mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203800 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TESTUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juillet 2022 et des pièces enregistrées le 8 juillet 2022, M. G B, représenté par Me Testut, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen immédiat de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence ;
- elles ont été prises en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est privée de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est privée de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jazeron, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les observations de Me Testut, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et remet un certificat médical daté du 11 juillet 2002, lequel est immédiatement communiqué au préfet,
- les observations de M. B, assisté de M. A C, interprète en arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné
- le préfet n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, né le 18 février 1957 à Mediouna (Algérie), serait présent sur le territoire français depuis le mois de novembre 2016. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile le 25 août 2017. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet 11 octobre 2017. La demande de réexamen présentée par l'intéressé a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 mai 2018. Par un arrêté en date du 3 février 2020, le préfet de l'Hérault l'a obligé une première fois à quitter le territoire français. M. B a été interpellé par les services de police le 4 juillet 2022. Par un arrêté pris le jour même, le préfet de l'Hérault l'a une nouvelle fois obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. L'intéressé demande l'annulation de ces trois décisions.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, par un arrêté du 2 juin 2022, régulièrement publié, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme H D, cheffe de la section éloignement, aux fins de signer notamment les arrêtés pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe de bureau et de son adjointe. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et sera écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté se fonde notamment sur les 2°, 4° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne l'ensemble des textes dont il fait application. Il énonce les éléments de fait sur lesquelles reposent les décisions en litige, rappelant en particulier les conditions du séjour de M. B sur le territoire français, les étapes de sa procédure d'asile, la mesure d'éloignement prononcée le 3 février 2020, l'interpellation de l'intéressé en situation de travail illégal et la présence en France de trois de ses six enfants dont il ne justifie pas qu'ils soient à sa charge. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation sera également écarté.
5. En troisième lieu, le droit d'être entendu, partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue avant l'adoption d'une décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique que le préfet, avant de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, mette l'intéressé à même de présenter ses observations, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure avant qu'elle n'intervienne.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police le 4 juillet 2022, préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté. Il a été informé qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être édictée à son encontre. Il a été mis à même de présenter, à cette occasion, tous les éléments qui lui semblaient pertinents sur les conditions de son séjour en France et sur sa situation personnelle et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu sera pareillement écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
7. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressé avant de décider de l'obliger à quitter le territoire français.
8. En second lieu, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. M. B fait valoir qu'il est présent en France depuis plusieurs années, que ses trois enfants résident sur le territoire national et que l'un d'eux, handicapé et hébergé dans un foyer, nécessite la présence de son père qui lui rend régulièrement visite. Toutefois, d'une part, la seule production du récépissé de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. I B, âgé de 29 ans, de son attestation relative à l'obligation d'emploi des personnes handicapées et d'un certificat médical peu circonstancié se bornant à relater les propos de l'intéressé ne permet pas de démontrer que la présence de M. B père serait nécessaire aux côtés de son fils, alors au surplus que ce dernier peut également bénéficier de l'assistance de ses deux frères résidant dans la même ville. D'autre part, le requérant n'est présent que de manière relativement récente en France où il se maintient irrégulièrement et n'est pas dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine où il est resté jusqu'à l'âge de 59 ans et où demeurent notamment son épouse et deux de ses enfants. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, la même décision ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressé avant de décider de lui refuser un délai de départ volontaire.
12. En troisième lieu, M. B s'est maintenu sur le territoire français en situation irrégulière nonobstant le rejet de sa demande d'asile et de sa demande de réexamen. Il ne présente pas des garanties de représentation suffisantes en l'absence notamment d'un lieu de résidence stable. Il ne justifie enfin d'aucune circonstance particulière de nature à empêcher son éloignement immédiat. En conséquence, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a pu refuser de lui accorder un délai de départ volontaire en application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". D'autre part, en vertu de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
14. En l'espèce, M. B est présent sur le territoire national depuis plus de cinq ans à la date de la décision litigieuse et il y dispose de liens familiaux significatifs puisque trois de ses enfants y résident et en particulier son fils I, âgé de 29 ans, bénéficiaire d'un titre de séjour, handicapé et pris en charge dans un foyer, auquel le requérant rend visite régulièrement. Par ailleurs, le préfet de l'Hérault admet que M. B ne représente pas une menace pour l'ordre public et ne justifie pas de l'opposabilité de la mesure d'éloignement du 3 février 2022, laquelle n'a pas été versée au dossier alors que l'intéressé soutient ne l'avoir jamais reçue. Dans ces circonstances, le requérant est fondé à soutenir qu'en édictant une interdiction de retour d'une durée d'un an, le préfet a commis une erreur d'appréciation.
15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, que l'arrêté du préfet de l'Hérault du 4 juillet 2022 doit être annulé en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. L'annulation de la seule décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique ni le réexamen de la situation de M. B, ni l'octroi d'une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Testut sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 4 juillet 2021 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Testut sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G B, à Me Testut et au préfet de l'Hérault.
Lu en audience publique le 12 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
F. E Le greffier,
M. F
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026