jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203499 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BENHAMIDA |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rives a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1.Ressortissant algérien né le 18 février 1952, M. F, titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 12 novembre 2025, a sollicité le 7 juillet 2020 le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse. Par une décision du 17 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande. Par sa requête, M. F demande au tribunal d'annuler cette décision.
2.En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2021-325 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration aux fins de signer les décisions en matière de séjour et d'éloignement des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
3.En deuxième lieu, il résulte des termes de la décision litigieuse du 17 janvier 2022 que le préfet de la Haute-Garonne, après avoir mentionné l'accord franco-algérien a indiqué que les ressources de M. F pendant la période de référence allant du 1er juillet 2019 au 30 juin 2020, s'élevaient à une moyenne mensuelle inférieure à celui prévue par la réglementation pour que la demande de regroupement familial puisse être satisfaite. Par ailleurs, le préfet a indiqué que l'examen attentif de la situation personnelle et familiale du requérant, notamment au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne lui permettait pas de réserver une suite favorable à sa demande. Ainsi, le refus de regroupement familial opposé à M. F comporte un énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il n'est, par suite, pas insuffisamment motivé.
4.En troisième lieu, si l'autorité administrative peut légalement rejeter une demande de regroupement familial au motif que l'intéressé ne remplirait pas l'une ou l'autre des conditions légales requises, notamment dans le cas de ressources insuffisantes du demandeur pendant la période de référence d'un an ayant précédé sa demande, elle ne peut le faire qu'après avoir vérifié que, ce faisant, elle ne porte pas une atteinte excessive au droit du demandeur au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
5.Il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet, qui a vérifié si sa décision portait atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, se serait cru tenu de rejeter la demande de regroupement familial du seul fait que les ressources de M. F n'atteignaient pas le seuil requis par la règlementation. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit quant à l'étendue de sa compétence doit être écarté.
6.En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien : " () l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an () et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France () ". Il résulte de ces stipulations que la condition de ressources est satisfaite lorsque le demandeur et son conjoint justifient de ressources au moins égales au salaire minimum interprofessionnel de croissance, quelle que soit la composition de la famille. En vertu des dispositions des articles R. 411-4 et R. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compatibles sur ce point avec les stipulations de l'accord franco-algérien, le caractère suffisant des ressources du demandeur et de son conjoint, qui alimenteront de façon stable le budget de la famille, est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. Lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période de référence, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre en compte l'évolution des ressources du foyer du demandeur, si elle lui est favorable.
7.Il ressort des pièces du dossier que M. F a perçu durant l'année précédant sa demande un revenu moyen de 884 euros par mois, c'est-à-dire inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance. S'il ne conteste pas que ce seul revenu est insuffisant pour subvenir aux besoins de son foyer, il fait néanmoins valoir qu'il bénéficie également de l'aide personnalisée au logement. Toutefois, cette allocation ne constitue pas une ressource disponible au sens des dispositions précitées. Dès lors, en raison de l'insuffisance des ressources de M. F, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur de fait que le préfet de la Haute-Garonne a pu estimer qu'il ne satisfaisait pas à la condition de ressources prévue par les stipulations citées au point précédent.
8.En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui."
9.M. F, se prévaut du mariage qu'il a contracté le 11 juin 2018 à Relizane (Algérie) avec Mme B E. Toutefois, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer sa vie privée et familiale. En l'espèce, le requérant ne produit aucun document de nature à établir qu'il partageait une communauté de vie avec son épouse, tant antérieurement que postérieurement à leur union. De plus, si M. F produit un certificat médical établi le 7 février 2022 par un médecin généraliste, dont il ressort que son état de santé " nécessite l'aide d'une tierce personne pour la réalisation de certains actes de la vie quotidienne ", cet élément ne permet pas d'établir que la présence en France de son épouse serait indispensable eu égard à son état de santé alors que, au surplus, bénéficiaire d'une décision de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) lui reconnaissant un taux d'incapacité compris entre 50 et 79%, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier d'aides financières ou techniques destinées à compenser la perte d'autonomie liée à son état de santé. Par suite, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle doit être écarté.
10.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
M. Rives, premier conseiller,
Mme Jorda, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
Le rapporteur,
A. RIVES
La présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026