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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203659

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203659

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 28 juin et 4 juillet 2022, M. A, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 mai 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission au séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou un titre de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale et, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la procédure du contradictoire et son droit d'être entendu n'ont pas été respectés et que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est lui-même irrégulier ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors que ses circonstances humanitaires exceptionnelles n'ont pas été prises en compte et que le préfet aurait dû utiliser son pouvoir discrétionnaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 juillet 2023 par une ordonnance du 21 juillet précédent.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant guinéen né le 10 février 1977 à Conakry (Guinée), M. A a déclaré être entré en France le 25 janvier 2020. Le 4 février 2022, il a demandé son admission au séjour au regard de son état de santé. Par une décision du 25 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 25 janvier 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle précise que M. A n'établit ni même n'allègue être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dont il a besoin dans son pays d'origine et que rien dans sa situation ne justifie qu'il soit fait droit à sa demande. Elle est donc suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ayant été prise à la suite d'une demande en ce sens de M. A, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable est inopérant.

5. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'aurait pas eu, au cours de l'instruction de sa demande, la possibilité de faire état de tous éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle et susceptibles d'influer sur le sens de la décision se prononçant sur cette demande. En particulier, il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ou avoir été empêché de faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu s'agissant de la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

8. En l'espèce, M. A soutient que le médecin instructeur ayant établi le rapport médical transmis au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) aurait lui-même siégé au sein de ce collège de médecins et que l'avis rendu par ledit collège de médecins n'aurait pas été rendu de manière collégiale. Toutefois il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis transmis par le préfet en défense, d'une part que cet avis a été rendu, le 13 avril 2022, par un collège de trois médecins et, d'autre part, que le rapport médical en date du 30 mars 2022, transmis à ce collège, a été rédigé par un quatrième médecin, qui n'a pas siégé au sein dudit collège. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen attentif et particulier de la demande de M. A ou qu'il se serait cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

11. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

12. Le préfet de la Haute-Garonne a versé aux débats l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 13 avril 2022 concernant M. A, par lequel ce collège a considéré que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'un diabète de type 2 et d'hypertension. L'intéressé produit des certificats médicaux qui ne se prononcent pas de manière circonstanciée sur l'absence de traitements appropriés en Guinée. Ils ne sont donc pas de nature à remettre en cause l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII et ce d'autant qu'avant son arrivée en France M. A était déjà traité dans ce pays. En outre, M. A, qui n'apporte aucun élément pour étayer ses dires, ne peut utilement alléguer que son état de santé ne lui permettrait pas de voyager. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur l'état de santé du requérant.

13. En septième lieu, M. A, est irrégulièrement entré en France, selon ses dires, le 25 janvier 2020 et, s'il déclare être en concubinage, il n'en apporte pas la preuve. Il n'est pas isolé en Guinée, son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où vivent ses quatre enfants, et ne démontre aucune intégration sociale en France. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

14. En neuvième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être utilement invoqué dès lors que M. A a fondé sa demande de titre de séjour sur les seules dispositions de l'article L. 425-9 du même code.

15. En dernier lieu, pour les motifs évoqués aux points 12 et 13, le requérant ne peut se prévaloir d'aucune circonstance humanitaire exceptionnelle. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour lui délivrer un titre de séjour.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et celles tendant au paiement des dépens, qui n'ont pas lieu d'être dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Jorda, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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