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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203846

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203846

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBALG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2022, Mme B C, représentée par Me Balg, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours préalable obligatoire concernant le refus de lui autoriser l'accès à la formation professionnelle d'agent de sécurité ;

2°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le paiement, au profit de son conseil, de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des faits qui lui sont reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité, pris en la personne de son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une lettre du 26 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que dans l'hypothèse où il serait fait droit aux conclusions à fin d'annulation de la requête, le tribunal serait susceptible de faire usage des pouvoirs d'injonction d'office qu'il tient des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, en enjoignant au CNAPS de délivrer à Mme C l'autorisation sollicitée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hecht,

- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 13 novembre 2021, Mme C a sollicité l'autorisation préalable nécessaire au suivi d'une formation aux métiers de la sécurité privée auprès de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest (CLAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Par une décision du 20 janvier 2022, la CLAC a rejeté sa demande. Par un courrier du 2 mars 2022, reçu le 10 mars 2022, Mme C a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS. Par une décision implicite, née le 10 mai 2022 du silence de l'administration, et dont Mme C demande l'annulation, la CNAC a rejeté ce recours.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre à titre provisoire Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / 1° bis A faire assurer par des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; / 3° A protéger l'intégrité physique des personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ". Et selon l'article L. 612-22 du même code : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-20 ".

4. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

5. Il ressort des motifs de la décision de la CNAC du 20 janvier 2022, que la CLAC est réputée s'être appropriés en rejetant implicitement le recours administratif préalable obligatoire, que le CNAPS a considéré que les deux mises en cause de Mme C, en qualité d'auteure d'escroquerie et de violences avec menace d'une arme, révélaient un comportement contraire à l'honneur et à la probité ainsi que des agissements de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes.

6. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier que Mme C a été mise en cause pour une escroquerie simple, consistant en du vol d'énergie, commise entre le 21 juin 2012 et le 7 février 2013 à Toulouse, il en ressort également que cette infraction est ancienne, puisqu'elle a été commise neuf ans avant la décision attaquée, et d'une gravité relative, étant observé qu'elle a seulement fait l'objet d'une médiation puis d'un avis de classement sans suite le 6 juin 2014.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du jugement correctionnel du tribunal de Toulouse du 21 juin 2018, que Mme C a été condamnée à deux mois d'emprisonnement avec sursis total et à une interdiction de détenir ou de porter une arme pendant deux ans, en raison des faits de violence et de menace avec arme, à savoir un couteau, commis à l'encontre de son ancien conjoint, M. A, le 29 mai 2017. Ces faits de violence et de menace avec arme, à plus forte raison à l'encontre de son ancien conjoint, sont incontestablement graves, ainsi que le révèle notamment sa condamnation à deux mois d'emprisonnement. Toutefois, le jugement susmentionné a également condamné M. A à huit mois d'emprisonnement, dont six avec sursis, et à une interdiction de paraître au domicile de Mme C et d'entrer en relation avec elle, en raison des violences physiques et verbales commises à son encontre le 24 avril et le 31 décembre 2017, pour lesquelles elle avait déposé plainte. Ainsi, il en ressort que les faits pour lesquelles Mme C a été mise en cause et condamnée, aussi graves soient-ils, ont été commis dans un contexte éminemment tendu de violences réciproques, dans lequel elle avait déposé des deux plaintes. En outre, et surtout, ces faits de violence et de menace sont isolés, et plutôt anciens puisqu'ils ont été commis cinq ans avant la décision attaquée.

8. Dans ces conditions particulières, Mme C est fondée à soutenir que le CNAPS a commis une erreur d'appréciation en refusant, pour les motifs susmentionnés, de lui délivrer l'autorisation sollicitée.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite née le 10 mai 2022 par laquelle le CNAPS a refusé de lui délivrer l'autorisation sollicitée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le CNAPS, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, autorise Mme C à accéder à une formation d'agent privé de sécurité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, et sous réserve que Me Balg, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le versement à Me Balg de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 10 mai 2022 de la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité prise à l'encontre de Mme C est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, de délivrer à Mme C l'autorisation nécessaire à l'accès à une formation professionnelle dans le domaine des activités de sécurité privée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et que Me Balg renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, le Conseil national des activités privées de sécurité versera la somme de 1 200 euros à Me Balg, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Balg et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

S. HECHT

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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