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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203920

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203920

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203920
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, et des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2022, le 29 août 2022 et 6 septembre 2022, Mme A D, représentée par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation à l'aune de la motivation du jugement dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle n'a pas été prise à l'issue d'une délibération collégiale du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, car le préfet s'est considéré lié par l'avis du collège de médecins ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le préfet n'a pas pris en compte les circonstances humanitaires exceptionnelles dont elle se prévaut ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, car le préfet n'a pas exercé son pouvoir de régularisation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, car le préfet aurait dû répondre favorablement à sa demande de délivrance de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance de la procédure contradictoire exigée par les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et des principes généraux du droit de l'Union européenne garantissant son droit à être entendu avant l'édiction d'une mesure d'éloignement ;

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et s'est placé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Bourqueney substituant Me Laspalles, représentant Mme D, absente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- le préfet de la Haute-Garonne n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante angolaise née le 14 juin 1968 à Luanda (Angola), déclare être entrée sur le territoire français le 30 janvier 2020. Elle a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 21 février 2020. Le 10 juin 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande et la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet le 17 décembre 2021. Le 28 octobre 2021, Mme D a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Le 4 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne a pris à l'encontre de l'intéressée un arrêté portant refus d'admission au séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. L'arrêté attaqué vise les stipulations et dispositions applicables pertinentes, et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il retrace le parcours de l'intéressée et précise qu'elle s'est vue refuser définitivement son admission au titre de l'asile par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 17 décembre 2021. Le préfet indique que la requérante a déposé une demande de titre de séjour pour raison de santé le 28 octobre 2021 et précise les motifs justifiant le refus qu'il a opposé à cette demande. L'autorité préfectorale rappelle également la situation de l'intéressée et indique que les décisions prises ne portent pas une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale. Enfin, l'arrêté indique que Mme D n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les décisions contestées, qui comportent les circonstances de droit et de fait qui les fondent, sont suffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

5. La décision contestée a été prise à la suite de la demande formulée par la requérante. Par suite, elle ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions. Le moyen ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Et l'article R. 425-13 de ce même code précise que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. (). ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. Lorsque l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège émet l'avis suivant ", cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire. En l'espèce, l'avis médical concernant Mme D a été produit par le préfet de la Haute-Garonne, comporte l'indication selon laquelle il est intervenu après un délibéré et a été signé par les trois médecins composant le collège. La requérante se borne à soutenir que la délibération n'aurait pas été collégiale, mais elle n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de cette allégation dont le bien-fondé ne ressort pas non plus des pièces versées au dossier. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

8. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation particulière de la requérante.

9. En quatrième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté qu'après avoir pris en compte l'avis du collège de médecins, l'autorité préfectorale a apprécié si la requérante remplissait les conditions d'octroi d'un titre de séjour. Le préfet ne s'est donc pas estimé lié par cet avis. Le moyen invoqué à cet égard doit donc être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

11. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

12. En l'espèce, par son avis du 11 janvier 2022, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que, si l'état de santé de Mme D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays, et que son état pouvait lui permettre de voyager sans risque vers celui-ci.

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme D souffre de différentes pathologies, et notamment d'un handicap à la suite d'une amputation trans-fémorale gauche, de gonarthrose, d'une tendinopathie aux épaules, d'arthropathie acromio claviculaire d'un syndrome d'apnée du sommeil, d'une cataracte bilatérale et d'hypertension artérielle pour lesquelles elle bénéficie d'un traitement médicamenteux et de soins. Si elle soutient qu'elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, les certificats médicaux qu'elle produit à l'instance n'indiquent pas que les traitements qui lui sont administrés en France ne seraient pas disponibles en Angola. Au surplus, si la requérante soutient qu'elle ne pourrait pas accéder effectivement à des soins adaptés en Angola, en raison notamment de leur coût élevé et de l'absence d'un système d'assistance sociale, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, les pièces produites par Mme D ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée, au vu de l'avis du collège des médecins, par le préfet de la Haute-Garonne. Par conséquent, le préfet en édictant la décision contestée, n'a pas commis d'erreur de droit et n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

15. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée en France il y a moins de trois ans, à l'âge de cinquante-et-un ans. La seule présence de sa fille majeure scolarisée ne suffit pas à établir que le centre de ses intérêts privés se situerait en France, alors qu'elle a séjourné la majeure partie de sa vie en Angola où demeure sa mère et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans le pays d'origine. En outre, la requérante ne justifie d'aucune ressource propre et n'établit pas avoir noué des liens sociaux ou professionnels d'une particulière intensité sur le territoire français Du reste, comme indiqué au point 13, elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'une prise en charge adaptée à son état de santé en cas de retour en Angola. Dans ces conditions, l'intéressée ne répond pas aux critères prévus par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaitrait ces dispositions doit être écarté.

16. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. Il résulte des motifs explicités au point 15 que Mme D ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale ancienne, stable et intense en France. Dès lors, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, il n'apparaît pas que la décision préfectorale serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

18. En huitième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 à 15, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de Mme D en refusant de faire droit à sa demande de titre de séjour, ni, dès lors que l'intéressée n'avait pas de circonstances humanitaires exceptionnelles à faire valoir, en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Par suite, cette décision n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation et les moyens invoqués à cet égard doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

19. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, la décision portant obligation de quitter le territoire ne se trouve aucunement privée de base légale.

20. En deuxième lieu, Mme D ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, lesquelles ont été abrogées depuis le 1er janvier 2016 et étaient, au demeurant, inopérantes à l'encontre de la décision contestée, dès lors que les dispositions du livre VI code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile déterminent l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français ainsi que des décisions les assortissant.

21. En troisième lieu, selon la jurisprudence de la Cour de Justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Mme D ait fait l'objet d'une audition avant l'adoption de la mesure litigieuse, ni n'ait été informée de ce que l'administration envisageait d'adopter une mesure d'éloignement à son encontre, de sorte qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter des observations. Toutefois, la requérante, qui n'a produit aucune pièce au dossier au soutien de ses allégations, ne démontre pas qu'elle aurait eu des éléments à faire valoir avant l'adoption de la décision litigieuse susceptibles d'influer sur le sens de la décision du préfet de la Haute-Garonne. Par suite, le moyen tiré de la violation du principe général du droit d'être entendu ne peut dès lors qu'être écarté.

22. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 17, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision susvisée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

23. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire étant légale, la décision fixant le délai de départ volontaire l'est aussi, et le moyen selon lequel elle serait dépourvue de base légale doit être écarté.

24. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été indiqué au point 20 que le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire ne peut qu'être écarté.

25. En troisième lieu, la requérante n'allègue pas avoir fait état de circonstances particulières susceptibles de justifier l'octroi d'un délai de départ supérieur au délai de droit commun de trente jours. Par suite, la décision n'est pas entachée d'une erreur de droit.

26. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de Mme D ou qu'il se serait estimé en situation de compétence liée pour fixer le délai de départ volontaire.

27. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus et alors que la requérante ne précise pas la nature des circonstances particulières qui auraient pu justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur au délai normal de trente jours, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être également écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

28. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais applicables : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

29. La requérante se borne à soutenir que la décision contestée serait contraire aux stipulations précitées, sans assortir cette allégation de la moindre précision utile, alors que les instances compétentes ont rejeté sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être écarté.

30. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 4 juillet 2022.

Sur les conclusions accessoires :

31. Le présent jugement ne faisant pas droit aux conclusions à fin d'annulation, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles relatives aux dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

B. C

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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