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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204020

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204020

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantATTAL-GALY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 juillet 2022 et les 31 mars et 14 juin 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme C, épouse F, représentée par Me Attal-Galy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis non conforme de la caisse des dépôts et consignations à l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité en date du 6 mai 2022, ensemble la décision du 10 juin 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) de condamner la caisse des dépôts et consignations à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'illégalité de la décision du 6 mai 2022 ;

3°) de mettre à la charge de la caisse des dépôts et consignations la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- la commission de réforme a donné un avis favorable à la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie ;

- elle est entachée d'erreur de droit ; les dispositions de l'article L. 461-1 ne trouvaient pas à s'appliquer ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la privation du versement de l'allocation temporaire d'invalidité l'a placée dans une situation de précarité ; les troubles dans les conditions d'existence en résultant peuvent être évalués à la somme de 15 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 janvier 2023, le 21 mars 2023 et le 22 mai 2023, la caisse des dépôts et consignations conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête et au rejet des conclusions indemnitaires présentées par Mme C.

Elle soutient que :

- à la suite de l'examen du recours gracieux formé par Mme C, il a été décidé de lui attribuer une allocation au taux de 10% à compter du 3 novembre 2020 ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rives,

- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,

- et les observations de Me Attal-Galy représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, aide-soignante au centre hospitalier de Figeac de 2001 à 2022, a présenté une demande auprès de son employeur tendant à l'attribution d'une allocation temporaire d'invalidité à raison des douleurs lombaires invalidantes dont elle est atteinte. Le 5 janvier 2021, le centre hospitalier de Figeac a fait droit à cette demande, sous réserve de l'avis conforme de la caisse des dépôts et consignations. Saisie par Mme C, celle-ci a émis un avis défavorable à l'attribution de ladite allocation le 6 mai 2022. Par un courrier du 31 mai 2022, réceptionné le 2 juin suivant, Mme C a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, assorti d'une demande indemnitaire tendant à la réparation des troubles dans les conditions d'existence en ayant résulté. Le 10 juin 2022, la caisse des dépôts et consignations a fait savoir à Mme C qu'une nouvelle instruction de son dossier serait menée, sans se prononcer sur sa demande indemnitaire. Par sa requête, l'intéressée demande au tribunal d'annuler la décision du 6 mai 2022 et de condamner la caisse des dépôts et consignations à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'illégalité de cette décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, Mme C s'est vue reconnaître, par une décision du 13 février 2023 de la caisse des dépôts et consignations, l'attribution d'une allocation temporaire d'invalidité au taux de 10% à compter du 3 novembre 2020. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de Mme C, qui ne conteste pas le taux de cette allocation, sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'illégalité fautive de la décision du 6 mai 2022 :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 824-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement dont le montant est fixé à la fraction du traitement minimal de la grille fixée par décret, correspondant au pourcentage d'invalidité. ". Selon les dispositions de de l'article 1er du décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " L'allocation temporaire d'invalidité est accordée, dans les conditions fixées par le présent décret, aux fonctionnaires mentionnés à l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et qui sont affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10 % ; b) Soit de l'une des maladies d'origine professionnelle énumérées par les tableaux mentionnés à l'article L. 461-2 du code de la sécurité sociale ; c) Soit d'une maladie reconnue d'origine professionnelle dans les conditions mentionnées aux alinéas 3 et 4 de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, sous réserve des dispositions de l'article 6 du présent décret () ". Aux termes de l'article 5 de ce décret : " Le taux d'invalidité est déterminé compte tenu du barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite () ". Enfin, l'article 6 dudit décret prévoit que : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé. / Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale : " Les dispositions du présent livre sont applicables aux maladies d'origine professionnelle sous réserve des dispositions du présent titre. / () Est présumée d'origine professionnelle toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée dans un tableau de maladies professionnelles peut être reconnue d'origine professionnelle lorsqu'il est établi qu'elle est directement causée par le travail habituel de la victime. / Peut être également reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu'elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d'un taux évalué dans les conditions mentionnées à l'article L. 434-2 et au moins égal à un pourcentage déterminé. ". Enfin, aux termes de l'article R. 461-8 du même code : " Le taux d'incapacité mentionné au quatrième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. ".

