mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203337 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DUPEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 juin 2022 et régularisée le 16 juin 2022, et des mémoires enregistrés les 14 novembre 2023 et 15 février 2024, M. C D et Mme B A épouse D, représentés par Me Dupey, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 du président du conseil départemental de l'Aveyron portant alignement individuel de la route départementale n° 11 au droit de leur propriété, cadastrée sous les numéros 360, 362 et 1340, ainsi que le plan qui y est annexé, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux du 24 mai 2022 ;
2°) de mettre à la charge du conseil départemental de l'Aveyron la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable et a été introduite dans les délais de recours, dès lors qu'ils ont reçu l'arrêté d'alignement le 12 février 2022 ;
- l'arrêté d'alignement attaqué est entaché d'incompétence ;
- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le conseil départemental de l'Aveyron ne leur a pas adressé une mise en demeure ; seul le cabinet AQR a été mis en demeure ;
- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que cet arrêté d'alignement constitue en fait un plan d'alignement et aurait dû faire l'objet d'une enquête publique préalable obligatoire ;
- les requérants n'ont pas été informés de l'existence de cette enquête préalable ;
- ils n'ont pas été destinataires du dossier d'enquête publique, méconnaissant ainsi leurs droits ;
- l'arrêté d'alignement est entaché d'erreur de fait, dès lors qu'ils n'ont jamais sollicité l'établissement de cet arrêté d'alignement, ni mandaté un géomètre expert ; le cabinet AQR a été mandaté à la demande du conseil départemental de l'Aveyron ;
- l'arrêté d'alignement attaqué est entaché de fraude ;
- la rectification de l'acte juridique leur est inopposable ;
- l'alignement de la parcelle n° 1340, n'a pas été prise au droit du domaine public ; la délimitation de leur propriété est conforme à la superficie du terrain qui a été vendue aux requérants ; la boite aux lettres contestée a été installée en limite de leur propriété ;
- aucune mise en demeure de faire cesser l'occupation du domaine public ne leur a été adressée ;
- l'arrêté d'alignement est entaché de détournement de pouvoir, dès lors que la procédure d'alignement ne se justifie pas et qu'il vise à contourner les règles applicables en matière d'expropriation ;
- il procède à un élargissement trop important de la voie qui ne se justifie pas par l'intérêt général ; il est dangereux pour la sécurité publique ;
- il porte atteinte à leur droit de propriété, dès lors qu'il supprime deux places de stationnement devant leur propriété et rend impossible l'accès à leur habitation ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'une erreur " manifeste " d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 octobre 2023 et 3 janvier 2024, le président du conseil départemental de l'Aveyron, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête comme infondée, et que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soddu ;
- les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Dupey, représentant Mme et M. D, en présence de ce dernier.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D et Mme B A épouse D sont devenus propriétaires d'une propriété située au lieu-dit l'Hôpital sur la commune d'Auzits (12 390), cadastrée sous les numéros 360, 362 et 1340 au droit de la route départementale n° 11. Par leur requête, les requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 portant alignement individuel de la route départementale n° 11 au droit de leur propriété, cadastrée sous les numéros 360, 362 et 1340, ainsi que le plan qui y est annexé, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux du 24 mai 2022.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code précité : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. Le président du conseil départemental de l'Aveyron soutient que les conclusions à fin d'annulation de la requête dirigées contre l'arrêté du 22 novembre 2021 portant alignement individuel de la route départementale n° 11 au droit de la propriété des requérant, cadastrée sous les numéros 360, 362 et 1340, sont tardives et donc irrecevables. Toutefois, le conseil départemental de l'Aveyron ne démontre pas que l'arrêté, qui certes mentionne les délais et voies de recours, a été régulièrement notifié aux requérants, alors que ce ces derniers font valoir ne l'avoir reçu que le 12 février 2022. Par suite, la fin-de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête soulevée en défense, doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. Le plan d'alignement, auquel est joint un plan parcellaire, détermine après enquête publique ouverte par l'autorité exécutive de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale, propriétaire de la voie, et organisée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration la limite entre voie publique et propriétés riveraines. L'alignement individuel est délivré au propriétaire conformément au plan d'alignement s'il en existe un. En l'absence d'un tel plan, il constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine ". Aux termes de l'article L. 112-2 du même code : " La publication d'un plan d'alignement attribue de plein droit à la collectivité propriétaire de la voie publique le sol des propriétés non bâties dans les limites qu'il détermine. Le sol des propriétés bâties à la date de publication du plan d'alignement est attribué à la collectivité propriétaire de la voie dès la destruction du bâtiment. Lors du transfert de propriété, l'indemnité est, à défaut d'accord amiable, fixée et payée comme en matière d'expropriation. " Aux termes de l'article L. 112-3 du même code : " L'alignement individuel est délivré par le représentant de l'Etat dans le département, le président du conseil départemental ou le maire, selon qu'il s'agit d'une route nationale, d'une route départementale ou d'une voie communale. Dans les agglomérations, lorsque le maire n'est pas compétent pour délivrer l'alignement, il doit obligatoirement être consulté ". Aux termes de l'article L. 112-4 du code de la voierie routière : " L'alignement individuel ne peut être refusé au propriétaire qui en fait la demande ".
