mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203523 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SADEK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 22 juin 2022, 13 et 23 février 2023, M. D A, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 avril 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a retiré son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui restituer le titre retiré et de renouveler son titre, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au profit de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
Les décisions attaquées :
- sont entachées d'une incompétence de leur signataire ;
- sont entachées d'un défaut de motivation ;
La décision portant retrait du certificat de résidence :
- est entachée du non-respect du principe du contradictoire ;
- est entachée d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour en application de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- porte une atteinte au principe fondamental de l'intérêt supérieur de l'enfant tel que protégé par les stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est discriminatoire au sens de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, combiné aux articles 8 de la même convention et 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est dépourvue de base légale ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 6 § 4 de l'accord franco-algérien ;
- méconnaît l'article 6 § 5 de l'accord franco-algérien ;
- méconnaît l'article 7 b de l'accord franco-algérien ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est privée de base légale ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- est disproportionnée ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que l'autorité préfectorale n'a pas pris en compte les circonstances humanitaires tenant à sa participation à l'entretien et à l'éducation de ses filles mineures.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 15 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2023 à 12 h 00.
Un mémoire, enregistré le 24 février 2023, a été présenté par le préfet de la Haute-Garonne et n'a pas été communiqué.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant algérien né le 28 avril 1989 à Mostaganem (Algérie), a déclaré être entré en France le 29 novembre 2018 et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 18 décembre 2019 en qualité de parent d'enfant français après s'être marié le 27 avril 2019 à Muret (Haute-Garonne) avec une ressortissante française, dont sont issues deux enfants de nationalité française. Il a bénéficié d'un certificat de résidence pour ressortissant algérien d'un an au titre de la vie privée et familiale, en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article 6 (4) de l'accord franco-algérien, valable du 31 décembre 2019 au 30 décembre 2020. L'intéressé a sollicité, le 27 janvier 2021, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfants français et a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfants français valable du 5 mai 2021 au 4 mai 2022. Par un arrêté du 19 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne a procédé au retrait de son certificat de résidence pour ressortissant algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de six mois, aux motifs qu'il n'a pas prévenu l'administration de l'ordonnance de non conciliation en date du 8 octobre 2020 du juge aux affaires familiales de Toulouse rendue à la suite du dépôt d'une requête en divorce de son épouse le 18 février 2020, que, par décision du 29 octobre 2021, le juge aux affaires familiales de Toulouse a indiqué que l'autorité parentale sur les deux enfants sera exercée exclusivement par son épouse, qu'il s'est donc prévalu de la qualité de parent d'enfant français alors qu'il savait ne pas remplir les conditions de délivrance du titre indûment délivré et qui peut lui être retiré à tout moment sur le fondement de la fraude, laquelle ne génère aucun droit, qu'il a présenté des observations écrites le 15 avril 2022, qu'il n'est pas protégé contre une mesure d'éloignement notamment au sens de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il est séparé de son épouse, qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulouse le 24 janvier 2022 à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie, qu'il ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé, que son comportement représente une menace à l'ordre public, qu'une interdiction de retour sur le territoire de six mois peut être prise à son encontre, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ladite convention en cas de retour dans son pays d'origine. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial du préfet de la Haute-Garonne le même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation de signature à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions établies en matière de police des étrangers, en particulier les décisions défavorables au séjour, les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, il résulte de la motivation des décisions attaquées, telle que décrite au point 1 du présent jugement, que celle-ci comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant retrait du certificat de résidence :
4. En premier lieu, une décision accordant un titre de séjour est par nature une décision créatrice de droits. Par suite, quand bien même cette décision aurait été obtenue par fraude et pourrait ainsi être retirée à tout moment, cette circonstance ne dispense pas l'autorité préfectorale de respecter la procédure contradictoire imposée par les dispositions combinées des articles L. 121-1 et L. 211-2 § 4° du code des relations entre le public et l'administration. En l'espèce, M. A soutient que l'administration ne l'a pas convoqué pour recueillir ses observations et qu'elle n'a ainsi pas respecté le principe du contradictoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été invité à se présenter aux services de la préfecture à deux reprises, les 22 février et 17 mars 2022, et qu'il a fait valoir des observations par courrier du 15 avril 2022. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas respecté le principe du contradictoire.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. " Aux termes de l'article L. 241-2 du même code : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. " En l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'autorité préfectorale peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle obtenue par fraude. Il appartient toutefois à l'administration de rapporter la preuve de la fraude, laquelle ne saurait être présumée, et ce tant s'agissant de l'existence des faits matériels l'ayant déterminée à délivrer l'acte que de l'intention du demandeur de la tromper, pour procéder à ce retrait.