5. Sur le tableau n° 98 mentionné à l'article L. 461-2 du code de la sécurité sociale, figurent notamment deux pathologies : d'une part, " la sciatique par hernie discale L4-L5 ou L5-S1 avec atteinte radiculaire de topographie concordante ", et, d'autre part, " la radiculalgie crurale par hernie discale L2-L3 ou L3-L4 ou L4-L5, avec atteinte radiculaire de topographie concordante ".

6. En premier lieu, la décision du 6 mai 2022 a été signée par M. E G, responsable du service " actifs " de la caisse des dépôts et consignations, dont il n'est pas justifié qu'il disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être accueilli.

7. En deuxième lieu, cette décision mentionne tant les circonstances de droit que de fait qui la fondent. Elle est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En troisième lieu, le directeur général de la caisse des dépôts et consignations, qui était saisi d'une demande d'avis conforme à l'attribution d'une allocation temporaire d'invalidité, a légalement pu se fonder, pour prendre la décision attaquée, sur les dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. En dernier lieu, pour rejeter, le 6 mai 2022, la demande d'avis conforme à l'attribution d'une allocation temporaire d'invalidité, le directeur général de la caisse des dépôts et consignations a estimé que la pathologie dont est atteinte la requérante n'était pas au nombre de celles désignées dans le tableau n° 98, en s'appropriant les conclusions de l'expertise du docteur D, établie pour la commission de réforme le 8 décembre 2021, dont il ressort que les douleurs radiculaires liées à la lombo-sciatique gauche de Mme C ne s'accompagnent pas d'une hernie discale " anatomiquement concordante ", et trouvent leur origine dans une lésion dégénérative. Ce faisant, il s'est écarté de l'avis simple de la commission de réforme du 14 décembre 2021, favorable à la reconnaissance de l'origine professionnelle de cette maladie. A la date à laquelle le directeur général de la caisse des dépôts et consignations a statué, il n'est pas contesté qu'il avait seulement été destinataire, outre le rapport d'expertise du 8 décembre 2021 susmentionné, de deux certificats médicaux du 10 avril 2017 et du 7 novembre 2018, rédigés par le médecin traitant de l'intéressée qui, s'ils relèvent une lombo-sciatique gauche chronique affectant les vertèbres L5 et S1, ne se prononcent toutefois pas sur son origine hernienne et ne sont dès lors pas de nature à contredire les conclusions du docteur D. Il n'est pas davantage contesté que ce n'est qu'à l'occasion de l'exercice du recours gracieux qu'elle a formé le 31 mai 2022 à l'encontre de la décision du 6 mai 2022, que Mme C a transmis pour la première fois au service instructeur de la caisse des dépôts et consignations la lettre du 8 septembre 2011 du docteur A, neurochirurgien, dans laquelle ce dernier mentionne l'existence d'une hernie discale L4-L5, retrouvée au scanner, qu'il met en relation directe avec un épisode douloureux de sciatique subi par l'intéressée. Dès lors, compte tenu des éléments portés à sa connaissance à la date à laquelle il s'est prononcé sur la demande présentée par Mme C, le 18 janvier 2022, le directeur général de la caisse des dépôts et consignations, en rejetant sa demande, n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

10. Il s'ensuit que la décision du 6 mai 2022 n'est entachée d'illégalité qu'en raison du vice d'incompétence relevé au point 6.

En ce qui concerne le droit à réparation :

11. D'une part, les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et, pour les fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, du II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984, et les article 37, 40 et 42 du décret du 26 décembre 2003, relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions ne font cependant pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique.

12. D'autre part, lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'incompétence, il appartient au juge administratif de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement intervenir et aurait été prise, dans les circonstances de l'espèce, par l'autorité compétente. Dans le cas où il juge qu'une même décision aurait été prise par l'autorité compétente, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe du vice d'incompétence qui entachait la décision administrative illégale.

13. Il résulte de l'instruction que la même décision aurait pu légalement être prise par l'autorité compétente, sur le fondement des dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale. Le préjudice allégué par la requérante, tiré de troubles dans les conditions d'existence, ne peut dès lors pas être regardé comme la conséquence directe du vice d'incompétence entachant la décision du 6 mai 2022. Par suite, un tel préjudice étant sans lien de causalité direct et certain avec cette irrégularité, Mme C n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête de Mme C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions accessoires tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 6 mai 2022, ensemble le rejet du recours gracieux formé contre cette décision.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, épouse F et à la caisse des dépôts et consignations.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, premier conseiller,

Mme Jorda, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024 .

Le rapporteur,

A. RIVES

La présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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