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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203855

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203855

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP BLANCHET - DELORD - RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022 et un mémoire en réplique du 20 juillet 2022, Mme B A représentée par Me Brouquières, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 24 mai 2022 par laquelle la directrice du centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne l'a, sauf justification d'un schéma vaccinal complet ou d'une cause de dérogation à l'obligation vaccinale au 31 mai 2022, suspendue de ses fonctions à compter du 1er juin 2022 ;

2°) d'enjoindre au centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne de la réintégrer dans ses fonctions, dans le délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance, et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne la somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en ce qui concerne la condition d'urgence, elle est remplie, dès lors qu'en vertu de la jurisprudence, la seule constatation de la précarité financière de l'agent est de nature à justifier l'urgence à suspendre la décision qui en est à l'origine ; elle est privée de sa rémunération y compris en ce qui concerne les primes et indemnités ; cette rémunération s'élevait à 2171 euros par mois sur les six derniers mois, et elle est en concubinage avec un enfant à charge, le foyer disposant de charges lourdes s'élevant à plus de 1800 euros par mois ; elle est par ailleurs particulièrement affectée psychologiquement par la suspension dont elle a fait l'objet qui est intervenue de façon brutale sans que son employeur n'ait envisagé d'autres solutions que la suspension pure et simple de ses fonctions ;

- en ce qui concerne la condition tenant au doute sérieux sur la légalité de l'acte, au titre de la légalité externe, la décision litigieuse a été prise en considération de la personne et plus précisément de son statut vaccinal, aucune procédure contradictoire préalable n'a été mise en place ; sur le plan de la légalité interne, la décision dont la suspension est demandée est entachée d'une erreur de droit et de fait dès lors qu'à l'origine, l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ne soumettait pas les auxiliaires de puériculture à l'obligation vaccinale, une telle obligation n'étant intervenue qu'à la suite d'une ordonnance du Conseil d'Etat (du 25 octobre 2021, n° 457230) ayant entrainé une interprétation en ce sens de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 alors que telle n'était pas la volonté du législateur ; la position du ministère de la santé a toujours été d'exclure les professionnels de l'enfance de l'obligation vaccinale, ce qui a été expressément confirmé par la ministre déléguée à la santé, au sénat, le 28 octobre 2021 et ce qui est confirmé également par les services du premier ministre sur le site internet service-public.fr ; le centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne n'est pas un établissement de santé mais un établissement de l'aide sociale à l'enfance relevant du code de l'action sociale et des familles ; une auxiliaire de puériculture n'exerce aucun acte de prévention, de diagnostic ou de soin médical ; la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la pouponnière dans laquelle elle travaille n'accueille que des enfants de six ans, pour lesquels les risques de faire une forme grave de la Covid sont extrêmement faibles, la mortalité étant rarissime et ne concerne que des enfants présentant des comorbidités sévères comme Santé publique France a pu le préciser en janvier 2022 ; par ailleurs une étude publiée dans The New England Journal of Medicine tend à montrer que les vaccins ont une efficacité très relative contre les nouveaux variants BA 4 et BA 5 ; l'on peut donc sérieusement douter qu'une vaccination, avec les vaccins actuels, apporte une réelle protection contre l'infection et diminue la diffusion du virus ; dès lors, en estimant que Mme A faisait courir un risque pour la santé des personnes se trouvant au sein de son service, le centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire du 12 juillet 2022, le département de la Haute-Garonne indique qu'il ne peut répondre à la requête de Mme A dès lors qu'elle est employée par le centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne, lequel constitue une personne morale (un établissement public) distinct du département de la Haute-Garonne.

