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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2203932

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2203932

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2203932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBALG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Balg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 en tant que par cet arrêté le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction d'y revenir pendant une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions contestées ne sont pas suffisamment motivées ;

- la décision de refus de séjour n'a pas été précédée d'un examen effectif de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine par le préfet de la commission du titre de séjour ;

- les décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, est entré en France le 25 mai 2010 et a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier jusqu'au 24 mai 2013. Il a ensuite sollicité son admission au séjour comme salarié, mais le préfet de la Haute-Garonne, par un arrêté du 16 avril 2013, a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. A a également fait l'objet, en 2017 et 2018, de deux mesures d'éloignement, qu'il n'a pas exécutées. Et, le 3 juin 2021, il a demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 18 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et interdiction de retour pendant un an.

Sur les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

2. En premier lieu, aux termes de son arrêté le préfet de la Haute-Garonne a visé les stipulations de l'accord franco-marocain et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. A, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de M. A, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré que celui-ci ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'il sollicitait. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation familiale. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. Enfin, le requérant, qui n'allègue pas avoir demandé un délai de départ supérieur à trente jours, ne peut utilement soutenir que la décision fixant un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. Si le requérant soutient qu'il réside de manière ininterrompue sur le territoire français depuis son arrivée le 25 mai 2010, il n'a produit aucune pièce susceptible d'établir sa présence en France au titre des dix années précédant la décision de refus de séjour en litige, laquelle est plus particulièrement contestée par le préfet de la Haute-Garonne dans son arrêté s'agissant des années 2013, 2019 et 2020. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en s'abstenant de consulter la commission du titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision de refus de titre de séjour d'un vice de procédure.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A avant de prendre son arrêté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A, qui est entré en France en mai 2010, fait état de la durée de son séjour et des liens personnels qu'il a noués pendant cette période. Toutefois, il n'établit pas avoir résidé sur le territoire français notamment en 2013, 2019 et 2020. A la date des décisions en litige, il était célibataire sans charge de famille et ne justifie par la production d'aucune pièce la réalité des liens personnels dont il se prévaut. Il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales au Maroc où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Enfin, il ne justifie pas d'une intégration particulière. Ainsi, dans ces circonstances, eu égard en particulier à l'absence d'attaches personnelles et familiales de M. A en France, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français en litige ont été prises et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché ces décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre la décision en litige, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'absence d'attaches en France de M. A, célibataire et sans enfant à charge, le défaut de justification de sa présence sur le territoire depuis le mois de mai 2010 et la circonstance qu'il s'était soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement. Eu égard aux éléments ainsi relevés, non sérieusement contestés par le requérant, qui ne produit aucune pièce permettant d'apprécier la durée de son séjour en France, et se borne à soutenir que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Haute-Garonne, qui a suffisamment motivé sa décision, a pu légalement prononcer la mesure d'interdiction contestée et fixer sa durée à un an.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Balg et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

V. D

L'assesseure la plus ancienne,

M. CLa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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