vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | COBOURG-GOZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 juillet 2022, le 12 avril 2023 et le 26 juin 2023, M. A B, représenté par Me Magrini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2022 par lequel la maire de Saint-Léon lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif portant sur la construction d'une maison individuelle sur un terrain sis rue du chemin de Ronde à Saint-Léon (Haute-Garonne), ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la maire de Saint-Léon de réexaminer sa demande de certificat d'urbanisme, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Léon la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ; cette motivation est incohérente avec le précédent certificat d'urbanisme délivré le 27 octobre 2020 ;
- le terrain d'assiette du projet se situe dans une partie urbanisée de la commune au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme dès lors qu'il est situé à moins de 300 mètres de la mairie, qu'il est mitoyen de plusieurs maisons d'habitation et qu'il est desservi par une voie viabilisée ;
- l'article R. 111-14 du code de l'urbanisme n'est pas applicable au projet dès lors que celui-ci est situé dans une partie urbanisée de la commune ; l'espace boisé situé sur le terrain d'assiette du projet est en réalité un jardin en friche ne faisant l'objet d'aucune protection particulière ni d'aucun classement particulier ;
- le motif fondé sur les articles L. 111-11 et L. 410-13 du code de l'urbanisme est entaché d'illégalité en ce que le projet, qui est situé à proximité d'habitations, ne nécessitera pas d'extension du réseau d'assainissement, mais un simple branchement au réseau d'eau dont bénéficient les habitations avoisinantes ; il peut prévoir des équipements individuels d'assainissement des eaux usées et de collecte des eaux pluviales ; le certificat d'urbanisme délivré le 27 octobre 2020 ne relevait pas l'absence de tels équipements ;
- le certificat d'urbanisme négatif ne pouvait être fondé sur la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette du projet est desservi par la rue du chemin de Ronde, ainsi que l'indique d'ailleurs le certificat d'urbanisme délivré le 27 octobre 2020, voie à double sens d'une largeur de 4,20 mètres, qui peut supporter la réalisation d'une nouvelle construction, et qu'un accès à cette voie sera aménagé aux frais du pétitionnaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 février 2023 et le 11 mai 2023, la commune de Saint-Léon, représentée par Me Cobourg-Gozé, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive dès lors que la décision attaquée est purement confirmative de l'arrêté du 27 octobre 2020 portant certificat d'urbanisme négatif ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 27 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rousseau,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- les observations de Me Brouquières, représentant M. B,
- et les observations de Me Cobourg-Gozé, représentant la commune de Saint-Léon.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme " opérationnel " portant sur la construction d'une maison d'habitation sur un terrain sis rue du chemin de Ronde à Saint-Léon (Haute-Garonne). Par un arrêté du 25 janvier 2022, la maire de Saint-Léon lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif. Par un courrier du 22 mars 2022, M. B a formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : () / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus ". Aux termes de l'article R. 410-14 du même code : " Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée ". Enfin, aux termes de l'article A. 410-5 du même code : " Lorsque la demande porte sur un certificat délivré en application du b de l'article L. 410-1, le certificat d'urbanisme indique : / a) Si le terrain peut ou non être utilisé pour la réalisation de l'opération précisée dans la demande ; / b) L'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'il indique que le terrain ne peut pas être utilisé pour la réalisation de l'opération, le certificat précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours ".
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise le code de l'urbanisme et notamment ses articles L. 410-1 et suivants. Il rappelle les dispositions des articles L. 111-3, L. 111-4 et R. 111-14 du code de l'urbanisme et indique que le projet, qui est situé en dehors des parties urbanisées de la commune, ne correspond pas à l'une des exceptions prévues à l'article L. 111-4 du même code de l'urbanisme et compromet la préservation des espaces naturels et la gestion économe des sols. L'arrêté cite également les articles L. 111-11 et R. 111-5 du code de l'urbanisme et précise que le projet n'est pas desservi par le réseau d'assainissement collectif, le réseau d'eaux pluviales et ne comporte aucun accès à une voie publique. L'arrêté expose en outre, en son article 5, l'état des équipements publics existants ou prévus sur le terrain d'assiette du projet. Par suite, et nonobstant la circonstance alléguée que cette motivation serait en contradiction avec les motifs retenus dans le certificat d'urbanisme délivré au requérant le 27 octobre 2020, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut, dès lors, qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par les dispositions de l'article L. 111-4 du même code, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.
5. Aux termes de l'article R. 111-14 du même code : " En dehors des parties urbanisées des communes, le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature, par sa localisation ou sa destination : / 1° A favoriser une urbanisation dispersée incompatible avec la vocation des espaces naturels environnants, en particulier lorsque ceux-ci sont peu équipés ; () ".
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans et vues aériennes produits par les parties, que le terrain d'assiette du projet, non bâti et d'une superficie de 1430 m2, se situe en bordure d'une zone urbanisée dont il est séparé par des parcelles boisées et une voie communale. Il est par ailleurs entouré, au sud et au sud-est, de vastes parcelles agricoles. Si M. B fait valoir qu'il est desservi par les réseaux, cette circonstance, ne suffit pas à le faire regarder comme étant compris dans les parties urbanisées de la commune de Saint-Léon au sens des dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme. De plus, il n'est pas contesté que le projet, qui porte sur la construction d'une maison d'habitation, n'est pas au nombre des exceptions à la règle de constructibilité limitée énoncées par l'article L. 111-4 du même code. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni méconnaître ces dispositions que la maire de Saint-Léon a considéré que le terrain d'assiette de la construction projetée était situé en dehors des parties urbanisées de la commune. Pour les mêmes motifs, en estimant que le projet de construction de M. B était de nature à favoriser une urbanisation incompatible avec la vocation des espaces naturels environnants compte tenu du caractère naturel et boisé de la zone d'implantation de la construction envisagée, la maire de la commune de Saint-Léon n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article R. 111-14 du code de l'urbanisme.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ".
8. L'administration et le juge administratif doivent, pour l'application des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie.
9. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet est enclavé et séparé du chemin de Ronde par deux parcelles boisées. Il ne ressort pas de la demande de certificat d'urbanisme que serait prévue la réalisation d'un accès sur cette voie publique, notamment par la création d'une servitude de passage sur ces parcelles. Par suite, la maire de Saint-Léon n'a pas méconnu les dispositions précitées en opposant à la demande de M. B le motif tiré du défaut d'accès à la voie publique du projet.
10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. () ".
11. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé ou une décision d'opposition à une déclaration préalable de travaux doit être prise lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
12. Pour opposer à M. B un certificat d'urbanisme négatif, la maire de Saint-Léon s'est notamment fondée sur la circonstance que le projet n'était pas desservi par le réseau d'assainissement ni par le réseau d'eaux pluviales. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le réseau d'eaux pluviales et le réseau d'assainissement passent à proximité du terrain d'assiette du projet, qui ne nécessitera donc pas la réalisation de travaux d'extension ou de renforcement de ces réseaux. En outre, si la commune invoque l'état de saturation de la station d'épuration, elle n'établit pas que le terrain en cause ne serait pas apte à l'installation d'un dispositif d'assainissement autonome. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la maire de Saint-Léon a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.
13. Toutefois, il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 et 9 du présent jugement, que la maire aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que les motifs tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 111-3, R. 111-14 et R. 111-5 du code de l'urbanisme.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la maire de Saint-Léon du 25 janvier 2022 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux, de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées par M. B à fin d'injonction doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Léon, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Léon au titre des frais exposés par elle.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera la somme de 1 500 euros à la commune de Saint-Léon en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Léon.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
La rapporteure,
M. ROUSSEAU
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026