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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204155

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204155

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204155
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022, M. D A, représenté par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 5 avril 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, au visa des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la rétribution de l'Etat prévue en la matière.

Il soutient que :

Les décisions attaquées :

- sont entachées d'une incompétence de leur signataire ;

La décision portant refus de refus d'admission au séjour :

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'autorité préfectorale s'est estimée en situation de compétence liée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est privée de base légale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant fixation du pays de renvoi :

- est privée de base légale ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- est entachée d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile.

Par une mise en demeure du 13 janvier 2023, prise au visa des articles R. 612-3 et R. 612-6 du code de justice administrative, le préfet de la Haute-Garonne a été invité à produire ses observations en défense dans le délai d'un mois.

Par une ordonnance en date du 13 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mars 2023 à 12 h 00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant bangladais né le 15 mai 1992 à Lalmonirhat (Bangladesh), a déclaré être entré en France le 7 septembre 2019 et a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 26 septembre 2019. La Cour nationale du droit d'asile a rejeté sa demande par une décision du 7 juillet 2021 et il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 5 octobre 2021. L'intéressé a sollicité, le 13 octobre et le 2 novembre 2021, son admission exceptionnelle au séjour en France sur le fondement des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, aux motifs que son admission exceptionnelle au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires ou ne se justifie pas au regard de motifs exceptionnels, que s'il fait valoir son inscription pour l'année 2021 / 2022 au diplôme d'étude en langue française niveau C1 auprès de l'université Jean Jaurès de Toulouse et en troisième année de licence " Rénovation énergétique de l'habitat " au sein de l'institut universitaire et technique Paul Sabatier à Toulouse, il ne détient pas le visa de long séjour requis pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, qu'il se déclare marié, que son épouse réside au Bangladesh, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables compte tenu notamment du fait qu'il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans dans son pays d'origine où il dispose d'attaches personnelles et familiales importantes en la personne de son épouse et de ses parents, que, dans ces conditions il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'il n'établit pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour au Bangladesh. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A ayant déjà été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2022 du bureau de l'aide juridictionnelle, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'acquiescement aux faits :

3. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. "

4. Malgré une mise en demeure en date du 13 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne n'a produit aucun mémoire en défense. Dans ces conditions, ledit préfet doit être réputé avoir admis l'exactitude matérielle des faits allégués par M. A, sous réserve que ceux-ci ne soient pas démentis par les pièces versées au dossier. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

5. Par un arrêté du 20 septembre 2021, publié le 21 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer les décisions de refus de séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

6. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la motivation, décrite au point 1, de la décision attaquée que celle-ci comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant d'édicter la décision en litige ou qu'il se serait estimé, à tort, en situation de compétence liée pour refuser de l'admettre au séjour.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an./ En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. " L'article L. 412-1 du même code dispose : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " Aux termes de l'article L. 412-3 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes :/ 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 () ".

9. Contrairement à ce que soutient M. A, les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'instituent qu'une faculté pour le préfet de permettre à l'étranger sollicitant un titre de séjour en qualité d'étudiant de déroger à la condition d'entrée sous couvert d'un visa de long séjour, le bénéfice d'une telle dérogation étant subordonné au surplus à la condition que, notamment, l'étranger justifie d'une entrée régulière en France. D'une part, il n'est pas contesté par le requérant qu'il ne détient pas le visa de long séjour requis pour se voir délivrer le titre de séjour sollicité. D'autre part, si l'intéressé soutient qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", en l'absence de présentation d'un visa de long séjour, compte tenu de la nécessité liée au déroulement de ses études, il n'est pas allégué qu'il serait entré régulièrement sur le territoire français. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en opposant à M. A le motif tiré de ce qu'il n'est pas entré en France sous couvert d'un visa de long séjour pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. Si M. A soutient qu'il a établi le centre de ses intérêts privés en France, cette allégation est contredite par les pièces du dossier, dès lors qu'il ne conteste pas que son épouse réside au Bangladesh, alors qu'il ne se prévaut d'aucune attache sur le territoire français. S'il fait par ailleurs valoir qu'il a déployé des efforts exceptionnels d'intégration, il ressort des pièces du dossier que son entretien avec un médecin légiste en juin 2021 a été réalisé à l'aide d'un interprète en langue anglaise. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en retenant que son admission au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, le requérant, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus d'admission au séjour, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

14. En premier lieu, le requérant, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus d'admission au séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

15. En deuxième lieu, il ressort de la motivation, décrite au point 1, de la décision attaquée que celle-ci comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

16. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Et selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

17. M. A soutient qu'il ne peut être éloigné à destination du Bangladesh en raison de risques de traitements inhumains et dégradants dans ce pays auxquels il serait exposé du fait de son appartenance à la minorité chrétienne du Bangladesh dont il est un membre actif et des sévices et persécutions subis du fait de son mariage avec sa compatriote Jacy Bridget Rozario qui serait la fille d'un extrémiste musulman qui l'aurait menacé de mort en raison de cette union. Il produit à cet égard des attestations de deux pasteurs de son pays d'origine témoignant de son rôle actif au sein de la communauté protestante de Lalmonirhat. Toutefois, il n'allègue pas que les autorités bangladaises seraient dans l'incapacité d'assurer sa protection, alors au surplus qu'il résulte de ce qui a été exposé au point 11 que son épouse réside toujours au Bangladesh. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait entachée d'une erreur de droit au regard des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, celui-ci n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante en l'espèce, verse au conseil du requérant la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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