lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203274 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP COURRECH & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 26 juin 2022, la société civile immobilière (SCI) SMB Foix A et la société par actions simplifiée (SAS) Boulangerie BG, représentées par Me de Belenet, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) la suspension de l'exécution des arrêtés n°s AT0091222200002 et AT0091222200003 en date du 19 mai 2022 par lesquels le maire de la commune de Foix (Ariège) a rejeté les demandes de la SAS Boulangerie BG portant autorisation de travaux d'aménagement sur un établissement recevant du public situé route d'Espagne dans ladite commune, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité ;
2°) l'injonction au maire de la commune de Foix de délivrer à la SAS Boulangerie BG les autorisations de travaux d'aménagement sollicitées, dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, ou, à titre subsidiaire, et dans le même délai, de ré-instruire ses demandes d'autorisation de travaux ;
3°) la mise à la charge de la commune de Foix d'une somme de 5 000 euros au profit de chacune d'elles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie, au motif que les refus d'autorisation de travaux d'aménagement en litige font définitivement obstacle à la conclusion d'un contrat conclu sous condition suspensive d'obtention des autorisations administratives exigibles en application du code de l'urbanisme ou du code de la construction et de l'habitation et que la rupture des relations contractuelles entraînera pour la SAS Boulangerie BG à la fois une perte de chiffre d'affaires de plus de 39 millions d'euros et de bénéfice d'environ 5,7 millions d'euros sur la durée du bail et l'abandon de tout projet similaire sur le territoire de la commune de Foix et pour la SCI SMB Foix A à la fois une perte de loyers de 1 432 800 euros HT sur douze ans et une grande difficulté pour trouver un nouveau locataire ;
- le doute sérieux quant à la légalité des refus d'autorisation de travaux résulte de ce que :
* la réglementation de l'urbanisme est légalement inopposable aux demandes d'autorisation de travaux sur un établissement recevant du public qui relèvent exclusivement de la réglementation de la construction et de l'habitation ;
* à titre surabondant, le projet de plan local d'urbanisme opposé par la commune ne pourrait en tout état de cause fonder qu'une décision de sursis à statuer et non une décision de refus ;
* à titre infiniment subsidiaire, les conditions permettant de surseoir à statuer en application de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ne sont en tout état de cause pas réunies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, la commune de Foix, représentée par Me Courrech, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à la mise à la charge de chacune des sociétés requérantes de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence manque en fait, au motif que les sociétés requérantes ne justifient pas d'un préjudice financier grave et immédiat qui résulterait de la possible rupture de leurs relations contractuelles ;
- les arrêtés attaqués ne sont entachés d'aucun doute sérieux quant à leur légalité.
Vu :
- la requête, enregistrée le 10 juin 2022 sous le n° 2203278, par laquelle la SCI SMB Foix A et la SAS Boulangerie BG demandent l'annulation des arrêtés attaqués ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Truilhé, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2022 à 10 h 00, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :
- le rapport de M. Truilhé, juge des référés,
- les observations de Me Lo-Casto Porte, substituant Me de Belenet, pour la SCI SMB Foix A et la SAS Boulangerie BG, qui a repris les écritures de son confrère,
- et les observations de Me Courrech, pour la commune de Foix, qui a repris ses écritures.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) SMB Foix A, dont le siège est à Narbonne (Aude), est propriétaire d'un local commercial d'une surface de 995 m², situé route d'Espagne, dans le secteur dit " A ", à Foix (Ariège), qu'elle a donné à bail commercial le 13 décembre 2021 à la société par actions simplifiée (SAS) Boulangerie BG, dont le siège est à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), moyennant un loyer annuel de 119 400 euros HT, sous condition suspensive d'obtention, dans un délai de huit mois suivant la signature du bail, des autorisations administratives exigibles en application du code de l'urbanisme ou du code de la construction et de l'habitation. En vue de lever cette condition suspensive, la SAS Boulangerie BG a déposé le 20 janvier 2021 auprès du maire de la commune de Foix deux demandes d'autorisation de travaux sur un établissement recevant du public en vue d'aménager à l'intérieur du local, d'une part, un magasin de détail de la marque " Mangeons Frais ", d'autre part, une boulangerie de la marque " Marie Blachère ". Par deux arrêtés n°s AT0091222200002 et AT0091222200003 en date du 19 mai 2022, le maire de la commune de Foix a rejeté ces demandes d'autorisation de travaux d'aménagement de commerces de détail, au motif que ceux-ci compromettent la mise en œuvre du projet de révision du plan local d'urbanisme de la commune, en tant qu'ils contreviennent à la maîtrise du développement commercial des zones périphériques en ne privilégiant pas une offre complémentaire à celle du centre-ville. Par la présente requête, enregistrée le 10 juin 2022, la SCI SMB Foix A et la SAS Boulangerie BG demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de ces deux arrêtés de refus d'autorisation de travaux d'aménagement, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".
3. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution des arrêtés attaqués, les sociétés requérantes font valoir que les refus d'autorisation de travaux d'aménagement de commerces de détail font définitivement obstacle à la conclusion de leur bail commercial conclu sous condition suspensive d'obtention des autorisations administratives exigibles en application du code de l'urbanisme ou du code de la construction et de l'habitation et que la rupture de leurs relations contractuelles entraînera pour la SAS Boulangerie BG à la fois une perte de chiffre d'affaires de plus de 39 millions d'euros et de bénéfice d'environ 5,7 millions d'euros sur la durée du bail et l'abandon de tout projet similaire sur le territoire de la commune de Foix et pour la SCI SMB Foix A à la fois une perte de loyers de 1 432 800 euros HT sur douze ans et une grande difficulté pour trouver un nouveau locataire. Toutefois, d'une part, alors que le risque de rupture des relations contractuelles entre les deux sociétés requérantes ne caractérise pas, par lui-même, une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, le préjudice financier potentiel tenant pour la SAS Boulangerie BG à la perte du chiffre d'affaires et du bénéfice anticipés sur la durée du bail et pour la SCI SMB Foix A à la perte des loyers contractuels ne saurait caractériser une telle situation d'urgence que s'il est de nature à occasionner des difficultés économiques et financières affectant lesdites sociétés dans leur ensemble. Il ne résulte, en l'espèce, de l'instruction ni que l'absence d'ouverture des magasins " Mangeons Frais " et " Boulangerie Marie Blachère " porte une atteinte grave et immédiate à la situation économique et financière de la SAS Boulangerie BG, ni que la rupture possible du bail commercial porte une atteinte grave et immédiate à la situation financière de la SCI Foix A. D'autre part, non seulement il ne résulte pas de l'instruction que la SCI Foix A serait dans l'impossibilité, en cas de rupture du bail commercial avec la SAS Boulangerie BG, de trouver un nouveau locataire pour le local en cause, mais il ne résulte pas non plus de l'instruction, en l'absence de toute pièce relative à l'offre de locaux commerciaux sur le territoire de la commune de Foix, que la SAS Boulangerie BG serait dans l'impossibilité de prendre à bail d'autres locaux d'une superficie minimale de 300 m² sur le territoire de ladite commune, y compris en centre-ville, pour ses magasins " Mangeons Frais " et " Boulangerie Marie Blachère ". Dans ces conditions, au regard des seules pièces produites dans la présente instance de référé, les sociétés requérantes n'établissent pas une situation d'urgence financière engendrée par le rejet des demandes d'autorisation de travaux d'aménagement de commerces de détail de la SAS Boulangerie BG.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas satisfait à la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Ainsi, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le sérieux des moyens invoqués, les conclusions de la SCI SMB Foix A et de la SAS Boulangerie BG aux fins de suspension de l'exécution des arrêtés de refus d'autorisation de travaux d'aménagement du 19 mai 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
7. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions aux fins de suspension de la SCI SMB Foix A et de la SAS Boulangerie BG, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction des sociétés requérantes ne peuvent ainsi qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Foix, qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante, la somme sollicitée par la SCI SMB Foix A et la SAS Boulangerie BG au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge des sociétés requérantes la somme sollicitée par la commune de Foix au titre des mêmes frais.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SCI SMB Foix A et de la SAS Boulangerie BG est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Foix au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI SMB Foix A, à la SAS Boulangerie BG et à la commune de Foix (Ariège).
Fait à Toulouse, le 11 juillet 2022.
Le juge des référés,
J. C. TRUILHE
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026