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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204003

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204003

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantALLENE ONDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, M. B D C, représenté par Me Allene Ondo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Aveyron l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aveyron de lui délivrer une attestation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à compter de la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de cette notification, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive prévue en la matière.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la requête n'est pas tardive, car les voies et délais de recours mentionnés dans l'arrêté contesté, qui ne comporte ni son nom, ni la date, l'heure, et la signature indiquant que cet arrêté lui aurait été notifié, ne lui sont pas opposables ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est privée de base légale;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, la préfète de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Elle soutient, à titre principal, que la requête est tardive et, à titre subsidiaire, que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, né le 25 mars 1985 Sbeitla (Tunisie) est entré en France, selon ses déclarations, le 27 février 2020 muni d'un visa de court séjour valable du 27 février au 27 avril 2020. A la suite d'un contrôle sur un chantier à Cahors, où il a été interpelé alors qu'il se trouvait en position de travail, le préfet du Lot a prononcé à son encontre, le 27 mai 2021, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. C a été interpelé, le 5 juillet 2022, par les services de gendarmerie de Villefranche-de-Rouergue à l'occasion d'un contrôle d'identité. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Aveyron l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C, demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté contesté que l'obligation de quitter le territoire français qu'il comporte, fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas été prise pour l'application d'une décision de refus de séjour ni n'a pour base légale une telle décision. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour qui aurait été opposée à l'intéressé ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que la préfète de l'Aveyron n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant. Le moyen d'erreur de droit ainsi invoqué doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, il est constant que M. C ne résidait en France que depuis un peu plus de deux ans à la date de la décision attaquée. S'il se prévaut de la présence de son fils mineur sur le territoire français et de celle de membres de sa fratrie, en produisant à l'instance une attestation du directeur de la maison d'enfants à caractère social " La Grande Allée " à Toulouse indiquant que le jeune B C né le 5 juin 2008 y est hébergé, une attestation d'hébergement de son frère dont la date est postérieure à la décision contestée, et des copies de titres de séjour en cours de validité dont seraient titulaires deux de ses frères et une de ses sœurs, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir qu'il participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, ni qu'il aurait des liens stables, intenses et anciens avec celui-ci ou avec les autres membres de sa famille présents sur le territoire national. Par ailleurs, le requérant n'est pas dépourvu de lien dans son pays d'origine où résident, outre son épouse avec laquelle il serait en instance de divorce, deux de ses enfants. Dans ces conditions, et compte tenu des conditions de séjour en France du requérant, la préfète de l'Aveyron n'a pas entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant. Le moyen invoqué à cet égard doit dès lors être écarté.

6. Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs, mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter leur situation de manière suffisamment directe et certaine.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que M. C, qui n'établit pas qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éduction de son fils, hébergé en maison d'enfants à caractère social, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une méconnaissance des stipulations citées au point précédent. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 612-2 et le 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles il repose, rappelant en particulier le fait qu'il est entré irrégulièrement en France, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne dispose d'aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité ni d'aucune résidence effective et permanente. Dès lors la décision est suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ".

11. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

12. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Aveyron a fondé son refus de délai de départ volontaire sur le 1° de l'article L.612-3 précité, en retenant que le requérant que M. C était entré irrégulièrement en France en 2020. Cependant, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, l'intéressé est entré régulièrement sur le territoire muni d'un visa de court séjour valable du 27 février au 27 avril 2020, produit à l'instance. Dans son mémoire en défense, la préfète ajoute que sa décision aurait pu également se fonder sur les dispositions du 2°, du 4°, du 5° et du 7° de l'article L. 612-3. Il ressort en effet des pièces du dossier que M C s'est maintenu sur le territoire à l'expiration de son visa sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a déclaré lors de son audition qu'il ne retournerait pas en Tunisie, qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prononcée à son encontre par le préfet du Lot le 27 mai 2021 et qu'il a présenté lors de son interpellation une carte d'identité espagnole invalide. M. C ne fait état d'aucune circonstance particulière nécessitant qu'un délai lui soit octroyé. La préfète aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ces motifs. Il y a lieu, dès lors, de procéder à la substitution demandée, qui ne prive M. C d'aucune garantie et d'écarter le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

15. En troisième et dernier lieu, si le requérant soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 5 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous d'astreinte :

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Allene Ondo la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D C, à Me Allene Ondo et à la préfète de l'Aveyron.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. A La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aveyron en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef :

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