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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203705

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203705

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPOUGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2022 et un mémoire en production de pièces, enregistré le 4 juillet 2022, M. C E, représenté par Me Pougault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 28 juin 2022 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois, l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de procéder au réexamen de sa situation du dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 € par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État le paiement des entiers dépens du procès ainsi que d'une somme de 1 500 € à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 sur l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, condamner

l'État à lui verser cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il est entaché d'un défaut de motivation en fait ;

- il est privé de base légale ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de fait en l'absence de risque de fuite ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français et le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Pougault, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins, soulève un nouveau moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à la relation de couple que le requérant a nouée avec une ressortissante française et leur projet de mariage et précise que le requérant n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement de sorte que la préfète aurait pu lui accorder un délai de départ volontaire, que la durée de 18 mois de l'interdiction de retour sur le territoire français est excessive eu égard à son projet de vie,

- et les observations de M. E, assisté de M. B D, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- la préfète de l'Ariège n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tunisien né le 27 novembre 1996 à Sfax (Tunisie), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, par un arrêté du 3 juin 2022, régulièrement publié le 6 juin 2022, la préfète de l'Ariège a donné délégation à M. Fossat, secrétaire général de la préfecture de ce département, à l'effet de signer tous actes et arrêtés relevant des attributions de l'État dans le département de l'Ariège. Par voie de conséquence, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté litigieux vise l'ensemble des textes sur lesquels il se fonde, notamment les articles L. 611-1 1°, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne les éléments de fait sur lesquels il se fonde, en rappelant en particulier les conditions d'entrée et de séjour de M. E sur le territoire français et les circonstances liées à sa situation personnelle et familiale. Enfin, l'arrêté précise que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées ne seraient pas suffisamment motivées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. E fait valoir qu'il entretient une relation de couple avec une ressortissante française et qu'ils ont formé un projet de mariage. Toutefois, l'intéressé ne justifie pas de l'ancienneté et de la stabilité de cette relation dont il n'avait pas même fait état lors de son audition le 27 juin 2022 par les services de police au cours de laquelle il s'était borné à déclarer qu'on lui avait conseillé de " trouver une femme française et de (se) marier avec, car pas de mariage, pas de papier ". En outre, le requérant n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et où résident ses parents et les membres de sa fratrie. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment des conditions de séjour en France de M. E, la décision contestée l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, en prenant cette décision, la préfète de l'Ariège n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant un délai de départ volontaire serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes (). ".

9. Pour refuser d'accorder à M. E le bénéfice d'un délai de départ volontaire, la préfète de l'Ariège a pu légalement se fonder sur ce que l'intéressé ne pouvait justifier ni d'une entrée régulière sur le territoire français, ni d'une demande de titre de séjour. Dès lors, la préfète n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur de fait en retenant qu'il existait un risque de fuite justifiant le refus d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

10. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la préfète de l'Ariège n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la préfète de l'Ariège n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant en l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la préfète de l'Ariège n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Ariège en date du 28 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, soit condamné à verser la somme réclamée par le requérant et son conseil au titre des frais de procédure.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Pougault et à la préfète de l'Ariège.

Lu en audience publique le 5 juillet 202Le magistrat désigné,

F. A La greffière,

S. EL HANDOUZ

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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