mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203472 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | KOSSEVA-VENZAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin 2022 et 16 mars 2023, M. B A, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 20 mai 2022 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à tout le moins de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier de non-admission au système d'information Schengen (SIS) ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ou, dans l'hypothèse où sa demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, cette même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Les décisions attaquées :
- sont entachées d'un défaut de motivation ;
La décision portant refus d'admission au séjour :
- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 47 du code civil ;
- méconnaît les dispositions combinées de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 1er du décret n° 2015-1710 du 24 janvier 2005 ;
- est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant fixation du pays de renvoi :
- est privée de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 17 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 avril 2023 à 12:00.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;
- le tableau récapitulatif de l'état actuel du droit conventionnel en matière de légalisation, et notamment son annexe 8 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né selon lui le 3 août 2003 à Dinguiraye (Guinée), a déclaré être entré en France le 22 juillet 2019 et a sollicité sa prise en charge en qualité de mineur non accompagné auprès du conseil départemental de l'Ariège le 22 septembre 2019. Lors de sa prise en charge au dispositif départemental d'accueil d'évaluation et d'orientation pour les mineurs isolés, l'intéressé a été évalué comme majeur compte tenu des indicateurs contradictoires sur sa minorité déclarée et, le 10 septembre 2019, le procureur de la République de Foix a classé son dossier sans suite. Le 22 janvier 2020, M. A a saisi le juge des enfants, qui a ordonné le classement de la procédure et a déclaré n'y avoir lieu à assistance éducative par jugement du 24 février 2020. La chambre spéciale des mineurs de la cour d'appel de Toulouse a annulé la décision du juge des enfants et a confié l'intéressé au conseil départemental de l'Ariège par un arrêt du 11 mars 2021. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 mai 2022, la préfète de l'Ariège a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, aux motifs qu'il ne justifie pas avoir fait l'objet d'une prise en charge dans le cadre de la procédure de mineur non accompagné et confié à l'aide sociale à l'enfance au plus à l'âge de seize ans, qu'il ne peut donc se prévaloir de sa qualité de mineur devenu majeur, qu'il ressort de l'expertise du 4 août 2021 de la cellule fraude documentaire et à l'identité de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Toulouse que l'extrait du registre de l'état civil et le jugement supplétif fournis à l'appui de sa demande ne comportent pas les sécurités de base et cette insuffisance de fiabilité se heurte à l'exigence d'identification des individus résidant sur le territoire, qu'il n'y a aucune légalisation sur les documents produits qui ne peuvent être rattachés sans contestation à son porteur, qu'il a déposé une demande de visa auprès du consulat d'Espagne à Conakry le 16 mai 2018 en indiquant être né le 1er janvier 1999 et en présentant un passeport valable jusqu'au 9 mars 2022, qu'il a présenté un faux document d'identité dans le but d'obtenir des prestations sociales, que s'il suit une formation professionnelle depuis le 12 juillet 2021 pour le métier de " Solier Moquettiste ", sa famille réside en Guinée et il ne démontre pas avoir créé en France des liens personnels et familiaux d'une intensité et stabilité telles qu'ils pourraient justifier sa régularisation, qu'il est entré en France en 2019 selon ses déclarations, qu'il ne justifie pas d'une ancienneté de résidence significative en France, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé, qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A ayant déjà été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2023 du bureau de l'aide juridictionnelle, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. " Par ailleurs, aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande 1°les documents justifiant de son état civil 2° les documents justifiant de sa nationalité () ".
4. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans et qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Disposant d'un large pouvoir d'appréciation, il doit ensuite prendre en compte la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'il a portée.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. "
6. L'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
7. Enfin, aux termes de l'article 1er du décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère, dont l'annulation par une décision n° 448296 et autres du 7 avril 2022 du Conseil d'Etat statuant au contentieux ne prendra effet que le 31 décembre 2022 : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France () doit être légalisé pour y produire effet () ". L'article 3 du même décret dispose que : " I. - L'ambassadeur ou le chef de poste consulaire français peut légaliser : / 1° Les actes publics émis par les autorités de son Etat de résidence, légalisés le cas échéant par l'autorité compétente de cet Etat () ". L'article 4 dudit décret prévoit toutefois que : " Par dérogation au 1° du I de l'article 3, peuvent être produits en France () : / 1° Les actes publics émis par les autorités de l'Etat de résidence dans des conditions qui ne permettent manifestement pas à l'ambassadeur ou au chef de poste consulaire français d'en assurer la légalisation, sous réserve que ces actes aient été légalisés par l'ambassadeur ou le chef de poste consulaire de cet Etat en résidence en France. / Le ministre des affaires étrangères rend publique la liste des Etats concernés () ". L'annexe 8 du tableau récapitulatif de l'état actuel du droit conventionnel en matière de légalisation, publié sur le site du ministère des affaires étrangères et mis à jour à la date du 17 septembre 2021, précise que : " En application du 1° de l'article 4 du décret précité, les Etats pour lesquels les services consulaires français ne sont pas en mesure de procéder à la légalisation des actes publics qu'ils émettent sont les suivants : / - République de Guinée () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si les actes publics émis par les autorités guinéennes, tels que les actes émanant des juridictions judiciaires et les actes de l'état civil établis par les officiers de l'état civil, doivent faire l'objet d'une légalisation pour produire effet en France, cette légalisation peut valablement être effectuée par l'ambassadeur ou le chef de poste consulaire de Guinée en résidence en France.
8. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Ariège s'est fondée en premier lieu, sans saisir aux fins de vérification les autorités guinéennes, sur le motif tiré de ce que l'intéressé n'a pas été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize et de dix-huit ans après avoir constaté que si l'intéressé, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, avait présenté un jugement supplétif valant acte de naissance du 18 février 2020 du tribunal de première instance de Farahah, une transcription du jugement supplétif en date du 28 février 2020, faite par l'officier délégué d'état civil de la commune urbaine de Dinguiraye, et une carte d'identité consulaire délivrée par l'ambassade de Guinée à Paris le 8 avril, mentionnant qu'il est né le 3 août 2003 à Dinguiraye, ce jugement supplétif ne présente pas de garantie d'authenticité en l'absence d'utilisation de papier judiciaire ou de l'offset, il n'a en outre pas été légalisé par les services consulaires français en Guinée et, surtout, la consultation du fichier Visabio, prévue à l'article L. 142-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avait permis de constater, en se fondant sur la correspondance des empreintes digitales, que l'intéressé avait précédemment sollicité un visa auprès du consulat d'Espagne à Conakry sous une date de naissance différente de celle sous laquelle il s'est fait connaître des autorités françaises, en indiquant être né le 1er janvier 1999. Il serait donc entré en France à l'âge de vingt ans et non à l'âge de seize ans.
9. D'une part, il résulte des dispositions combinées, sus analysées, de l'article 4 § 1° du décret du n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 et de l'annexe 8 du tableau récapitulatif de l'état actuel du droit conventionnel en matière de légalisation que la préfète de l'Ariège ne saurait utilement faire valoir que le jugement supplétif d'acte de naissance de M. A ne pouvait être valablement légalisé que par les services consulaires français en Guinée. D'autre part, l'anomalie invoquée par la préfète de l'Ariège quant à l'absence d'utilisation de papier fiduciaire ou de l'offset est en tout état de cause insuffisante pour renverser la présomption d'authenticité qui s'attache au jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance de M. A. Enfin, si les mentions du fichier Visabio bénéficient d'une présomption d'exactitude, l'extrait de ficher dont fait état la préfète de l'Ariège fait apparaître une photographie d'identité correspondant manifestement à une autre personne que celle photographiée sur le récépissé de demande de carte de séjour délivré le 3 mai 2022 par ladite préfète à M. A et cet extrait est entaché d'une incohérence entre l'âge du demandeur, à savoir vingt-trois ans, et les dates de naissance et de demande de visa, à savoir respectivement le 1er janvier 1999 et le 16 mai 2018, de sorte que le passeport qui aurait été produit à cette date auprès des services consulaires espagnols en Guinée ne saurait être authentique, ainsi que l'a au demeurant jugé la chambre spéciale des mineurs de la cour d'appel de Toulouse dans son arrêt du 11 mars 2021. Dans ces conditions, et ainsi que l'a jugé ladite cour d'appel, cet extrait du fichier Visabio n'est pas de nature à renverser la présomption d'authenticité qui s'attache au jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance de M. A. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le requérant est fondé à soutenir que la décision de refus de séjour du 20 mai 2022 est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions combinées de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 47 du code civil et de l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015.
10. Pour refuser l'admission au séjour de M. A sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Ariège s'est fondée, en second lieu, sur la conservation par l'intéressé de liens en Guinée, où résident toujours ses parents et sa fratrie. Toutefois, s'il n'est pas sérieusement contesté que le requérant a conservé a minima des liens avec son père, il ressort des pièces du dossier, et il n'est au demeurant pas contesté par la préfète de l'Ariège, qu'il justifie du sérieux de sa formation professionnelle par la conclusion, antérieurement à la décision attaquée, d'un contrat d'apprentissage en qualité de solier moquettiste. Dans ces conditions, au regard de l'appréciation globale qu'il appartient à l'autorité préfectorale de porter sur la situation du demandeur, M. A est fondé à soutenir que ladite préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour du 20 mai 2022, ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de douze mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Aux termes de l'article L. 911-2 dudit code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. "
13. D'une part, eu égard à ses motifs, le présent jugement implique que la préfète de l'Ariège délivre à M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
14. D'autre part, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration procède à l'effacement du signalement dont le requérant a fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de prendre toute mesure propre à y mettre fin.
Sur les frais liés au litige :
15. D'une part, dès lors que M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant de la somme sollicitée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
16. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par M. A au titre dudit article ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 20 mai 2022 édicté par la préfète de l'Ariège à l'encontre de M. A est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège de délivrer à M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention salarié et de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'informations Schengen.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Kosseva-Venzal et à la préfète de l'Ariège.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
Le président-rapporteur,
J-C. TRUILHÉ
L'assesseur le plus ancien,
G. DÉDEREN
La greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026