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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203706

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203706

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPECH-CARIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, M. B A, représenté par Me Pech-Cariou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'examen de sa demande de régularisation dans le délai de huit jours suivant la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, au visa de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de compétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire;

- elle viole les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 3 juillet 2022 et 4 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jazeron, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Pech-Cariou, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, retire le moyen tiré du défaut de compétence et remet quatre pièces complémentaires,

- les observations de M. A, assisté de M. E, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 8 décembre 1988 à Aint Temouchent (Algérie), indique être entré sur le territoire français le 19 janvier 2018. Sous l'identité de Reda Belhadj, il a fait l'objet, le 16 février 2021, d'un premier arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai et l'interdisant de retour pour une durée de deux ans. L'intéressé a été interpellé le 28 juin 2022 en situation de travail illégal. Par un arrêté pris le 29 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. M. A poursuit l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté vise les textes dont il fait application, notamment le 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. A sur le territoire national, la précédente mesure d'éloignement édictée à son encontre et son interpellation en situation de travail illégal. Il mentionne également les éléments principaux de la situation personnelle et familiale de l'intéressé en précisant en particulier qu'il est marié avec une ressortissante française. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de ce même accord : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".

5. D'une part, le requérant ne peut se prévaloir directement des stipulations de l'accord franco-algérien dès lors qu'il n'a jamais sollicité de titre de séjour depuis son entrée sur le territoire français. D'autre part et en tout état de cause, l'intéressé ne peut utilement invoquer l'article 4 dudit accord, lequel concerne les demandes de regroupement familial présentées par les ressortissants algériens séjournant régulièrement en France. Il ne peut pas davantage se prévaloir du paragraphe 2 de l'article 6 de l'accord puisque, même s'il s'est marié avec une ressortissante française le 26 mars 2022 à Toulouse, il ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire national. Enfin, s'il invoque le paragraphe 5 de ce même article 6 au regard notamment de sa vie commune avec son épouse française, non seulement il n'établit pas l'ancienneté de cette relation de couple qui ne s'est concrétisée par un mariage que très récemment, mais il n'a pas d'enfant et ne se prévaut pas d'autres attaches personnelles en France, alors que le reste de sa famille réside en Algérie où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle solide et a été condamné à des peines d'emprisonnement à trois reprises entre 2020 et 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, l'arrêté vise les dispositions applicables, notamment les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de fait pris en compte par le préfet pour refuser un délai de départ volontaire à M. A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". En outre, aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".

8. Pour refuser un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de la Haute-Garonne a pu légalement se fonder sur ce que le comportement du requérant représentait une menace pour l'ordre public, sur ce qu'il était entré de manière irrégulière en France où il n'avait pas sollicité de titre de séjour, sur ce qu'il s'était soustrait à la mesure d'éloignement édictée le 16 février 2021 et sur ce qu'il n'avait pas été en mesure de présenter son passeport. De plus, il ressort des pièces du dossier que le requérant avait donné des renseignements inexacts sur son identité et qu'il ne s'était pas conformé à ses obligations dans le cadre de son assignation à résidence. Par voie de conséquence et en l'absence de circonstance particulière susceptible de rendre nécessaire un délai de départ, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

9. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour en Algérie. Par suite, la décision susmentionnée est suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné à deux reprises par les services de police le 28 juin 2022 et le 29 juin 2022, avant l'édiction de l'arrêté litigieux. Il a pu présenter, de manière utile et effective, les observations qui lui paraissaient pertinentes sur sa situation personnelle et notamment sur les éléments susceptibles d'influer sur la fixation du pays de renvoi en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable ne peut qu'être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. () ".

13. Le requérant se borne à se plaindre de ce que le préfet ne se serait pas assuré que son renvoi en Algérie ne serait pas contraire aux dispositions précitées, mais il n'établit ni même n'allègue qu'il y serait exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants. Lors de son audition du 28 juin 2022, il a d'ailleurs indiqué avoir quitté son pays d'origine pour trouver du travail et n'avoir jamais sollicité l'asile dans un pays européen. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions précitées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, l'arrêté vise les dispositions applicables, notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de fait pris en compte par le préfet pour prononcer une interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

15. En second lieu, en vertu de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

16. Par ailleurs, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

17. En l'espèce, M. A n'est présent sur le territoire national que depuis quatre ans et n'y justifie d'aucun autre lien que son mariage avec une ressortissante française célébré il y a seulement trois mois. En outre, l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et de trois condamnations pénales à des peines d'emprisonnement en 2020 et 2021. Dès lors et en l'absence de circonstance humanitaire particulière, le préfet de la Haute-Garonne n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour limitée à une durée d'un an, laquelle ne porte pas une atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale et ne méconnaît donc pas les stipulations précitées.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 29 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par le requérant au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Pech-Cariou et au préfet de la Haute-Garonne.

Lu en audience publique le 4 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

F. C Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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