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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203704

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203704

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPOUGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

G une requête enregistrée le 30 juin 2022, M. F D, représenté G Me Pougault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 de la préfète de l'Ariège portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois, signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen et fixation du pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros G jour de retard en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle est disproportionnée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale.

G des pièces enregistrées le 30 juin 2022 et un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Pougault, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins et soulève un nouveau moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu puisque la préfecture ne justifie pas qu'il a été mis en mesure de présenter des observations, que la décision méconnaît l'article 41 de la Charte, que le centre de ses intérêts privés et familiaux est en France, que sa femme vit en France, qu'ils viennent d'avoir un enfant âgé de deux mois, qu'il prépare une demande d'admission exceptionnelle au séjour, qu'il a un contrat de coiffeur, qu'il justifie d'un hébergement, que la préfecture n'a pas pris en compte ces éléments, que l'obligation de quitter le territoire français le prive de la présence de son épouse et de son jeune enfant,

- les observations de M. D, assisté de M. B C, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- la préfète de l'Ariège n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 6 août 1985 à Relizane (Algérie), de nationalité algérienne, a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 juillet 2018 et a sollicité l'asile en France le 23 octobre 2018. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile G une décision du 17 janvier 2019. Le préfet de la Haute-Garonne a pris un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 9 octobre 2019. Le 27 juin 2022, sur réquisitions écrites du procureur de la République de Foix datant du 21 juin 2022, M. D a fait l'objet d'un contrôle d'identité G les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Toulouse. G un arrêté du 28 juin 2022, la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. G sa présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée G la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable G les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation G une autorité d'un Etat membre est inopérant.

4. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5. En l'espèce, en l'absence de production du procès-verbal d'audition de M. D G les services de police lors de son interpellation, la préfète de l'Ariège n'établit pas que l'intéressé aurait été informé de l'intention de l'administration de prendre à son encontre une mesure l'obligeant à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine et mis à même de formuler ses observations sur cette éventualité. Dans ces conditions, M. D, privé de la possibilité de présenter les éléments pertinents de sa situation qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, est fondé à soutenir que la décision a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu.

6. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de leur base légale les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français contenues dans le même arrêté. G suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté de la préfète de l'Ariège du 28 juin 2022 doit être annulé dans son intégralité.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte

7. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillances prévues aux articles L. 513-4, L. 551-1, L. 552-4, L. 561-1 et L. 561-2 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. () ".

8. En application des dispositions précitées, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Ariège procède au réexamen de la situation de M. D dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et qu'il le munisse d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige

9. M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son conseil à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 28 juin 2022 de la préfète de l'Ariège est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège de procéder au réexamen de la situation de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Pougault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Pougault, avocate de M. D, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant G le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. D.

Article 5 : Le surplus des conclusions de M. D est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Pougault et à la préfète de l'Ariège.

Lu en audience publique le 1er juillet 2022.

Le magistrat désigné, Le greffier,

F. A M. E

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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