous réserve que la commune ou les victimes du dommage aient mis en cause la responsabilité de ce service devant le juge administratif.

10. Il résulte de l'instruction que par courrier du 8 février 2018, le service départemental d'incendie et de secours a signalé au maire de Labarthe-Rivière des insuffisances constatées en matière de débit sur plusieurs poteaux d'incendie situés sur le territoire de sa commune et a attiré son attention sur le fait que cette circonstance était susceptible de créer des difficultés de mise en œuvre des engins de secours et ainsi engager la responsabilité de la commune. Il résulte également de l'instruction que par plusieurs courriers, datés notamment des 5 mars 2009, 3 avril 2017 et 29 mars 2019, le préfet de la Haute-Garonne a rappelé aux maires des communes de ce département leurs obligations en matière de contrôle des hydrants et des points d'eau dans le cadre de leur mission de défense en eau contre les incendies. La commune de Labarthe-Rivière, qui a reconnu devant l'expert judiciaire que, malgré ces courriers, elle n'avait pas procédé au contrôle des points d'eau incendie situés sur son territoire entre 2008 et 2019 (postérieurement au sinistre objet du présent litige), ne conteste pas avoir, par cette carence, commis une faute de nature à engager sa responsabilité, s'agissant des dommages causés sur la partie 1 de l'immeuble en litige.

En ce qui concerne la responsabilité du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne :

11. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

12. Il est constant que le réseau de distribution d'eau potable communal alimentant les poteaux d'incendie présente le caractère d'ouvrage public et que le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne, conformément aux article 6-1 et 6-2 de ses statuts, exerce, par transfert de compétences, les compétences relatives à la production, au transport, au stockage, et à la distribution de l'eau potable de ses adhérents. Il résulte de l'instruction que la commune de Labarthe-Rivière a transféré le 1er janvier 2010 au syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne l'ensemble de ses compétences en matière d'eau potable, à savoir sa production, son transport, son stockage et sa distribution. Dans ces conditions, le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne est le gestionnaire et maître de l'ouvrage du réseau de distribution de l'eau potable sur lequel les dispositifs de lutte contre l'incendie sont branchés lors d'une intervention.

13. Il est également constant que dans le contexte des faits ayant eu lieu le 29 octobre 2019, les requérants ont la qualité de tiers par rapport à l'ouvrage public en cause de réseau de distribution d'eau potable communal alimentant les poteaux d'incendie.

14. Il résulte du rapport d'expertise judiciaire contradictoire, au cours duquel les parties ont pu produire des dires avant puis après la rédaction par l'expert de son pré-rapport, que la présence de graviers qui ont obstrué les lances à incendie est la conséquence directe d'une absence de purge, d'une purge dont l'efficacité n'a pas été vérifiée à la suite de travaux réalisés sur le réseau par le syndicat mixte d'eau et d'assainissement de la Haute-Garonne ou un prestataire intervenu sous sa responsabilité, ou, enfin, de la pénétration par effet venturi d'eau " parasite " chargée dans une partie du réseau non étanche. Si le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne soutient que la présence de graviers peut provenir des lances à incendie elles-mêmes, notamment d'un nettoyage défaillant lors d'une précédente intervention, il résulte du rapport d'expertise qu'après chaque intervention des sapeur-pompiers, tous les tuyaux utilisés ne sont jamais réemployés directement mais nettoyés, testés en pression et séchés verticalement dans une tour de séchage avant d'être roulés sur eux-mêmes. Ils ne peuvent donc en aucun cas contenir des graviers lors de leur mise en œuvre. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'au cours des sept premières minutes d'intervention des sapeur-pompiers, la première lance à incendie n'a pas été raccordée au réseau communal d'eau potable mais alimentée par la tonne du premier fourgon pompe tonne arrivé sur les lieux et n'a présenté aucun dysfonctionnement. La préexistence de graviers dans les tuyaux utilisés par les sapeur-pompiers étant ainsi exclue, ceux qui ont partiellement obstrué les lances ne peuvent provenir que du réseau de distribution d'eau potable communal. Par suite, la responsabilité du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne est susceptible d'être engagée, même sans faute de sa part, sauf à démontrer que les désordres sont imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime, ce qui n'est pas établi ni même allégué en l'espèce.

