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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203287

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203287

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203287
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2022, M. F B, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui octroyer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui octroyer un titre de séjour dans le délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ou, à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et en tout état de cause de lui octroyer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte est incompétent ;

- la décision de refus de titre de séjour est issue d'une procédure irrégulière car l'avis du collège de médecins n'a pas été émis au terme d'une procédure de délibération collégiale, une délibération par échange d'écrits n'étant pas conforme aux dispositions de l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 relative aux délibérations des autorités administratives ;

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation en estimant qu'il constituait une menace pour l'ordre public ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit car le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- cette décision est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête de M. E B.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 février 2023.

M. E B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance n° 2014-1329 du 6 novembre 2014 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grimaud, rapporteur,

- et les observations de Me Tercero, représentant M. E B.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, un ressortissant tanzanien , est entré en France le 15 juillet 2012. Il a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étranger malade de 2015 à 2018. Le renouvellement de son dernier titre de séjour lui a été refusé par un arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 27 septembre 2018 dont la légalité a été confirmée, en dernier lieu, par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 22 septembre 2020. M. E B a demandé à nouveau l'octroi d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 21 mai 2021. Par un arrêté du 26 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé ce titre de séjour au motif que des soins adaptés à son état de santé étaient disponibles en Tanzanie, a obligé M. E B à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature accordée par le préfet de la Haute-Garonne par un arrêté du 20 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 21 septembre 2021, à l'effet de signer notamment les refus d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". L'article R. 425-13 de ce code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 : " La validité des délibérations organisées selon les modalités prévues aux articles 2 et 3 est subordonnée à la mise en œuvre d'un dispositif permettant l'identification des participants et au respect de la confidentialité des débats vis-à-vis des tiers ".

5. Il résulte des termes des dispositions reproduites au point 3 ci-dessus que les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis. Il s'ensuit que les moyens tirés par M. E B de ce que la décision de refus de titre de séjour est issue d'une procédure irrégulière car l'avis du collège de médecins n'a pas été émis au terme d'une procédure de délibération collégiale et que la procédure suivie ne serait pas conforme aux dispositions de l'article 4 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 relative aux délibérations des autorités administratives doivent en tout état de cause être écartés comme inopérants.

6. En troisième lieu, si M. E B fait valoir qu'il souffre d'une cardiopathie hypertrophique appelant un traitement par bisoprolol et d'une schizophrénie stabilisée par Abilify Maintena, traitements qui ne seraient pas disponibles en Tanzanie et ne seraient pas substituables, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé qu'un traitement adapté pouvait être prodigué à l'intéressé dans son pays d'origine, ce que confirme la liste des médicaments disponibles en Tanzanie pour le traitement de ces pathologies produite par le requérant lui-même, qui ne produit par ailleurs que des certificats médicaux aux termes généraux insusceptibles par leurs termes d'établir l'indisponibilité du traitement nécessaire et son absence de substituabilité. Dès lors, M. E B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a fait une inexacte application des dispositions précitées en lui refusant le séjour.

7. En quatrième lieu, si M. E B fait valoir que le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait se fonder sur les faits d'agression sexuelle qu'il a commis dès lors qu'il a été déclaré pénalement irresponsable pour ces faits, cette circonstance est sans incidence sur la qualification de menace à l'ordre public conférée à ces faits, qui procède de considérations objectives indépendantes de la responsabilité pénale de leur auteur. Par ailleurs, eu égard à la gravité de ces faits, ils pouvaient à bon droit être qualifiés de menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. E B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation en estimant qu'il constituait une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

9. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 11 que M. E B, qui n'établit pas que le traitement appelé par son état de santé ne serait pas disponible en Tanzanie, n'est pas fondé à invoquer ces dispositions.

10. En second lieu, la décision de refus de titre de séjour adoptée à l'encontre de M. E B n'est pas entachée des illégalités que le requérant allègue. Dès lors, celui-ci n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de M. E B n'est pas entachée des illégalités que le requérant allègue. Dès lors, celui-ci n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

12. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11 ci-dessus que M. E B n'établit pas être exposé au risque de défaut de soins en Tanzanie et, par suite, à des conséquences d'une exceptionnelle gravité susceptible de caractériser un traitement inhumain et dégradant proscrit par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de M. E B n'est pas entachée des illégalités que le requérant allègue. Dès lors, celui-ci n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français.

14. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

15. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la situation de l'intéressé avant de décider de lui interdire le retour sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que si M. E B réside en France depuis plusieurs années, il n'y a noué aucune attache privée et familiale. Le requérant a en outre fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en septembre 2018, qu'il n'a pas exécutée, et sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, M. E B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen ou aurait adopté une mesure disproportionnée en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

16. Il résulte de ce qui précède que M. E B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 26 octobre 2021. Sa requête doit dès lors être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, dès lors qu'il rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E B, n'implique la prescription d'aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à cette fin par le requérant doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais relatifs au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Tercero la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Flor Tercero.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

L'assesseur le plus ancien,

M. BERNOS

Le président, rapporteur,

P. GRIMAUD La greffière,

M. ALRIC

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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