lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203394 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | POUGAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juin 2022, M. E I, représenté par Me Pougault, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, mettre à la charge de l'Etat cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence du signataire ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait en violation des dispositions de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le Système d'Information Schengen (SIS) :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle est privée de base légale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en raison de l'absence totale d'indication des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ;
- elle est privée de base légale ;
Le préfet de l'Hérault a produit des pièces enregistrées les 18 et 24 juin 2022 ainsi qu'un mémoire en défense enregistré le 25 août 2022 par lequel il conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Pougault, représentant M. I, absent, qui conclut aux mêmes fins et soulève un nouveau moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu car la préfecture ne produit pas la preuve d'une audition antérieurement à la décision attaquée puisque les pièces produites par le préfet concernent une procédure de police du mois de juillet 2022,
- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. E I, ressortissant géorgien né le 20 octobre 1975 à Ambrolauri (URSS), déclare être entré en France en avril 2022. Il a été interpelé le 14 juin 2022 et placé en garde à vue pour des faits de vol en réunion. Par un arrêté du 15 juin 2022, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il s'agit des décisions attaquées.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
3. D'une part, par un arrêté du 16 mars 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme D C, cheffe de la section éloignement, une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B F, cheffe du bureau de l'asile, du contentieux et de l'éloignement, ou de Mme G H, tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F et Mme H n'auraient pas été absentes ou empêchées. Cette délégation de signature habilitait ainsi Mme C à signer l'arrêté attaqué pris à l'encontre de M. I.
4. D'autre part, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
5. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
6. M. I soutient que le préfet n'apporte pas la preuve qu'il aurait été auditionné préalablement à l'édiction de la mesure en litige. Ce faisant, il fait valoir que son droit d'être entendu a été méconnu. Toutefois, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 de ce code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
8. L'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que M. I déclare être entré sur le territoire français en avril 2022, muni de son passeport géorgien, et ne plus être reparti depuis, sans pouvoir justifier d'un tampon d'entrée correspondant à la date alléguée, que l'intéressé ne peut justifier être en France depuis moins de trois mois et qu'il se maintient de manière irrégulière sur le territoire depuis l'expiration du délai de trois mois à compter de son arrivée en France. Le préfet indique également que l'intéressé n'a jamais sollicité l'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et qu'il n'a effectué aucune démarche afin de régulariser sa situation administrative sur le territoire. Le préfet précise que l'intéressé se déclare célibataire et sans enfant à charge, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables compte-tenu du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de quarante-six ans. Le préfet relève enfin que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé.
9. D'autre part, le moyen soulevé par M. I tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. I ne peut justifier s'être maintenu régulièrement en France au-delà d'un délai de trois mois à compter du jour de son entrée sur le territoire français, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il ne possède pas de garanties de représentation. Dans ces conditions, en l'absence de circonstance particulière, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit, considérer que le risque que M. I se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français était établi et refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation de la situation du requérant.
12. En second lieu, il résulte de ce qui précède que M. I n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le Système d'Information Schengen (SIS) :
13. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le requérant déclare être entré en France en avril 2022 et ne plus être reparti depuis, qu'il est célibataire et sans enfant à charge, qu'il ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, que son comportement représente une menace à l'ordre public, celui-ci ayant été placé en garde à vue pour des faits de " vol en réunion " et qu'une interdiction de retour d'une durée de six mois est prononcée à son encontre. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.
14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. I n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire à l'encontre de celle l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
15. En premier lieu, l'arrêté vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.
16. En second lieu, il résulte de ce qui a été développé aux points 3 à 9 du présent jugement que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision susvisée serait privée de base légale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire.
17. Il résulte de ce qui précède que M. I n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 juin 2022.
Sur les conclusions accessoires :
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'injonction sous astreinte, aux dépens et aux frais non compris dans les dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. I est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. E I, à Me Pougault et au préfet de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. A La greffière,
A. BACH
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°2203394
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026