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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203326

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203326

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 14 juin 2022, sous le n° 2203326, M. C E, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 16 mai 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi que la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et son droit d'être entendu n'ont pas été respectés ;

- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulier ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à leur regard ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation à leur regard ;

- le préfet n'a pas pris en compte les circonstances exceptionnelles dont il peut se prévaloir ; il aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation et lui délivrer un titre de séjour ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle qui revêt un caractère exceptionnel.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 21 juillet 2023 par une ordonnance du 6 juillet précédent.

M. C E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2023.

II- Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 5 janvier 2023 et 28 février 2023, sous le n° 2300053, M. C E, représenté par Me Laspalles demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

2°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi que la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'exigence d'une procédure contradictoire posée par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut de base légale et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ainsi que son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 24 mars 2023 par une ordonnance du 3 mars précédent.

M. C E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2023.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, né le 20 février 1990 à Kinshasa, a déclaré être entré en France le 4 août 2017. Le 3 novembre 2017, il a sollicité le bénéfice de l'asile. Par une décision du 11 août 2021, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demandé, ce rejet ayant été confirmé par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 31 octobre 2022. Le 3 janvier 2022, il a demandé son admission au séjour au regard de son état de santé. Le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande par une décision du 16 mai 2022. Puis, par un arrêté du 23 décembre 2022, cette même autorité lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an. Par ses requêtes n°2203326 et n°2300053, M. E demande au tribunal d'annuler cette décision et cet arrêté.

Sur la jonction

2. Les requêtes nos 2203326 et 2300053 concernent le même requérant, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre et d'y statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle en date du 18 janvier et 14 juin 2023, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses demandes tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle étant ainsi devenues sans objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées

4. En premier lieu, les décisions contestées visent les textes sur lesquels elles se fondent et notamment les articles L. 412-5, L.425-9, L.611-1 4° et 5°, L.612-1 et L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Le préfet rappelle la situation de M. E et précise notamment qu'il n'a pas justifié de son impossibilité à accéder à un traitement approprié dans son pays d'origine, que sa présence en France présente une menace pour l'ordre public, qu'il ne justifie pas de circonstance particulière et que les décisions ne portent pas à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée. Ainsi, ces décisions, qui exposent le parcours du requérant, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont par suite suffisamment motivées.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation des décisions attaquées ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne, qui a procédé à un examen réel et complet de sa situation, se serait estimé en situation de compétence liée pour prendre les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen et de la compétence liée doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". La décision du 16 mai 2022 ayant été prise à la suite d'une demande formulée par le requérant, celui-ci ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Et l'article R.425-11 du même code précise notamment que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R.425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

8. M. E soutient que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulier. Toutefois, cet avis, produit par le préfet, a été rendu le 30 mars 2022 par un collège composé de trois médecins, au vu d'un rapport médical du 15 mars 2022 établi par un quatrième médecin, qui n'a donc pas siégé au sein dudit collège. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. En troisième lieu, il appartient au juge d'apprécier, au vu des pièces du dossier, si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie l'octroi d'un titre de séjour dans les conditions rappelées ci-dessus, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

10. I ressort des termes de l'avis susmentionné du 30 mars 2022 que le collège médical de l'OFII a considéré que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et ne s'est pas prononcé sur la disponibilité d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Pour établir que le défaut de prise en charge de la pathologie dont il souffre est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, M. E se prévaut de deux certificats médicaux établis respectivement le 30 mai 2022 par un médecin généraliste et le 31 mai 2022 par un médecin psychiatre. Toutefois, ces deux certificats qui sont postérieurs à la date de la décision attaquée, ne permettent pas de l'établir, compte tenu des termes dans lesquels ils sont rédigés. Par suite, l'intéressé, sur lequel pèse la charge de la preuve dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII est favorable au préfet, ne remplit pas les conditions prévues à l'article L. 425-9 précité. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu ces dispositions ou entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation de santé.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 () ".

12. Si le requérant soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions, il résulte des éléments développés au point 9 que le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu d'examiner si le requérant présentait ou non une menace à l'ordre public puisqu'il a pu légalement rejeter la demande de titre de séjour en application du seul article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné, le 9 juillet 2021, à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'abattage d'animal hors abattoir dans des conditions illicites, qu'il a été placé sous contrôle judiciaire, le 1er septembre 2021, pour des faits de violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours avec la circonstance que les faits ont été commis sur conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, que, par décision du 25 octobre 2021, le juge aux affaires familiales lui a fait interdiction de recevoir ou rencontrer son ex-conjointe, Mme D, ainsi que ses trois enfants et de se rendre au domicile de cette dernière ou au lieu de scolarisation de Mme A B, en considérant que les faits de viols commis sur son ex-conjointe, de pénétration de force chez elle pour enlever leur fils et de violences physiques sur Mme A B sont vraisemblables.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Et aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

14. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Par voie de conséquence, M. E ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles il n'a pas fondé sa demande. Par ailleurs, Si les dispositions précitées de l'article L. 435-1, que le requérant invoque sans les citer expressément, permettent à l'administration de délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " à un étranger pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, il ressort des termes mêmes de cet article, et notamment de ce qu'il appartient à l'étranger de faire valoir les motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour, que le législateur n'a pas entendu déroger à la règle rappelée ci-dessus ni imposer à l'administration, saisie d'une demande d'une carte de séjour, quel qu'en soit le fondement, d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Par suite, M. E ne peut pas davantage utilement se prévaloir de ces dispositions. Enfin, l'intéressé ne faisant état d'aucun motif exceptionnel, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en ne retenant pas un tel motif pour lui délivrer le titre de séjour sollicité.

15. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. M. E se prévaut de son état de santé, de l'ancienneté de son séjour en France, des démarches qu'il y a entreprises ainsi que des attaches qu'il y détient, en les personnes de son ex-conjointe et de ses deux enfants. Toutefois, entré illégalement en France, il n'a été admis à y séjourner qu'à titre provisoire, le temps de l'examen de ses demandes de protection internationale et d'admission au séjour, qui ont toutes été rejetées. Il ne saurait par ailleurs se prévaloir de la présence de son ancienne compagne, qu'une ordonnance du juge aux affaires familiales du 25 octobre 2021 lui interdit d'approcher, cette ordonnance, confirmée sur ce point par une décision du tribunal judiciaire du 20 décembre 2022, lui ayant également retiré l'autorité parentale sur ses deux enfants. S'il fait valoir qu'il a versé, en mai 2022, la somme de 200 euros pour l'entretien de ses enfants et que la décision du 20 décembre 2022 lui a accordé un droit de visite médiatisé, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ni même qu'il entretiendrait des liens avec eux et ce d'autant qu'avant le 20 décembre 2022, il n'avait aucun droit de visite. Il ne démontre en outre aucune intégration particulière en France, alors qu'il a passé l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine où il ne sera pas isolé dès lors que, selon ses déclarations, ses parents y résident. Enfin, il ne peut se prévaloir de son état de santé, le collège des médecins de l'OFII ayant estimé, comme il a été dit, que le défaut de prise en charge médicale de pathologie ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager vers son pays d'origine. Par suite, et dès lors qu'au surplus l'intéressé représente une menace pour l'ordre public, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

17. En premier lieu l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ". Or le législateur ayant entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution d'une décision par laquelle l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, les dispositions précitées ne sauraient être utilement invoquées à son encontre.. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

18. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont issues de la transposition, dans l'ordre juridique interne, des objectifs de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. Ni ces dispositions, ni la directive du 16 décembre 2008 ne prévoient de droit pour un étranger à être entendu dans le cadre de la procédure de prise d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français. Toutefois, et comme l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour, ce droit n'impliquant toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. il résulte de la jurisprudence de cette même Cour que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise et qu'il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision, le juge saisi d'une telle demande devant alors vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

19. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été empêché de faire valoir ses observations au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour ou même qu'il aurait pu faire valoir, préalablement à l'adoption de l'obligation de quitter le territoire français en litige, des arguments qui n'ont pas été pris en compte par le préfet et qui auraient pu influer sur le contenu de cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

20. En troisième lieu, comme il a été dit au point 16, le requérant, qui a passé l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine où il ne sera pas isolé, ne démontre aucune intégration particulière en France, où il ne dispose pas de liens anciens, stables et durables et présente une menace à l'ordre public, que ce soit à la date de la décision du 16 mai 2022 ou à celle de l'arrêté du 23 décembre 2022. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'erreur manifestation dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

21. En dernier lieu, aux termes de l'article 3.1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

22. Comme il a été dit au point 16, le requérant n'établit pas qu'il participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ni même qu'il entretiendrait des liens avec eux et ce d'autant qu'avant le 20 décembre 2022, il de disposait d'aucun droit de visite. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention de New-York et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire

23. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

24. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de ne pas accorder au requérant un délai supérieur à un mois pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi

25. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

26. Si le requérant soutient qu'il sera exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il ne donne aucune précision au soutien de cette allégation. Par suite, le moyen doit être écarté, et ce d'autant que sa demande de protection internationale a été définitivement rejetée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour

27. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui ne saurait se prévaloir des dispositions de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour, ait été empêché de faire valoir ses observations au cours de l'instruction de sa demande. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

28. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code précité : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

29. Comme indiqué aux points précédents, M. E ne justifie pas de liens d'une particulière intensité sur le territoire nationale, dès lors qu'il ne peut se prévaloir de la présence de son ex-compagne et qu'il n'a pas établi de liens avec ses enfants. Dans ces conditions, et dès lors par ailleurs qu'il constitue une menace à l'ordre public, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et ce d'autant qu'il pourra en demander le retrait une fois la mesure d'éloignement exécutée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fins d'injonctions, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en tout état de cause, celles sur le paiement des dépens, qui n'ont pas lieu d'être dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle de M. C E.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef, n°2300053

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