6. Il résulte des dispositions précitées que par dérogation au délai de quatre mois fixé par le législateur pour procéder au retrait ou à l'abrogation d'une décision illégale, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. Il ressort des pièces du dossier que, le 27 janvier 2021, le requérant a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, lequel lui a été accordé pour la période du 5 mai 2021 au 4 mai 2022, alors même que son épouse, ressortissante française, avait déposé le 18 février 2020 une requête en divorce et qu'il ne détenait plus l'autorité parentale sur sa fille depuis le 8 octobre 2020. Ainsi, à la date du dépôt de sa demande de renouvellement, M. A savait qu'il ne remplissait plus les conditions de délivrance du titre sollicité. Le préfet était donc fondé à retenir l'existence d'une fraude et à lui retirer le titre indûment délivré, sans que puisse lui être opposé le délai de quatre mois prévu par les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Lorsque l'autorité compétente envisage de prendre une mesure de retrait d'un titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, qui prive un étranger du droit au séjour en France, il lui incombe notamment de s'assurer, en prenant en compte l'ensemble des circonstances relatives à la vie privée et familiale de l'intéressé, que cette mesure n'est pas de nature à porter à celle-ci une atteinte disproportionnée. S'il appartient à l'autorité administrative de tenir compte de manœuvres frauduleuses avérées qui, en raison notamment de leur nature, de leur durée et des circonstances dans lesquelles la fraude a été commise, sont susceptibles d'influer sur son appréciation, elle ne saurait se dispenser de prendre en compte les circonstances propres à la vie privée et familiale de l'intéressé postérieures à ces manœuvres au motif qu'elles se rapporteraient à une période entachée par la fraude.
8. M. A se prévaut d'une résidence continue en France depuis quatre années, de la présence sur le territoire français de son épouse et de leurs enfants mineurs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que son épouse a déposé, le 18 février 2020, une requête en divorce et, d'autre part, que le juge aux affaires familiales de Toulouse a rendu, le 8 octobre 2020, une ordonnance de non-conciliation. En outre, son épouse bénéficie d'une ordonnance de protection rendue le 20 juillet 2021 par le juge aux affaires familiales de Toulouse, à la suite de faits de violence commis par l'intéressé le 19 juin 2021, pour lesquels il a été condamné par jugement du 24 janvier 2022 du tribunal correctionnel de Toulouse à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis. Si M. A soutient qu'il entretient de nouveau une relation avec son épouse, que leur divorce n'est pas prononcé et qu'un nouvel enfant est né de leur union, il est constant qu'à la date de la décision attaquée, le couple était séparé et que l'autorité parentale sur leurs deux enfants était exclusivement confiée à leur mère. En outre, le requérant n'établit pas, en se prévalant de son activité d'aide soudeur exercée du mois de juin 2020 au mois d'avril 2022 et en soutenant qu'il aurait noué des amitiés sur son lieu de travail, qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts en France, alors qu'il n'apporte aucun élément permettant de considérer qu'il entretiendrait effectivement des liens d'une particulière stabilité, ancienneté et intensité sur le territoire français. Dans ces conditions, M. A, qui n'est au demeurant pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident a minima ses frères et sœurs, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ".