Sur le lien causalité :

15. Il résulte de l'instruction que l'incendie a été détecté par des passants à 17h50, que le premier véhicule d'intervention est arrivé sur les lieux à 18h04, et que dès 18h10, alors même que la lance à incendie était alimentée par la tonne du fourgon pompe tonne, le chef de groupe a demandé à l'opérateur du CTA-CODIS d'engager en renfort un véhicule porteur équipé d'une cellule d'eau de grande capacité, ce qui révèle qu'il était soit conscient soit informé à son arrivée de la faiblesse en eau du réseau. Le feu concernait alors l'appentis et le toit de la partie 2. A 18h19, alors que trois lances à incendie, dont une sur échelle, étaient en fonction à partir du fourgon pompe tonne désormais raccordé au poteau d'incendie n° 20, et qu'une quatrième lance à incendie était en fonction à partir du second véhicule d'intervention arrivé sur les lieux, alimenté par le poteau d'incendie n° 2, le chef d'agrès du fourgon pompe tonne a informé le chef de groupe que le binôme d'attaque engagé dans l'immeuble était redescendu des combles pour signaler un jet inhabituel et un débit insuffisant des lances, ne permettant pas de bloquer la propagation horizontale du feu dans l'immeuble. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutiennent la commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne, les dysfonctionnements de l'alimentation en eau ont été constatés bien avant que le feu n'ait atteint la partie 1 de l'immeuble et qu'il ait été fait appel à un technicien du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne, à 19h28. Par suite, il existe un lien de causalité direct et certain entre les dommages relatifs à la partie 1 de l'immeuble en cause et, d'une part, la faute commise par la commune de Labarthe-Rivière ainsi que, d'autre part, la présence de graviers dans l'eau fournie par l'ouvrage public constitué par le réseau de distribution d'eau potable communal.

Sur le préjudice :

En ce qui concerne le préjudice matériel :

16. Si la vétusté d'un bâtiment peut donner lieu, lorsque la responsabilité délictuelle d'une personne publique est recherchée à l'occasion de désordres survenus sur ce bâtiment, à un abattement affectant l'indemnité allouée au titre de la réparation des désordres, il appartient au juge administratif, saisi d'une demande en ce sens, de rechercher si, eu égard aux circonstances de l'espèce, les travaux de reprise sont de nature à apporter une plus-value à l'ouvrage, compte tenu de la nature et des caractéristiques de l'ouvrage ainsi que de l'usage qui en est fait.

17. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire qui reprend l'évaluation finale faite, après deux réunions de chiffrage et une réunion de synthèse, par le maître d'œuvre auquel l'expert a fait appel, que les dommages causés à la partie 1 de l'immeuble ont nécessité des mesures d'urgence (sécurisation et couverture provisoire), des travaux de démolition et déblais, des travaux de reprise et qu'ils ont également concerné le mobilier qui se trouvait à l'intérieur, pour un montant total toutes taxes comprises de 955 946,35 euros à neuf, ramené à 763 844,61 euros après application de coefficients de vétusté pour les postes relatifs aux travaux de reprise. La commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute Garonne soutiennent que la valeur qui doit être retenue pour les travaux de reprise du bâtiment est celle obtenue après application de coefficients de vétusté, dès lors que l'immeuble est une bâtisse du XIXème siècle qui constitue le corps principal du lieu d'habitation des requérants et que ces travaux, qui portent sur le gros œuvre, le traitement de la façade, la toiture, les menuiseries extérieures et intérieures, la plâtrerie, l'électricité, la lustrerie, la plomberie, les sanitaires, les revêtements de sols scellés ainsi que les peintures et revêtements muraux, sont de nature à apporter une plus-value à l'ouvrage, qui était nécessairement, à l'extérieur comme à l'intérieur, impacté par le temps. Toutefois, compte tenu du niveau de standing et de l'état d'entretien du bien sinistré, qui est une maison de maître de construction traditionnelle édifiée au XIXème siècle, ainsi que de l'usage que les requérants en faisaient, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la somme fixée par l'expert judiciaire correspondrait à d'autres travaux que ceux qui sont strictement nécessaires ou que ces travaux auraient pu être réalisés pour un moindre coût, la remise en état de ce bien immobilier ancien dans les conditions fixées par l'expert ne justifie pas un abattement de vétusté. Il sera donc retenu, au titre de l'indemnisation des travaux de reprise du bâtiment, la somme de 653 285,82 euros. En revanche, ainsi que le soutient la commune de Labarthe-Rivière, il y a lieu d'appliquer un coefficient de vétusté au mobilier, qui s'est nécessairement déprécié au fil des ans et dont le remplacement à neuf conduirait à une plus-value, l'indemnisation à ce titre devant ainsi être fixée à la somme de 42 324,42 euros. Le préjudice matériel comprend en outre les frais de démolition et de déblais (109 287,87 euros), les mesures d'urgence de sécurisation et de couverture provisoire (37 687,89 euros) et d'autres frais dont la perte d'usage (82 076,60 euros). Par suite, et déduction faite de la somme de 108 670,16 euros directement versée aux entreprises pour le compte des consorts E, il y a lieu de retenir, comme montant du préjudice matériel subi par les requérants, la somme totale de 815 992,44 euros.

