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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204144

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204144

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

B une requête et un mémoire enregistrés le 20 juillet 2022 et le 26 juillet 2022, M. C I G D, représenté B Me Tercero, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 B lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités belges responsable de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet responsable de la procédure de détermination de l'Etat responsable de mettre un terme à la procédure de détermination de l'Etat responsable et de lui délivrer un dossier de demande d'asile à transmettre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros B jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités belges :

- elle méconnaît l'article 4 du règlement 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 5 du règlement 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'illégalité en ce que rien ne démontre que les autorités belges ont été saisies B les autorités françaises dans le délai imposé ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article 23 paragraphe 2 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'application de l'article 17 paragraphe 2 du règlement 604/2013 (UE) du 26 juin 2013, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés de 1951 ainsi que l'article 15 de la directive 2011/95/UE ;

- elle méconnaît les articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est privée de base légale et méconnaît le champs d'application de la loi.

B un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022 et un mémoire, enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la décision C-36/17 du 5 avril 2017 de la Cour de justice de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Tercero, représentant M. G D, qui conclut aux mêmes fins B les mêmes moyens, renonce aux moyens tirés de l'article 4 du règlement Dublin A, de l'article 23 et de l'article 17.2 et précise que le préfet a été informé B les autorités italiennes que le requérant bénéficie d'une protection en Italie, que cette information comporte une erreur quant à la date à laquelle cette protection a été accordée, qu'il doit s'agir probablement d'une décision intervenue en 2021, que les relevés décadactylaires montrent que le requérant est arrivé en Suisse en 2015, que la Suisse a répondu ne pas être responsable et a considéré que l'Italie était responsable, que les autorités italiennes ont enregistré la demande d'asile à deux reprises en 2016, que le requérant a attendu deux ans une réponse mais vivait dans une situation très précaire, qu'il a finalement quitté l'Italie pour la Belgique, que les autorités belges ont accepté la reprise en charge de M. G D sur le fondement du d) de l'article 18 du règlement Dublin A, que sa demande d'asile a donc été définitivement rejetée, que la Cour de justice de l'Union européenne a déjà statué dans une situation similaire le 5 avril 2017, concernant une protection subsidiaire, que la Cour a dit pour droit que le règlement ne s'appliquait plus à un étranger ayant obtenu une protection dans un Etat membre, qu'il est clair avec la réponse des autorités italiennes que celles-ci l'ont reconnu réfugié en raison des risques encourus en Somalie, qu'il en résulte un défaut de base légale et une erreur de droit,

- les observations de M. G D, assisté de M. H, interprète en somali, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. G D, ressortissant somalien, né le 16 février 1995 à Bu'ale (Somalie), déclare être entré sur le territoire français le 15 avril 2022. Il a sollicité son admission sur le territoire français au titre de l'asile le 21 avril 2022. Lors de l'enregistrement de son dossier auprès de la préfecture de police de Paris, le relevé de ses empreintes a révélé qu'il avait introduit des demandes similaires en Belgique le 27 janvier 2021, en Italie le 5 avril 2016 et en Suisse le 22 juillet 2015. Après avoir adressé des demandes de reprise en charge auprès des autorités belges, italiennes et suisses, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités belges, B un arrêté en date du 5 juillet 2022. B sa requête, M. G D sollicite l'annulation de l'arrêté en litige.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée B la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué B ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " B dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ". Aux termes enfin dudit article L. 531-32 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne ".

4. D'autre part, dans son arrêt n° C-36/17 du 5 avril 2017, rendu sur renvoi préjudiciel, portant en particulier sur l'interprétation des articles 20 à 33 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit : " l'article 33 de la directive 2013/32 distingue clairement les cas dans lesquels une demande de protection internationale n'est pas examinée en application du règlement n° 604/2013, de ceux dans lesquels une telle demande peut être rejetée comme irrecevable parce qu'une " protection internationale a été accordée B un autre État membre ". Le législateur de l'Union a donc considéré que le rejet de la demande de protection internationale introduite B un ressortissant d'un pays tiers tel que celui en cause au principal devait être assuré B une décision d'irrecevabilité, en application de l'article 33 de cette directive, plutôt qu'au moyen d'une décision de transfert et de non-examen, en vertu de l'article 26 de ce règlement, ce qui entraîne un certain nombre de conséquences, en particulier sur les voies de recours ouvertes contre la décision de rejet "..

5. Enfin, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise B l'autorité administrative. Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

6. Il résulte de ces dispositions, et de l'interprétation que la Cour de justice de l'Union européenne a donnée du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dit " F A ", que le ressortissant d'un pays tiers qui a obtenu la protection internationale dans un autre Etat membre où il a été admis à résider légalement ne relève pas de la procédure de reprise en charge définie B ce règlement ni d'ailleurs de la procédure de remise prévue à l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il bénéficie du droit de se maintenir en France le temps que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) se prononce sur la recevabilité de sa demande d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. G D a déposé le 21 avril 2022 une demande de protection internationale au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de police de Paris. Le service lui a délivré, dans le cadre de la procédure de détermination de l'Etat responsable du traitement de sa demande en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'attestation de demande d'asile prévue B l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les empreintes de M. G D ont été relevées et la consultation du fichier Eurodac a fait apparaître qu'il avait présenté des demandes d'asile en Belgique le 27 janvier 2021, en Italie le 5 avril 2016 et en Suisse le 22 juillet 2015. Consultées en vue de la reprise en charge de M. G D sur le fondement du règlement précité, les autorités italiennes ont informé le préfet, B un courrier du 24 mai 2022, qu'elles avaient accordé à M. G D le statut de réfugié. M. G D bénéficiait donc d'une protection internationale dans l'un des Etats membres de l'Union européenne. Ainsi, alors même que les autorités belges avaient donné leur accord le 19 mai 2022 à la reprise en charge de M. G D,, celui-ci ne pouvait se voir appliquer les dispositions du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et faire l'objet d'une décision de transfert sur le fondement de ce règlement, ni même faire l'objet d'un arrêté de remise sur le fondement de dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que l'autorité administrative ne soit tenue de transmettre la demande d'asile à l'OFPRA et d'attendre que cet autorité prenne une décision d'irrecevabilité. Le requérant est donc fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, portant transfert aux autorités belges, est entaché d'une erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. G D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2022 B lequel le préfet de la Haute-Garonne a ordonné son transfert aux autorités belges.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre V. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé. ". Le présent jugement implique qu'il soit statué de nouveau sur le cas de M. G D et qu'il soit muni, durant cet examen, d'une attestation de demande d'asile. B suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, d'une telle attestation. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Tercero renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Tercero de la somme de 1 250 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. G D B le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à ce dernier.

D E C I D E :

Article 1er : M. G D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 5 juillet 2022 B lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé du transfert de M. G D aux autorités belges est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la situation de M. G D dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de le munir dans l'attente d'une attestation de demande d'asile.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. G D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Tercero renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Tercero une somme totale de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. G D B le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à M. G D.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C I G D, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public B mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

F. E La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2204144

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