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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203714

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203714

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juin 2022 et le 15 septembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. D A, représenté par Me Durand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas également siégé au sein du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration chargé d'émettre un avis sur la situation du requérant et que cet avis a été rendu de manière collégiale ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2022.

Par une ordonnance du 16 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de M. Rives a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1.M. D A, ressortissant irakien né le 6 juin 1968 à Bassora (Irak) déclare être entré en France le 5 septembre 2017. Il a sollicité l'asile le 16 février 2018. Sa demande d'asile a été rejetée le 31 janvier 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 février 2021. Par un arrêté du 26 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du tribunal administratif de Toulouse n° 2102126 du 27 mai 2021, confirmé par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Toulouse n° 21TL23842 du 16 juin 2022, le recours contentieux introduit par M. A à l'encontre de cet arrêté a été rejeté. Le 19 mai 2021, l'intéressé a sollicité son admission au séjour pour motif humanitaire, en raison de son état de santé. Cette demande a été rejetée par une décision du 25 novembre 2021 du préfet de la Haute-Garonne. M. A demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

2.En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2021, publié le 21 septembre suivant au recueil des actes administratifs spécial du préfet de la Haute-Garonne (n° 31-2021-325), le préfet de ce département a donné délégation à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions établies en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3.En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour mentionne les dispositions textuelles applicables et fait état des éléments de fait propres à sa situation justifiant, selon l'administration, le refus de sa demande. Cette décision énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

4.En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.

5.En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". L'article R. 425-13 du même code dispose que : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. "

6.Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 16 août 2021 a été rendu sur la base du rapport d'un quatrième médecin qui, conformément aux dispositions précitées, n'a pas siégé au sein dudit collège et, d'autre part, que cet avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant () ", ce qui atteste de sa collégialité. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure doit donc être écarté en ses deux branches.

7.En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. "

8.La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9.Pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment approprié les termes de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 16 août 2021, selon lesquels, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des éléments médicaux produits par le requérant qu'il souffre de plusieurs pathologies chroniques, en particulier un état de stress post traumatique accompagné d'une anxiété généralisée, un diabète de type 2, une hypertension artérielle non équilibrée et une uvéite antérieure aigue, pour le traitement desquelles il doit bénéficier, selon le certificat médical du 9 avril 2021 établi par un médecin généraliste, d'examens réguliers, d'une poly-médicamentation et d'une poursuite des soins continue et étayée, " toute rupture pouvant engager le pronostic vital à court terme ". Toutefois, ce certificat, peu circonstancié, n'indique ni la probabilité de survenance d'une telle conséquence, ni même la nature des soins dont la continuité serait impérieusement requise. Le requérant produit en outre deux autres certificats médicaux du 12 et 16 mai 2023, postérieurs à la décision attaquée, établis respectivement par un médecin psychiatre et un médecin généraliste. Si celui du 16 mai 2023 confirme l'existence d'un risque vital en lien avec les troubles psychiques et l'hypertension présentés par M. A, il ne peut néanmoins être tenu pour établi qu'un tel risque existait à la date de la décision de refus de séjour en litige, ces deux certificats ne faisant état, au contraire, d'une aggravation de ses pathologies et d'une majoration du traitement médicamenteux qu'à compter de l'année 2022. Ces éléments ne sont dès lors pas de nature à infirmer le sens de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office, dont le préfet s'est approprié les termes. Au demeurant, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a motivé cette dernière, au surplus, par la circonstance que M. A ne justifiait pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dans son pays d'origine. Pour contester ce motif superfétatoire, le requérant se prévaut de deux rapports des organisations non gouvernementale " médecins du monde " et IRIN, respectivement datés d'avril 2020 et de 2010 lesquels, s'ils font état de considérations générales relatives aux défaillances structurelles affectant le système de santé en Irak, ne se prononcent pas sur la disponibilité effective des traitements reçus par M. A ou, le cas échéant, sur l'existence d'une thérapeutique substituable. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant un titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté, en toute hypothèse.

10.Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne en date du 25 novembre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de même que celles présentées au titre de dépens inexistants dans la présente affaire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Durand et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, premier conseiller,

Mme Jorda conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

Le rapporteur,

A. RIVESLa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

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