6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière qu'un arrêté d'alignement, qui, en l'absence de plan d'alignement, se borne à constater les limites d'une voie publique en bordure des propriétés riveraines, et constitue ainsi un acte purement déclaratif sans effet sur les droits des propriétaires riverains, ne peut être fixé qu'en fonction des limites actuelles de la voie publique en bordure des propriétés riveraines, éventuels empiètements inclus. Un arrêté d'alignement se bornant à constater les limites d'une voie publique en bordure des propriétés riveraines, une contestation relative à la propriété des immeubles riverains de la voie publique sur laquelle il n'appartiendrait qu'à l'autorité judiciaire de statuer, ne peut, dès lors, être utilement soulevée à l'appui de conclusions tendant à l'annulation pour excès de pouvoir d'un tel arrêté. En revanche, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions tendant à l'annulation pour excès de pouvoir d'un arrêté d'alignement, de vérifier si l'arrêté d'alignement attaqué se borne ou non à constater les limites actuelles de la voie publique en bordure des propriétés riveraines.
7. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E, chef de la subdivision ouest, par délégation du président du conseil départemental de l'Aveyron. Toutefois, il ne ressort pas des termes de l'arrêté du 2 juillet 2021 n° A21H2073 publié au bulletin officiel du département le 21 juillet 2021, et consultable sur le site internet du département de l'Aveyron, produit en défense, que M. E disposait d'une délégation à l'effet de signer les actes affectant l'intégrité du domaine public routier, et notamment les arrêtés portant alignement des routes départementales incluant la portion de route concernée par l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, doit être accueilli.
8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants aient sollicité l'établissement d'un arrêté d'alignement par une demande du 5 juillet 2021, demande visée dans ledit arrêté, ni qu'ils aient mandaté, à ce titre, le cabinet de géomètres AQR. Par ailleurs, si le conseil départemental de l'Aveyron soutient que le plan réalisé par le cabinet de géomètres AQR dans la cadre de l'établissement du plan d'alignement attaqué n'est que la continuité juridique de la mission confiée par les requérants en 2014 à ce même cabinet, il ressort toutefois des pièces du dossier, que la demande de bornage dans le cadre de la division parcellaire préalablement à l'achat par les requérants de la propriété en litige a été sollicitée par l'ancien propriétaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait de l'arrêté attaqué doit être accueilli.
9. En troisième lieu, si M. et Mme D soutiennent qu'aucune mise en demeure de cessation d'occupation du domaine public ne leur a été adressée, toutefois, le présent litige porte sur la légalité d'un arrêté d'alignement lequel n'a ni pour objet ni pour effet de constater l'occupation irrégulière du domaine public. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 22 novembre 2021 du conseil départemental de l'Aveyron portant alignement individuel de la route départementale n° 11 au droit de la propriété des requérants, cadastrée sous les numéros 360, 362 et 1340, ainsi que le plan qui y est annexé, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux du 24 mai 2022, doivent être annulés.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil départemental de l'Aveyron, le versement à M. et Mme D d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le conseil départemental de l'Aveyron sur le même fondement.
D E C I D E:
Article 1er : L'arrêté d'alignement du président de conseil départemental de l'Aveyron en date du 22 novembre 2021 portant alignement individuel de la route départementale n° 11 au droit de la propriété de M. et Mme D, cadastrée sous les numéros 360, 362 et 1340, ainsi que le plan qui y est annexé, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux du 24 mai 2022, sont annulés.
Article 2 : Le conseil départemental de l'Aveyron versera à M. et Mme D une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions du conseil départemental de l'Aveyron présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à Mme B A épouse D et au président du conseil départemental de l'Aveyron.
Copie en sera adressée au maire de la commune d'Auzits et au préfet de l'Aveyron.
Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
S. CAROTENUTO La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026