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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203883

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203883

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNACIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2022 et un mémoire enregistré le 6 septembre 2022, Mme B H A, représentée par Me Naciri, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi sur l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de faits, car le préfet a commis une erreur sur le nom patronymique de son fils et sur l'identité de son concubin ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'état de santé de son fils ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant de New-York ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale dans la mesure où elle est justifiée par la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les observations de Me Naciri, représentant Mme A, absente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 17 octobre 1989 à Abidjan (Côte d'Ivoire), déclare être entrée sur le territoire français le 17 février 2020 et a sollicité l'asile le 19 février 2020. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision en date du 17 septembre 2021. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet par une décision du 1er avril 2022. Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Par un arrêté en date du 6 avril 2022, publié le même jour au recueil administratif spécial, le préfet de la Haute-Garonne a donné une délégation à Mme F D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les arrêtés établis en matière de police des étrangers et notamment les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions et stipulations dont il fait application, en particulier le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté retrace la procédure d'asile de la requérante et mentionne que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande le 17 septembre 2021 et que ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 1er avril 2022. Il indique également que l'intéressée se déclare en concubinage, qu'elle ne justifie pas de la présence sur le territoire national de son conjoint ressortissant ivoirien, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables, qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente ans, qu'elle a fait état des problèmes de santé de son fils mineur mais n'a pas sollicité son admission au séjour pour ce motif et n'a pas évoqué d'éléments précis et circonstanciés de nature à démontrer que le défaut de prise en charge médicale aurait pour ce dernier des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni même qu'il ne pourrait pas bénéficier des soins nécessaires dans son pays d'origine. Cet arrêté, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour édicter la décision contestée est suffisamment motivé. Le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

6. Mme A soutient que son fils C, né le 8 juin 2018, souffre de problèmes de santé et que des investigations sont en cours afin de confirmer le diagnostic d'une suspicion de trouble du spectre de l'autisme. Toutefois, si l'intéressée verse au dossier, plusieurs documents médicaux, et notamment un certificat médical établi le 11 juillet 2022, postérieurement à la décision attaquée, par un médecin psychiatre du service universitaire de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Purpan de Toulouse, indiquant qu'en l'absence de soins spécifiques et adaptés, " le risque est majeur de voir se pérenniser le retard global de développement et de repli dans des moyens de défense autistiques " et que tout arrêt de prise en charge risquerait d'avoir de réelles conséquences sur l'état de santé psychique de son fils et pourrait " entraîner une régression des acquis encore fragiles ", il ne résulte pas de ces documents que cet état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens des dispositions précitées. En outre, il ne peut être déduit de la seule production à l'instance d'un article de presse français, publié le 4 mai 2018, faisant état d'une absence de soins adéquats pour les enfants autistes en Côte d'Ivoire que, le cas échéant, le jeune C ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement adapté dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet de la Haute-Garonne méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Mme A soutient qu'elle a tissé des liens privés et familiaux sur le territoire français, notamment en raison de ce qu'elle entretient une relation amoureuse avec un ressortissant français depuis la fin de l'année 2021, qu'ils vivent ensemble dans la commune de l'Isle Jourdain, qu'elle attend un enfant de lui et que son fils né d'une précédente relation bénéficie de soins adaptés à ses problèmes de santé. Toutefois, en se bornant à produire à l'instance la copie de la carte nationale d'identité d'un ressortissant français domicilié à L'Isle Jourdain et un justificatif de domicile commun portant une date postérieure à la décision attaquée, Mme A ne démontre pas la réalité, l'intensité et l'ancienneté de cette relation. De plus, si la requérante justifie de ce qu'elle était enceinte de près de six mois à la date de la décision attaquée et de la reconnaissance préalable de paternité effectuée le 6 mai 2022 à L'Isle Jourdain par ce ressortissant français, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que l'état de la requérante rendait la présence du père déclaré de l'enfant à ses côtés indispensable ou qu'il aurait fait obstacle à l'exécution de son éloignement. Enfin, si Mme A soutient que la mesure d'éloignement contestée aurait pour effet de la séparer durablement de son compagnon, il lui sera loisible, dès lors qu'aucune interdiction de retour sur le territoire français ne lui a été opposée, de solliciter un visa auprès des autorités consulaires françaises en Côte d'Ivoire après avoir exécuté cette mesure. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de l'absence de démonstration d'une communauté de vie ancienne, intense et stable avec le père déclaré de son enfant à naître et eu égard aux effets d'une mesure d'éloignement, la décision contestée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs et pour ceux indiqués au point 6, cette décision n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ou celle de son fils.

11. En cinquième et dernier lieu, Mme A relève que le préfet a commis une erreur sur le nom patronymique de son fils ainsi que sur l'identité de son concubin. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 10 que ces erreurs ne sont pas de nature à avoir influé sur le sens de la décision prise par le préfet. Dès lors, le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. D'une part, la décision fixant le pays de renvoi, qui vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que Mme A n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

13. D'autre part, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 10 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Naciri la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

17. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H A, à Me Naciri et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe 10 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

B. G Le greffier,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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