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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203684

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203684

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPOUGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juin 2022 et un mémoire en production de pièces enregistré le 30 juin 2022, M. B A, représenté par Me Pougault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 du préfet du Puy-de-Dôme portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois, signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen et fixation du pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale.

Par un mémoire en production de pièces enregistré le 30 juin 2022, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Pougault, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins. Me Pougault soulève deux nouveaux moyens tirés de ce que le préfet, en obligeant le requérant à quitter le territoire français, a méconnu le principe général du droit d'être entendu et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que les questions qui ont été posées lors de l'audition n'ont pas été suffisamment précises, que l'officier de police judiciaire ne l'a pas informé de l'éventualité d'une mesure d'éloignement, et n'a donc pas mis le requérant en mesure de faire valoir ses observations, que le requérant est marié à une ressortissante française, qu'il vit avec sa compagne mais habite actuellement chez un ami en raison de la présence des enfants de son épouse pour les vacances, que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouve en France, que le refus de délai est fondé sur une menace à l'ordre public alors que le requérant n'a fait l'objet d'aucune condamnation,

- les observations de M. A, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet du Puy-de-Dôme n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 8 septembre 1994 à El Harrach (Algérie), a été interpellé par les services de la direction départementale de la sécurité publique du Puy-de-Dôme le 25 juin 2022. Par un arrêté du 27 juin 2022, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de six mois et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté en date du 21 avril 2022, publié le lendemain au recueil administratif spécial, le préfet du Puy-de-Dôme a donné une délégation à M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme et sous-préfet de l'arrondissement de Clermont-Ferrand, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que M. A déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2017, et n'a jamais sollicité de titre de séjour. Il mentionne qu'il est marié et sans enfant, qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. L'arrêté contesté précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de M. A. En outre, le préfet mentionne que le requérant n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué vise l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé.

5. En troisième et dernier lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision

6. Il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté que M. A a été auditionné le 26 juin 2022 par les services de police du commissariat central de Clermont-Ferrand avant que ne soit prises à son encontre les décisions contestées. Il ressort du procès-verbal dressé à cette occasion, et sur lequel M. A a apposé sa propre signature, que celui-ci a notamment été interrogé sur son entrée sur le territoire, sur sa situation personnelle et familiale, sur son état de santé et a été invité à présenter ses observations. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A disposait d'informations tenant à sa situation personnelle et familiale qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure d'éloignement qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A aurait été privé de son droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. En l'espèce M. A est entré irrégulièrement en France au cours de l'année 2017. Il n'a jamais sollicité son admission au séjour. Si l'intéressé justifie de son mariage célébré le 28 septembre 2021, avec une ressortissante française par la production de son livret de famille, il indique lors de son audition du 26 juin 2022 résider chez un ami et n'apporte pas la preuve d'une vie commune avec son épouse. Le requérant n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où résident ses parents. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et l'article L. 612-3 précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est connu défavorablement des services de police, et fait l'objet de poursuites en raison de violences aggravées. De plus, M. A ne peut justifier être entré régulièrement en France et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. L'intéressé a indiqué dans son procès-verbal d'audition ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 17 juin 2020 et ne s'est pas conformé à plusieurs reprises aux mesures d'assignation à résidence édictées par le préfet du Puy-de-Dôme en 2020 et 2021, comme l'attestent les procès en carence. Enfin, l'intéressé n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité lors de son interpellation ni justifié d'une résidence effective et permanente. Dans ces conditions, le préfet a pu, sur le fondement des dispositions précitées et en l'absence de circonstances particulières, refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la situation du requérant ni d'une erreur de fait.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 6 mois.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 27 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Pougault la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A à Me Pougault et au préfet du Puy-de-Dôme.

Lu en audience publique le 1er juillet 2022.

Le magistrat désigné, Le greffier,

F. C M. D

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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