En ce qui concerne le préjudice moral :

18. Les requérants font valoir que la destruction de leur maison a nécessité qu'ils soient hébergés par des voisins puis des amis pendant huit semaines, avant qu'ils puissent être relogés, et que de ce fait, M. H E n'a pu recevoir à domicile les soins palliatifs requis par son état de santé, empêchant Mme E d'être constamment présente à ses côtés dans les dernières semaines de sa vie.

19. Si Mme E produit un certificat médical du 3 février 2021 attestant de son suivi psychiatrique du 18 novembre 2019 au 31 août 2020, un certificat médical du 14 mai 2020 attestant de son suivi psychologique régulier, un certificat médical du 24 février 2021 établi par l'oncologue ayant suivi son époux du 4 mars au 10 décembre 2019, jour de son décès, attestant que le fléchissement thymique et la surcharge d'angoisse résultant pour son patient de l'incendie ont pu également pesé sur son épouse, ainsi qu'un arrêt de travail initial et deux prolongations de cet arrêt de travail, il résulte de ces documents que son traumatisme est constitué non seulement par la perte de la maison familiale mais également par le décès de son époux. Dans ces conditions, son préjudice moral sera justement réparé par la somme de 8 000 euros.

20. S'agissant de Messieurs C, F et D E, leur préjudice moral consiste dans la perte de la maison dans laquelle ils ont grandi. Si, compte tenu de son âge (quatorze ans) au moment du sinistre, il peut être tenu pour acquis que D y habitait avec ses parents, il ne résulte en revanche pas de l'instruction qu'il en allait de mêmes pour ses frères aînés alors âgés de vingt-neuf et vingt-six ans. Le préjudice moral de D E sera justement réparé par la somme de 2 500 euros et celui subi par C et F E par la somme de 1 000 euros chacun.

Sur la subrogation de la MAIF dans les droits des requérants :

21. Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par l'article L. 121-12 du code des assurances de justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré. En outre, l'assureur n'est fondé à se prévaloir de la subrogation légale dans les droits de son assuré que si l'indemnité a été versée en exécution d'un contrat d'assurance.

22. Il résulte de l'instruction, notamment des quittances subrogatoires versées au dossier par les requérants et par la MAIF, que cette dernière, qui vient aux droits de la Filia-MAIF, a versé à ses assurés ou directement aux artisans, entre les mois de juin 2021 et août 2022, la somme totale de 942 410,48 euros, dont 700 000 euros au titre des travaux de reprises du bien immobilier. Si la MAIF soutient que cette somme a été en totalité affectée aux travaux de reprise de la partie 1 de l'immeuble, cela ne ressort pas des quittances subrogatoires produites, qui ne précisent pas à quelle partie de l'immeuble ont été affectés les sommes au titre des travaux de rénovation de l'immeuble. Au demeurant, la MAIF ne justifie pas avoir, en sus de cette somme de 700 000 euros, procédé à d'autres paiements destinés à financer le coût des travaux de reprise de la partie 2 de l'immeuble et de l'appentis, alors même que leur prise en charge lui incombe exclusivement en vertu du contrat qui la lie à ses assurés. Dans ces conditions, il convient d'affecter ces paiements en priorité au financement des travaux se rapportant à la partie 2 de l'immeuble, qui s'élèvent à la somme de 329 793,62 euros. Il en résulte que la somme versée au titre de la réparation de l'ensemble des dommages se rapportant à la partie 1 de l'immeuble doit être fixée à 612 616,86 euros.