Par un mémoire en défense du 19 juillet 2022, le centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne, représenté par Me Nathalie Blanchet, conclut au rejet de la requête de Mme A et à ce que soit mise à sa charge la somme de 2000 euros en application de l' article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2203872 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision du 24 mai 2022 par laquelle la directrice du centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne l'a, sauf justification d'un schéma vaccinal complet ou d'une cause de dérogation à l'obligation vaccinale au 22 mai 2022, suspendue de ses fonctions à compter du 1er juin 2022.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 et notamment son article 12 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique tenue le 21 juillet 2022 à 9 heures 30 en présence de Mme Tur, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Brouquières représentant Mme A, également présente à l'audience. Me Brouquières, qui confirme ses écritures, souligne la précarité financière de Mme A qui n'a actuellement aucun revenu, qui a été contrainte de changer de logement et fait à nouveau valoir que Mme A n'a bénéficié d'aucune procédure contradictoire, que la loi du 5 août 2021, dans sa version applicable en l'espèce, ne soumet pas les auxiliaires de puériculture à l'obligation vaccinale, alors que les travaux parlementaires de cette loi, notamment de par l'intervention de la ministre de la santé, ont mis en évidence de soumettre les auxiliaires de puériculture à une telle obligation, que par ailleurs le risque est infinitésimal compte tenu notamment du faible nombre d'enfants (30) décédés en 2020 de la Covid, et dont la moitié était atteinte de comorbidité, de l'absence avérée d'efficacité des vaccins en particulier contre les nouveaux variants, de ce qu'alors que la fiche de poste n'est pas signée par Mme A, cette dernière travaille la nuit, et qu'elle ne peut être regardée au sens du code du code de la santé publique comme effectuant des actes de soins, alors même qu'elle peut être amenée à distribuer des médicaments ; sa présence dans le centre ne porte pas atteinte à la sécurité des personnels et des usagers,

- le centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne représenté par Me Blanchet, confirme ses écritures. Me Blanchet fait par ailleurs valoir que quels que soient les choix personnels quant à la vaccination, la loi impose la vaccination à certains professionnels au nombre desquels se trouvent les auxiliaires de puériculture ; le centre départemental accueille 388 agents, des mineurs, et la pouponnière dans laquelle se trouve affectée Mme A accueille des enfants de moins de 3 ans en service de nuit ; alors même que le centre n'est pas tenu à une procédure contradictoire, une telle procédure a été mise en place par des échanges de mail ; une réunion a eu lieu avec la directrice, le cadre de santé et le représentant du personnel au cours de laquelle Mme A a pu présenter des observations ; l'obligation vaccinale pour Mme A résulte du fait que d'une part le centre est un établissement à caractère médico-social, et que d'autre part, sa profession est soumise à une telle vaccination ; Mme A est au contact direct avec les enfants et par ailleurs, au sens de la loi du 5 août 2021 dans sa rédaction issue de la loi du 10 novembre 2021, elle doit être regardée comme effectuant des actes de soins dans la continuité de l'équipe médicale, notamment la nuit, compte tenu de l'absence de médecins et d'infirmiers, les auxiliaires de puériculture pouvant administrer des aérosols ou des médicaments, et le cas échéant, appeler le SAMU ; les auxiliaires de puériculture reçoivent une formation en ce sens ce qui est confirmé par la fiche de poste validée par le CHSCT ; 400 agents sont présents au centre, qui accueille par ailleurs des familles et d'autres professionnels ; 2 enfants présents dans le centre ont été atteints de la Covid et ont dû être hospitalisés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de suspension :

1. Mme A demande sur le fondement des dispositions de l'article L 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 24 mai 2022 par laquelle la directrice du centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne l'a, sauf justification d'un schéma vaccinal complet ou d'une cause de dérogation à l'obligation vaccinale au 31 mai 2022, suspendue de ses fonctions à compter du 1er juin 2022 ;

En ce qui concerne l'urgence :

2. Aux termes de l'article L.521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave à la situation du requérant. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sur sa situation sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La requérante fait valoir à l'appui de sa requête, en vue d'établir que la condition d'urgence serait en l'espèce remplie, que la décision du 24 mai 2022 dont elle demande la suspension, a pour effet de la placer dans une situation d'extrême précarité financière, compte tenu de ce qu'elle est privée de sa rémunération y compris en ce qui concerne les primes et indemnités ; cette rémunération s'élevait à 2171 euros par mois sur les six derniers mois, alors qu'elle est en concubinage avec un enfant à charge, le foyer disposant de charges lourdes s'élevant à plus de 1800 euros par mois. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la situation de précarité financière dans laquelle se trouve placée Mme A du fait de la suspension dont elle fait l'objet, la condition d'urgence doit être regardée comme se trouvant remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de l'acte :

4. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire dans sa version applicable en l'espèce, issue de la loi n° 2021-1465 du 10 novembre 2021: " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code (); 2° Les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique, lorsqu'ils ne relèvent pas du 1° du présent I ; () 4° Les étudiants ou élèves des établissements préparant à l'exercice des professions mentionnées aux 2° et 3° du présent I ainsi que les personnes travaillant dans les mêmes locaux que les professionnels mentionnés au 2° ou que les personnes mentionnées au 3°() I bis. - Pour l'application des 2° et 3° du I et, en tant qu'il se réfère à ces dispositions, du 4° du même I, l'obligation vaccinale prévue au premier alinéa dudit I n'est applicable, dans les établissements d'accueil du jeune enfant, les établissements et services de soutien à la parentalité et les établissements et services de protection de l'enfance situés hors des structures mentionnées au 1° du même I, qu'aux professionnels et aux personnes dont l'activité comprend l'exercice effectif d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins attachés à leur statut ou à leur titre ". La profession d'auxiliaire de puériculture est régie par les articles L. 4392-1 à L. 4392-6 de la quatrième partie du code de la santé publique relative aux " Professions de santé ". Ainsi qu'en a jugé le Conseil d'Etat dans l'ordonnance du 25 octobre 2021, n° 457230, Syndicat Interco CFDT des Hauts-de-Seine, les auxiliaires de puériculture entraient à ce titre dans le champ de l'obligation vaccinale en vertu de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 dans sa version d'origine. Si cet article, dans sa version issue de la loi n° 2021-1465 du 10 novembre 2021 dispose désormais que " l'obligation vaccinale prévue au premier alinéa dudit I n'est applicable, dans les établissements d'accueil du jeune enfant, les établissements et services de soutien à la parentalité et les établissements et services de protection de l'enfance situés hors des structures mentionnées au 1° du même I, qu'aux professionnels et aux personnes dont l'activité comprend l'exercice effectif d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins attachés à leur statut ou à leur titre ", il doit être compris comme excluant de son champ d'application les personnels administratifs de ces structures et non les auxiliaires de puériculture, lesquelles doivent être regardés comme se livrant à des actes d'urgence, et alors même que les actes exécutés hors situations d'urgence ne se situent que dans le prolongement d'actes demandés par les médecins ou les infirmiers, à des actes de soins. Dans ces conditions, quelles qu'aient pu être les interprétations exprimées lors des travaux et des débats parlementaires, lesquelles ne sauraient suppléer à la loi, qu'en cas de silence de celle-ci, le moyen d'erreur de droit invoqué par la requérante au regard de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 dans sa version issue de la loi n° 2021-1465 du 10 novembre 2021, n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 12 mai 2022 par laquelle la directrice du centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne l'a suspendue de ses fonctions.

5. Ne sont pas non plus de nature à créer de tels doutes, les moyens invoqués par Mme A tirés de l'incompétence de l'acte, du vice de procédure à raison de l'absence de respect d'une procédure contradictoire, d'une erreur d'appréciation quant aux risques liés aux virus et quant à l'efficacité des vaccins, lequel moyen est en tout état de cause inopérant, compte tenu comme il est indiqué au point 4. de la présente ordonnance, de l'obligation vaccinale imposée par les dispositions précitées de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 dans sa version issue de la loi n° 2021-1465 du 10 novembre 2021.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A ne peut être que rejetée ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions en injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Compte tenu du rejet des conclusions en référé-suspension, les conclusions présentées par Mme A tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au centre départemental de l'enfance et de la famille de la Haute-Garonne.

Une copie en sera adressée pour information au conseil départemental de la Haute-Garonne, à Me Brouquières et à Me Blanchet.

Fait à Toulouse, le 22 juillet 202Le juge des référés, La greffière

P. C P. Tur

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

et par délégation, la greffière,

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