jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203382 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TOUBOUL |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 16 juin 2022 sous le numéro 2203382, M. B, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 29 novembre 2021 à l'encontre de cette décision du 28 septembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avec paiement rétroactif de l'allocation à compter de la date d'enregistrement de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Touboul, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité n'a pas été mené ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, dès lors que l'OFII n'a pas pris en compte sa vulnérabilité caractérisée par l'état de grossesse de sa femme.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, l'intéressé ne justifie pas de son statut de demandeur d'asile de sorte que les conclusions présentées à fin d'injonction sont devenues sans objet.
La clôture de l'instruction a été fixée au 13 mai 2024 par une ordonnance du 10 avril précédent.
Par une décision du 10 mai 2022, M. B n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
II- Par une requête enregistrée le 16 juin 2022 sous le numéro 2203383, Mme D, représentée par Me Touboul, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 29 novembre 2021 à l'encontre de cette décision du 28 septembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avec paiement rétroactif de l'allocation à compter de la date d'enregistrement de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Touboul, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité n'a pas été mené ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, dès lors que l'OFII n'a pas pris en compte sa vulnérabilité caractérisée par son état de grossesse.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- par une décision du 12 septembre 2023, la cour nationale du droit d'asile (CNDA) a définitivement rejeté la demande d'asile de l'intéressée de sorte que ses conclusions à fin d'injonction sont devenues sans objet à compter du 1er octobre 2023.
La clôture de l'instruction a été fixée au 13 mai 2024 par une ordonnance du 10 avril précédent.
Par une décision du 10 mai 2022, Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jorda.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien, qui a déclaré être entré en France le 16 janvier 2017, a sollicité le bénéfice de l'asile le 16 juillet 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision du 30 août 2019, notifiée le 20 septembre suivant, confirmée le 3 décembre 2020 par la cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 26 août 2021, Mme D, sa compagne et compatriote, a présenté une demande d'asile. Par deux décisions du 28 septembre 2021, le directeur territorial de l'OFII a informé chacun des requérants que les conditions matérielles d'accueil leur étaient refusées. Le 29 novembre 2021, ils ont formé deux recours administratifs préalables obligatoires contre ces décisions, qui ont été implicitement rejetés. Par les requêtes numéros 2203382 et 2203383, M. B et Mme D demandent au tribunal d'annuler ces décisions implicites de rejet ainsi que les décisions du 28 septembre 2021.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2203382 et n° 2203383, présentées par M. B et Mme D, concernent des requérants se réclamant d'une même famille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 () ". L'article L. 531-27 fixe ce délai à quatre-vingt-dix jours. D'autre part, aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " () Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".
4. L'institution, par les dispositions précitées, d'un recours administratif préalable obligatoire, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Il en résulte que les vices propres de la décision initiale ne sauraient être utilement invoqués à l'appui d'un recours contestant la décision rejetant ce recours. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à son encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables à la décision initiale qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à cette décision, sont susceptibles d'affecter la régularité de la décision soumise au juge.
5. Par deux décisions du 28 septembre 2021, le directeur territorial de l'OFII à Toulouse a refusé d'attribuer à M. B et à Mme D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Les intéressés ont formé un recours administratif préalable obligatoire contre ces décisions, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant que le silence du directeur général de l'office sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet le 29 janvier 2022, qui s'est ainsi substituée à la décision du 28 septembre 2021. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être regardées comme dirigées uniquement contre les décisions implicites de rejet de leur recours administratif préalable obligatoire respectif.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B et Mme D ont bénéficié d'une évaluation individuelle de leur vulnérabilité lors d'un entretien réalisé le 26 août 2021 par un agent de l'OFII. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".
9. Dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.
10. Les requérants se prévalent d'une situation de vulnérabilité particulière en raison de l'état de grossesse de Mme D et de l'absence de ressources du foyer. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'aucune demande de réexamen d'une demande d'asile n'a été transmise à l'OFPRA au nom de M. B, qui n'est donc pas éligible aux conditions matérielles d'accueil, et que Mme D ne fait état d'aucun motif légitime justifiant qu'elle ait déposé sa demande d'asile au-delà du délai de quatre-vingt-dix jours fixé par les dispositions précitées des articles L.551-15 et L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort par ailleurs de l'évaluation de leur vulnérabilité qu'ils disposent d'un logement et, s'ils allèguent être sans ressource, ils ne l'établissent pas et ce d'autant qu'ils ont tous les deux déclarés louer une colocation. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, l'état de grossesse de Mme D ne permet pas à lui seul de caractériser une situation de vulnérabilité telle que l'OFII ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation, leur refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B et Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B et Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A D, à Me Touboul et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
M. Rives, premier conseiller,
Mme Jorda, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
V. JORDALa présidente,
S. CHERRIERLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef, n° 2203383
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026