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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203286

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203286

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDERBALI ASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, M. A B, représenté par Me Derbali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour en qualité de salarié, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation, sous la même condition d'astreinte et dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa qualification et de son expérience professionnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 juillet 2023 par une ordonnance du 30 juin précédent.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 16 novembre 1981, est entré en France le 12 juin 2014 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " CESEDA L. 313-23 ". Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 15 juillet 2014 au 14 juillet 2017, régulièrement renouvelée jusqu'au 19 juillet 2020. Après un départ pour l'Italie le 15 juillet 2020, il est revenu sur le territoire national à une date inconnue, sans avoir effectué les formalités de déclaration obligatoires d'entrée. Le 23 avril 2021, il a sollicité une admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 18 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour

2. En premier lieu, le préfet de la Haute-Garonne a visé, dans l'arrêté attaqué, les dispositions de l'accord franco-tunisien et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Il a également mentionné les principaux éléments de la situation familiale et professionnelle de M. B, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré que celui-ci ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour. Il ressort de cette motivation que le préfet a procédé à un examen particulier, réel et sérieux de la situation personnelle de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, un ressortissant tunisien qui ne remplit pas les conditions posées par l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 relatif à la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les stipulations de l'accord-franco-tunisien régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles il peut être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent lui être délivrés. Il appartient toutefois au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur saisonnier ", valable du 15 juillet 2014 au 14 juillet 2017, régulièrement renouvelée jusqu'au 19 juillet 2020. S'il se prévaut d'une promesse d'embauche datée du 21 mars 2022 et soutient détenir l'expérience et les qualifications professionnelles nécessaires à l'emploi proposé, ladite promesse est postérieure à la date de la décision attaquée. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'à l'expiration de son droit au séjour, M. B n'a pas sollicité son renouvellement dans le délai prescrit, qu'il a quitté la France pour l'Italie le 15 juillet 2020 et qu'il est revenu sur le territoire national à une date qui demeure inconnue, sans avoir effectué les formalités de déclaration obligatoires d'entrée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de régularisation, le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. M. B se prévaut des relations amicales et professionnelles qu'il a pu nouer lors de ses séjours réguliers sur le territoire français depuis 2014 et soutient que la décision attaquée le privera des revenus lui permettant de participer à l'entretien de sa famille en Tunisie. Toutefois, les éléments versés au dossier ne sont pas de nature à démontrer l'existence des relations alléguées. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant dispose d'importantes attaches familiales en Tunisie, où résident notamment son épouse et ses parents. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir qu'en le lui accordant pas le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et aurait ainsi méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B ne peut exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire.

8. En second lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté pour les motifs exposés au point 2.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2021. Par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Derbali et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Jorda, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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