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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203452

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203452

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBILLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2022, M. H I C, représenté par Me Billa, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 17 juin 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement combiné des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Les décisions attaquées :

- sont entachées d'une incompétence de leur signataire ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est privée de base légale ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

La décision portant fixation du pays de renvoi :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des pièces et deux mémoires en défense, enregistrés les 19 et 20 juin 2022 et le 20 février 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 8 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mars 2023 à 12 h 00.

M. I C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. H I C, ressortissant marocain né le 28 juillet 1994 à Errachidia (Maroc), a déclaré être entré en France le 11 juin 2022. Il a été interpellé par les services de gendarmerie le 17 juin 2022 et a été placé en garde à vue pour des faits d'entrée illégale sur le territoire français. Par un arrêté du 17 juin 2022, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de six mois, aux motifs qu'il travaille de manière illégale sans autorisation de travail ni titre de séjour, qu'il a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail, qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français où il se maintient en situation irrégulière, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, qu'il ne démontre pas être isolé ni démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il ne justifie pas avoir établi le centre de ses liens privés et familiaux sur le territoire français, que, dans ces conditions, il n'est pas porté une atteinte à sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que le risque de fuite est caractérisé dès lors qu'il ne justifie pas de garanties de représentation effective, que son épouse et son fils vivent en Espagne, que son comportement ne représente pas une menace à l'ordre public et qu'il ne prouve pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. I C ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2023, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont dépourvues d'objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. Par un arrêté du 2 juin 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E D, cheffe de la section éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A F et de Mme G, à l'effet de signer les arrêtés ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la cour européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont les stipulations ont été reprises à l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. I C n'était présent sur le territoire français que depuis une semaine à la date de la décision attaquée. Il n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il aurait établi le centre de ses intérêts privés en France, où il ne se prévaut d'aucune attache particulière. En outre, si l'intéressé soutient que son épouse et son fils résident en Espagne, il n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, M. I C, qui n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident, selon ses déclarations, ses parents et ses trois sœurs, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen titré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7() ". En outre, l'article L. 621-2 du même code dispose que : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. " De plus, l'article L. 621-3 du même code dispose que : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. "

7. Il ressort de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 ou des deuxième à quatrième alinéas de l'article L. 621-2, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 621-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. I C déclare, sans toutefois en apporter la preuve, être entré en France le 11 juin 2022 sans être muni des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur. Il n'a formulé, depuis son entrée sur le territoire, ni demande d'admission au séjour ni demande d'asile. Il relevait ainsi du cas où, en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français pouvait être prise à son encontre. Lors de son audition, le 17 juin 2022, faisant suite à son interpellation, M. I C a déclaré notamment être arrivé en France en provenance d'Espagne où résident son épouse et son fils, pour travailler avant de repartir en Espagne et a précisé détenir un certificat de résidence espagnol. Aux fins de tenir compte de la volonté de M. I C d'être, le cas échéant, éloigné vers l'Espagne, les services de la préfecture ont pris l'attache des autorités espagnoles, par le biais du centre de coopération policier et douanier du Perthus (CCPD), lesquelles leur ont répondu le 17 juin 2022 que M. I C ne détenait pas de titre de résident en Espagne. Il résulte de ce qui précède que le préfet de l'Hérault a suffisamment examiné la possibilité d'une réadmission de M. I C vers l'Espagne avant de prendre à son encontre la mesure d'éloignement attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour dont serait entachée la décision contestée ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas dépourvue de base légale.

10. En second lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. I C.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

11. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

13. Pour assortir sa mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé déclare être entré en France le 11 juin 2022 soit quelques jours avant l'édiction de la décision attaquée et qu'il ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dans ces conditions, nonobstant l'absence d'une précédente mesure d'éloignement et l'absence de menace à l'ordre public, le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, interdire M. I C de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. I C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 17 juin 2022.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil du requérant la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. I C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H I C, à Me Billa et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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