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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203931

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203931

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, M. D C, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète de Tarn-et-Garonne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne, à titre principal, de lui accorder un titre de séjour en qualité de conjoint de français dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation dès lors que la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas répondu, dans le délai d'un mois prévu par l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration, à la demande de communication des motifs du rejet implicite de sa demande de titre de séjour ;

- la préfète de Tarn-et-Garonne a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète de Tarn-et-Garonne, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 1er février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 février 2023 à midi.

Par une lettre du 1er février 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation, qui sont devenues sans objet.

II. Par une requête enregistrée le 13 septembre 2022, M. D C, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui accorder un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est illégale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination

- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont illégales.

La préfète de Tarn-et-Garonne, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 22 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2022 à midi.

Par une décision du 15 février 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité indienne, né le 22 juin 1990, déclare être entré en France le 2 mai 2018, via la Grèce puis l'Italie. Il s'est pacsé le 15 mai 2019 avec une ressortissante française, Mme F A, et leur mariage a été célébré le 7 novembre 2020. M. C a été interpellé par les services de police pour travail illégal le 21 août 2019 et, par un arrêté du même jour, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé une obligation de quitter le territoire français à son encontre. L'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour à la date du 12 avril 2021. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette demande. A la suite de plusieurs courriels adressés à l'administration, il a formé une demande de communication des motifs de cette décision implicite de rejet par un courrier du 9 mai 2022. Par un arrêté du 20 juillet 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui accorder un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C sollicite l'annulation de la décision par laquelle la préfète de Tarn-et-Garonne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ainsi que de l'arrêté du 20 juillet 2022 précité.

Sur la jonction :

2. Les requêtes de M. C enregistrées sous les nos 2203931 et 2205403 sont liées et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de titre de séjour :

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté de la préfète de Tarn-et-Garonne en date du 20 juillet 2022 s'est substitué à la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour formée par M. C. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 juillet 2022 :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a épousé une ressortissante française le 7 novembre 2020 et que leur communauté de vie, qui n'est pas remise en cause par l'autorité préfectorale, est établie au moins depuis le début de l'année 2019, comme le démontrent une attestation de la société EDF en date du 11 avril 2019 précisant que le couple est titulaire d'un contrat d'électricité concernant un même logement ainsi que le récépissé de la conclusion d'un pacte civil de solidarité le 19 juin 2019. Par ailleurs, le requérant bénéficie d'une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée en qualité de peintre dans le bâtiment et établit qu'il s'agit d'un secteur en tension dans le département de la Haute-Garonne où est domiciliée la société employeure. S'il est constant que l'intéressé est entré en France de manière irrégulière, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne justifie pas du visa de long séjour exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile nécessaire à la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français, il ressort toutefois des pièces du dossier que la communauté de vie avec son épouse était établie depuis plus de trois ans à la date de la décision attaquée et qu'il manifeste une volonté d'insertion professionnelle. S'il est également constant qu'il pourrait obtenir un visa de long séjour en qualité de conjoint de français dans son pays d'origine, il ressort toutefois des pièces du dossier que la durée d'absence nécessaire à l'accomplissement de ces démarches porterait atteinte à l'équilibre de sa vie familiale, alors au demeurant qu'une année s'est écoulée entre la date à laquelle il a formé sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et la date de la décision attaquée, ce qui a généré des difficultés dans sa vie personnelle. Par suite et dès lors que le requérant témoigne de la stabilité et de l'intensité de sa vie privée et familiale sur le territoire français, la préfète de Tarn-et-Garonne a porté une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale en prononçant à son encontre un refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français et qu'il y a lieu d'annuler la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique, eu égard au motif d'annulation, que la préfète de Tarn-et-Garonne délivre à M. C un titre de séjour en qualité de conjoint de français dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le paiement au conseil de M. C d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour Me Cazanave de renoncer au bénéfice de la contribution de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Tarn-et-Garonne de délivrer à M. C un titre de séjour en qualité de conjoint de français dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cazanave une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour Me Cazanave de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de Tarn-et-Garonne et à Me Julien Cazanave.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

Le président,

T. SORIN

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2203931, 2205403

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