lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2203978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CAMBON |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022 sous le n° 2203978 et un mémoire enregistré le 27 août 2022, Mme C F, représentée par Me Cambon, demande au tribunal :
1°) de désigner un interprète en langue géorgienne
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté en date du 14 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation en violation des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire prévu aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle n'a jamais été informée de la possibilité de formuler ses observations écrites auprès de l'administration préfectorale ou de solliciter auprès d'elle un entretien ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et attentif de sa situation ;
- elle méconnaît son droit d'être entendue ;
- elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit en violation de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et les principes généraux du droit de l'Union ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et privée de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et le préfet s'est placé à tort dans un cas de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il justifiait qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait en raison de l'absence totale d'indication des risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays d'origine ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne peut prendre la décision fixant le pays de renvoi au vu de sa seule nationalité sans procéder à un examen de la réalité des risques encourus ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II - Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022 sous le n° 2203979 et un mémoire enregistré le 27 août 2022, M. D H, représenté par Me Cambon, demande au tribunal :
1°) de désigner un interprète en langue géorgienne ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté en date du 14 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation en violation des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire prévu aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il n'a jamais été informé de la possibilité de formuler ses observations écrites auprès de l'administration préfectorale ou de solliciter auprès d'elle un entretien ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et attentif de sa situation ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu ;
- elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait et en droit en violation de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et les principes généraux du droit de l'Union ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et privée de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et le préfet s'est placé à tort dans un cas de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il justifiait qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait en raison de l'absence totale d'indication des risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays d'origine ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne peut prendre la décision fixant le pays de renvoi au vu de sa seule nationalité sans procéder à un examen de la réalité des risques encourus ;
- elle contrevient aux prescriptions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Cambon, représentant Mme F et M. H, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, remet à l'audience une confirmation de dépôt d'une demande d'autorisation de travail concernant M. H et précise que les requérants sont arrivés en France à la suite de violences commises entre 2008 et 2022, que le récit de Mme F est circonstancié, que les difficultés proviennent d'un employé d'Etat géorgien, lié à la sécurité de l'Etat, que le 15 août 2020, M. H a été victime d'une attaque, que d'autres événements ont eu lieu en janvier 2022, que le départ des requérants intervient immédiatement après, que la possibilité de prononcer un éloignement après la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides n'empêchait pas la préfecture de procéder à un examen de la situation des requérants, notamment des risques dans le pays d'origine, que la préfecture n'a effectué aucun travail d'analyse des dossiers de requérants,
- les observations de Mme F et M. H, assistés de M. G, interprète en géorgien, qui répondent aux questions du magistrat désigné,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, née le 13 avril 1991 à Tbilissi (URSS) et M. H D, né 25 janvier 1988 à Tbilissi (URSS), ressortissants géorgiens, sont entrés sur le territoire national le 17 janvier 2022 afin d'y solliciter l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes d'asile le 29 avril 2022. Par deux arrêtés en date du 14 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par leurs requêtes, Mme F et M. H demandent, à titre principal, l'annulation de ces arrêtés et à titre subsidiaire, la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile.
2. Les requêtes susvisées n° 2203978 et 2203979 concernent les deux membres d'un même couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. En vertu du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. En l'espèce, les décisions attaquées visent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils précisent que Mme F et M. H déclarent être entrés sur le territoire français le 17 janvier 2022 et retracent leurs procédures de demandes d'asile rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par deux décisions du 29 avril 2022. Le préfet indique que leurs liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables, notamment compte-tenu du fait qu'ils ont vécu en Géorgie jusqu'aux âges respectifs de trente et trente-trois ans et que leur cellule familiale a vocation à se reconstituer dans leur pays d'origine en compagnie de leurs deux enfants mineurs. En outre, le préfet indique qu'ils n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les décisions attaquées comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Par suite, elles sont suffisamment motivées.
6. En deuxième lieu, d'une part, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, des décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdit le retour sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par Mme F et M. H à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
7. D'autre part, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
8. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. L'étranger qui présente une demande d'asile ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra, si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui ont été définitivement refusés, faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur à la préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles, et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié.
9. Mme F et M. H, qui entrent dans le champ des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ont été mis à même de présenter leurs observations lors de la procédure d'asile les concernant. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils aient été empêchés, lors de leurs demandes d'admission au séjour au titre de l'asile comme pendant la durée de leur instruction, de formuler toute remarque utile susceptible d'influer sur les décisions préfectorales. Par suite, les moyens tirés de ce que le droit de Mme F et M. H à être entendus avant toute mesure d'éloignement aurait été méconnu doit être écarté.
10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle des requérants.
11. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
12. En l'espèce, les requérants font valoir qu'ils sont venus en France, avec leurs deux enfants, E et A, nés respectivement le 7 novembre 2018 et le 17 novembre 2020, pour fuir les persécutions dont ils font l'objet dans leur pays d'origine, qu'ils ont sollicité l'asile qui leur a été refusée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et qu'ils sont sur le point d'introduire un recours devant la cour nationale du droit d'asile afin de contester cette décision. Ils font également valoir qu'ils sont intégrés sur le territoire national et qu'ils sont parents de deux enfants mineurs, l'aîné étant scolarisé. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu notamment de l'entrée très récente des requérants en France, les décisions leur faisant obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées emporteraient des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ". Il résulte des dispositions précitées que lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation du délai de départ volontaire fixé par les décisions portant obligation de quitter le territoire et de l'absence d'examen particulier de la situation des requérants par le préfet doivent être écartés.
14. En deuxième lieu, Mme F et M. H ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, abrogées par l'article 6 de l'ordonnance du 23 octobre 2015 relative aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration.
15. En troisième lieu, les moyens tirés de ce que les décisions fixant le délai de départ volontaire méconnaîtraient les principes généraux du droit de l'Union ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
16. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le délai de départ volontaire sont privées de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit doivent être écartés.
17. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des autres pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation Mme F et de M. H avant d'édicter les décisions en litige, ni que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée.
18. En sixième et dernier lieu, le délai de trente jours accordé aux requérants constitue le délai de départ de droit commun pour l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français. Mme F et de M. H ne se prévalant pas de motifs particuliers qui auraient pu justifier l'octroi d'un délai supérieur, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
19. En premier lieu, les décisions fixant le pays de renvoi, qui visent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précisent que Mme F et de M. H n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans leur pays d'origine, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. Par suite, elle est suffisamment motivée.
20. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. "
21. Il ressort des décisions en litige que le préfet de la Haute-Garonne, après avoir rappelé le rejet des demandes d'asile de Mme F et M. H par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, a estimé que ces derniers n'établissent pas qu'ils seraient exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, les intéressés ne peuvent valablement soutenir que le préfet n'aurait pas examiné les risques encourus en cas de retour dans leur pays d'origine. Ainsi, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation des requérants au regard de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
22. En troisième lieu, les requérants soutiennent être exposés à des risques de traitements prohibés par les stipulations précitées en cas de retour en Géorgie qu'ils ont quitté après avoir été agressé par l'ex-compagnon de Mme F. Toutefois, alors que leurs demandes de protection ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ils n'apportent pas dans la présente instance des éléments suffisamment probants pour étayer leurs déclarations particulièrement sommaires et établir la réalité et l'actualité des menaces invoquées. Dans ces circonstances, les moyens tirés de ce que les décisions en litige méconnaîtraient les stipulations conventionnelles précitées doivent être écartés.
23. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F et M. H ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne en date du 14 juin 2022.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Cambon la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme F et M. H sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F et M. H, à Me Cambon et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. B La greffière,
A. BACH
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
NOS 2203978, 2203979
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026