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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204167

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204167

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204167
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête enregistrée le 21 juillet 2022, M. C B, représenté D Me Tercero, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 D lequel la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire avec délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de renvoi

3°) d'enjoindre la préfète du Tarn-et-Garonne de lui délivrer une attestation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours de la décision à intervenir sous 100 euros d'astreinte D jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir,

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît son droit à être entendu ;

- il est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La préfète de Tarn-et-Garonne a produit un mémoire en production de pièces, enregistré le 25 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Tercero, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins D les mêmes moyens et précise que le requérant est ivoirien, qu'il a présenté une demande d'asile le 6 juillet 2020, que la Cour nationale du droit d'asile a définitivement rejeté sa demande le 3 février 2022, qu'il y a une erreur d'appréciation de la Cour de justice de l'Union européenne dans sa jurisprudence sur le droit d'être entendu, que l'office français de protection des réfugiés et apatrides est une administration spécialisée qui garantit la confidentialité de la demande d'asile, que le préfet n'a pas connaissance des raisons pour lesquelles le requérant demande d'asile, que c'est le cas dans ce dossier, que la préfète ignorait les raisons pour lesquelles M. B a demandé la protection de la France, que la confidentialité de la demande d'asile ne permet pas d'assimiler le dépôt d'une demande d'asile en préfecture au respect du droit d'être entendu, que le guide du demandeur d'asile n'informe pas les demandeurs de ces particularités de la procédure d'asile et qu'il leur appartient d'informer la préfecture d'une évolution de sa situation et de lever le secret de sa demande d'asile, que le droit d'être entendu de M. B n'a pas été respecté, que contrairement à ce que mentionne l'arrêté, les motifs de sa demande d'asile ne sont pas liées à une " ancienne activité professionnelle " mais à un conflit intrafamilial, que la préfecture doit être sanctionnée pour ne pas avoir examiné sérieusement la situation de M. B,

- les observations de M. B qui répond aux questions du magistrat désigné,

- la préfète n'étant ni ne présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant gambien, né le 24 décembre 1998 à Farafenni (Gambie) déclare être entré sur le territoire le 17 janvier 2019 et a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 6 juillet 2020. D une décision en date du 10 septembre 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Le 3 mars 2022, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet. Le 29 juin 2022, la préfète du Tarn-et-Garonne a prononcé à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an. D la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () D la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ".

4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 531-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides fait connaître le sens de sa décision ou, en cas de recours, de celle de la Cour nationale du droit d'asile au préfet compétent, ainsi qu'au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il communique au préfet compétent, à sa demande, une copie de la décision et de l'avis de réception. ". Et aux termes de l'article R. 532-56 de ce code : " Lorsque le ministre chargé de l'immigration en fait la demande, la Cour nationale du droit d'asile lui transmet ses décisions de rejet. "

5. La préfète de Tarn-et-Garonne, pour prononcer l'arrêté en litige, s'est notamment fondé sur la circonstance que " M. B n'a pas démontré la réalité et l'authenticité des événements allégués, relatifs aux persécutions qu'il dit craindre dans l'hypothèse d'un retour dans son pays d'origine, en raison de ses anciennes activités professionnelles ". Il ressort cependant des pièces du dossier que M. B, tant devant l'Office français de protection des étrangers et apatrides que devant la Cour nationale du droit d'asile, ne s'est jamais prévalu de craintes de persécutions liées à " ses anciennes activités professionnelles " mais a invoqué un risque de traitement inhumain et dégradant du fait de son beau-père qui l'accuse de l'avoir grièvement blessé lors d'une altercation alors qu'il s'était interposé pour défendre sa mère. L'autorité préfectorale ne pouvait ignorer les motifs de la demande d'asile de M. B, exposés dans les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile, dont la préfète a eu communication ainsi que le permettent les dispositions citées au point 4 et qu'elle a d'ailleurs versées à l'instance. En retenant que le requérant ne démontrait pas la réalité des persécutions qu'il déclare encourir " en raison de ses anciennes activités professionnelles " pour motiver l'arrêté attaqué, la préfète a entaché celui-ci d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2022 D lequel la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire avec délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation, il y a lieu d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Terecro renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Tercero de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à ce dernier.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté préfectoral du 29 juin 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Tarn-et-Garonne de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Tercero renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me B une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Terecro et à la préfète de Tarn-et-Garonne.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

F. A La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef :

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