lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203703 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | COHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2022 et un mémoire enregistré le 3 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, au seul visa de l'article L. 761-1.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence ;
- elles ont été prises en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen ;
- elle est privée de base légale dès lors qu'elle est fondée sur l'obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est privée de base légale dès lors qu'elle est fondée sur l'obligation de quitter le territoire elle-même illégale.
Par une pièce enregistrée le 30 juin 2022 et un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jazeron, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Cohen, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de M. A et de sa compagne, Mme C F, qui répondent aux questions du magistrat,
- la préfète n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 18 novembre 1998 à Ahfir (Maroc), est entré sur le territoire français au mois d'août 2017 sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 21 décembre 2017. Il s'est maintenu en France à l'expiration de son visa et a été interpellé le 27 juin 2022 lors d'un contrôle routier à Pamiers (Ariège). Par un arrêté daté du 28 juin 2022, la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour les membres de leur famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ". En vertu de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. ". Et selon l'article L. 233-3 de ce même code : " Les ressortissants étrangers mentionnés à l'article L. 200-5 peuvent se voir reconnaître le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 233-2. ". Enfin, aux termes de l'article L. 200-5 dudit code auquel il est renvoyé : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes : / () / 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne. ".
5. En l'espèce, M. A se prévaut de sa relation de concubinage avec Mme C F, ressortissante espagnole résidant en France, laquelle est enceinte depuis un mois et avec laquelle il projette de se marier le 29 octobre 2022. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour prononcer la mesure d'éloignement en litige à l'encontre du requérant, la préfète de l'Ariège a notamment estimé, d'une part, que Mme F ne justifiait pas des ressources suffisantes pour bénéficier d'un droit au séjour de plus de trois mois sur le territoire français en tant que citoyenne de l'Union européenne et, d'autre part, que les intéressés ne justifiaient ni d'une vie commune suffisamment ancienne, ni du dépôt d'un projet de mariage en mairie, ni de l'état de grossesse allégué de Mme F.
6. En premier lieu, il ressort des pièces produites à l'appui de la requête, corroborées par les déclarations de M. A et de sa compagne à l'audience, que Mme F, ressortissante espagnole, réside depuis l'année 2014 sur le territoire français où elle a suivi sa scolarité jusqu'en 2019. Elle y bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 6 janvier 2020 en qualité d'animatrice au sein d'un accueil de loisirs associé à l'école géré par l'établissement régional " Léo Lagrange sud-ouest ". Ses deux derniers bulletins de paye sont d'ailleurs présents au dossier. L'intéressée justifie dès lors de l'exercice d'une activité professionnelle en France et dispose donc, à ce seul titre, du droit de séjourner sur le territoire national pour une durée supérieure à trois mois, conformément aux dispositions précitées du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'une erreur de droit a été commise sur ce point.
7. En second lieu, il ressort également des pièces du dossier, complétées par les propos précis et circonstanciés des intéressés à l'audience, que M. A et sa compagne ont débuté leur relation de couple au mois de février 2020, soit il y a un peu plus de deux ans, même s'ils ne partagent une vie commune, chez l'oncle du requérant, que depuis le mois de février 2022. Les documents produits au soutien de la requête permettent d'établir le caractère sérieux de leurs déclarations concernant leur projet de mariage envisagé le 29 octobre 2022, pour lequel le dossier complet a été adressé à la mairie de Plaisance-du-Touch le 19 juin 2022, soit avant la date de l'arrêté attaqué. Le certificat médical et les résultats biologiques versés aux débats permettent également de démontrer l'état de grossesse récent de Mme F. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point précédent que celle-ci a vocation à rester en France, M. A est fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prononcée à son encontre porte une atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est, au surplus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français. L'illégalité de cette décision prive de base légale les décisions prises dans le même arrêté portant refus de délai de départ volontaire et fixant le pays de destination, lesquelles doivent, par conséquent, être également annulées.
Sur les frais liés au litige :
9. Sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son avocate à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera une somme de 1 000 euros à Me Cohen en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté de la préfète de l'Ariège du 28 juin 2022 est annulé.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Cohen en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Cohen et à la préfète de l'Ariège.
Lu en audience publique le 4 juillet 202Le magistrat désigné,
F. D Le greffier,
M. E
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026