23. Par suite, les requérants sont seulement fondés à demander la condamnation in solidum de la commune de Labarthe-Rivière et du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne à leur verser la somme de 203 375,58 euros ([815 992,44 euros + 329 793,62 euros, correspondant à la remise en état des parties 1 et 2] - 942 410,43 euros [somme totale versée par la MAIF à la date du présent jugement]), en réparation de leur préjudice matériel, ainsi que la somme globale de 12 500 euros, en réparation de leur préjudice moral. La MAIF est quant à elle seulement fondée à demander la condamnation in solidum de la commune de Labarthe-Rivière et du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne à lui verser une indemnité de 612 616,86 euros, en réparation du préjudice qu'elle a subi en sa qualité d'assureur subrogé dans les droits des requérants, du fait des dommages occasionnés à la partie 1 du bien sinistré.

Sur les intérêts au taux légal et leur capitalisation :

24. Les requérants ont droit au versement des intérêts au taux légal sur l'indemnité de 203 375,58 euros, à compter du 10 décembre 2021 à l'égard de la commune de Labarthe-Rivière, date de réception par cette dernière de leur demande indemnitaire préalable, et du 10 décembre 2021 à l'égard du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne, date de réception par ce dernier de leur demande indemnitaire préalable.

25. La capitalisation des intérêts a été demandée le 1er décembre 2023. A cette date, il était dû au moins une année d'intérêts. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 1er décembre 2023, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

26. La MAIF a droit au versement des intérêts au taux légal sur l'indemnité de 612 616,86 euros à compter du 9 décembre 2021 à l'égard de la commune de Labarthe-Rivière, date de réception par cette dernière de la demande indemnitaire préalable présentée par les requérants, et du 9 décembre 2021 à l'égard du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne, date de réception par ce dernier de la demande indemnitaire préalable présentée par les requérants.

27. La capitalisation des intérêts a été demandée le 23 août 2023, date du premier mémoire en défense produit par la MAIF. A cette date, il était dû au moins une année d'intérêts. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 23 août 2023, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les appels en garantie :

28. Comme il a été dit précédemment, la commune de Labarthe-Rivière a commis une faute en s'abstenant de procéder au contrôle des points d'eau incendie situés sur son territoire. Par ailleurs, la responsabilité du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne est engagée, même sans faute, en raison de la présence de graviers dans l'ouvrage public de distribution d'eau potable communal dont il est le gestionnaire. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire du 26 juin 2021, que chacun de ces dysfonctionnements a contribué à part égale à la survenance des préjudices se rapportant à la partie 1 du bien sinistré. Par suite, la commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne doivent chacun être condamné à garantir l'autre à hauteur de 50 % des condamnations prononcées à leur encontre.

Sur les frais d'expertise :

29. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 14 740,65 euros par ordonnance du président du tribunal du 20 septembre 2021, sont mis in solidum à la charge définitive de la commune de Labarthe-Rivière et du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne.

Sur les frais liés au litige :

30. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner in solidum la commune de la commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne à verser, d'une part, aux requérants une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par ces derniers et non compris dans les dépens, et d'autre part, à la MAIF une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne sur le même fondement.

D E C I DE :

Article 1er : La commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne sont condamnés in solidum à verser aux requérants la somme globale de 215 875,58 euros dans les conditions définies aux points 19, 20 et 23 du présent jugement, avec intérêts au taux légal à compter du 9 décembre 2021 pour la commune de Labarthe-Rivière et du 10 décembre 2021 pour le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne. Les intérêts échus à la date du 1er décembre 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne sont condamnés in solidum à verser à la MAIF, subrogée dans les droits des requérants, la somme de 612 616,86 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 9 décembre 2021 pour la commune de Labarthe-Rivière et du 10 décembre 2021 pour le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne. Les intérêts échus à la date du 23 août 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Les frais d'expertise sont mis in solidum à la charge de la commune de Labarthe-Rivière et du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne.

Article 4 : La commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne sont condamnés in solidum à verser aux requérants la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La commune de Labarthe-Rivière et le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne sont condamnés in solidum à verser à la MAIF la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : La commune de Labarthe-Rivière est condamnée à garantir le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne à hauteur de 50 % de la condamnation prononcée à son encontre.

Article 7 : Le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement est condamné à garantir la commune de Labarthe-Rivière à hauteur de 50 % de la condamnation prononcée à son encontre.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : Le surplus des conclusions présentées par la MAIF, subrogée dans les droits des requérants, est rejeté.

Article 10 : Les conclusions du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 11 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G épouse E, à M. C E, à M. F E, à M. D E, à la MAIF, à la commune de Labarthe-Rivière et au syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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