10. Il ressort de ce qui a été exposé au point 6 du présent jugement qu'à la date de la décision attaquée, l'exercice de l'autorité parentale sur les enfants du requérant était confié exclusivement à leur mère. En outre, si postérieurement à la décision attaquée, un troisième enfant est né de son union avec son épouse et, par une ordonnance du 3 janvier 2023, le juge de la mise en état a fixé l'exercice commun de l'autorité parentale, la décision attaquée n'a pas pour effet d'empêcher le requérant de revenir séjourner en France auprès de ses enfants en sollicitant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces nouveaux éléments. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte portée aux stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ".
12. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, l'exercice de l'autorité parentale sur les enfants du requérant était confié exclusivement à son épouse. Toutefois, l'intéressé soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il contribue selon lui à l'entretien et à l'éducation de ses filles depuis leur naissance. A l'appui de ces allégations, le requérant justifie de trois virements réalisés en octobre et novembre 2020. Au titre de l'année 2021, M. A se prévaut seulement de quatre factures mais n'apporte pas la preuve de versements effectués au titre de la pension alimentaire, alors que l'administration produit en défense une attestation de l'avocate de son épouse aux termes de laquelle celle-ci aurait déposé une plainte pour non-paiement de pension alimentaire. Ainsi, M. A n'établit pas qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants mineures de nationalité française. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
13. En sixième lieu, si M. A soutient que la position de l'autorité préfectorale est discriminatoire au sens de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il exerce l'autorité parentale sur ses enfants mineurs, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, l'exercice de l'autorité parentale était confié exclusivement à la mère des enfants. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait discriminatoire au sens de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, combiné aux articles 8 de la même convention et 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
14. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. "
15. Il ne résulte pas de ces dispositions que le préfet aurait dû recueillir l'avis de la commission du titre de séjour avant de retirer le certificat de résidence de M. A. Par ailleurs, dès lors que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ces dispositions ou, en ce qui concerne les ressortissants algériens, les conditions prévues par les stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien du 27 décembre 2018, et que faute d'exercer l'autorité parentale sur ses enfants ou de contribuer à leur entretien ou à leur éducation, M. A ne remplit pas les conditions du 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, il ne peut se prévaloir de ce que le préfet ne pouvait s'abstenir de saisir ladite commission. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité du retrait du certificat de résidence, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6, 8 et 12 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
18. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations des articles 6 § 4, 6 § 5 et 7 (b) de l'accord franco-algérien, ces stipulations n'ont vocation à régir que le droit au séjour des ressortissants algériens qui en remplissent les conditions. Dès lors, les moyens invoqués contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de refuser à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, doivent être écartés comme inopérant.
19. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".
20. Il résulte de ce qui a été exposé au point 12 que M. A n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants mineurs de nationalité française. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une méconnaissance du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
21. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire.
22. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisamment sérieux de la situation du requérant.
23. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
24. A la date de la décision attaquée, M. A ne justifiait pas d'une durée de présence en France significative, était séparé de son épouse, laquelle bénéficiait d'une ordonnance de protection, et n'avait pas l'autorité parentale sur ses enfants. Il n'apporte pas d'élément permettant d'établir qu'il entretenait une relation d'une particulière intensité avec ces derniers et ne peut se prévaloir d'une intégration particulière en France. En outre, l'intéressé a été condamné, le 24 janvier 2022, à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence. Dans ces conditions, nonobstant l'absence d'une précédente mesure d'éloignement, l'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de six mois n'apparaît pas disproportionnée.
25. En quatrième et dernier lieu, dès lors que la situation de M. A, qui a fait l'objet d'une interdiction de retour concomitamment à l'octroi d'un délai de départ volontaire, n'entre pas dans les prévisions des articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé ne saurait en tout état de cause soutenir utilement que l'interdiction de retour prononcée à son encontre méconnaît les dispositions desdits articles en tant que l'autorité préfectorale n'a pas pris en compte les circonstances humanitaires tenant selon lui à sa participation à l'entretien et à l'éducation de ses filles mineures.
26. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
27. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, les conclusions relatives à l'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil du requérant la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
Le président-rapporteur,
J-C. TRUILHÉ
L'assesseur le plus ancien,
G. DÉDEREN
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026