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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204180

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204180

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 22 juillet 2022 et 28 janvier 2023, Mme D C, représentée par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 22 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son droit au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale ", ou de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de la vie privée et familiale ou du travail, ou de l'admettre au séjour sur tout autre fondement ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, dès la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travailler, jusqu'à ce que l'autorité administrative ait de nouveau statué sur son cas et d'y procéder dans un délai d'un mois suivant la notification dudit jugement, injonction assortie d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat, au visa des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, le paiement d'une somme de 1 800 euros à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat prévue en la matière, ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ou totale, de mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme à son profit au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Les décisions attaquées :

- sont entachées d'une incompétence de leur signataire ;

La décision portant refus de renouvellement de son droit au séjour :

- viole son droit d'être entendu ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- est de nature à entraîner des conséquences d'une particulière gravité totalement disproportionnées ;

- elle justifie de circonstances humanitaires particulières ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale ;

- est illégale dès lors qu'elle peut prétendre à l'octroi d'un titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

La décision portant fixation du pays de renvoi :

- est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 30 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 février 2023 à 12 h 00.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante malgache née le 6 octobre 1994 à Ambatondrazaka (Madagascar), est entrée en France le 5 septembre 2012 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant ". Elle a bénéficié d'une carte de séjour d'un an pour ce motif, à compter du 1er octobre 2013, régulièrement renouvelée jusqu'au 1er octobre 2020 puis d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " valable du 30 septembre 2020 au 29 septembre 2021. L'intéressée a sollicité, le 25 octobre 2021, le renouvellement de son droit au séjour en faisant valoir sa recherche d'emploi infructueuse et la création, le 27 septembre 2021, d'une micro entreprise d'études de marché et sondages, sur le fondement de l'article L. 422-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son droit au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, aux motifs qu'elle ne justifie pas du caractère viable de son entreprise au regard notamment du montant nul de ses déclarations mensuelles de chiffre d'affaires effectuées entre octobre 2021 et février 2022, que l'intéressée, célibataire et sans charge de famille, ne dispose pas de liens personnels et familiaux en France anciens, intenses et stables compte tenu du fait qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de dix-huit ans où elle dispose d'attaches personnelles et familiales, compte tenu notamment de la présence de ses parents, que dans ces conditions, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé, qu'elle n'établit pas être exposée à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour à Madagascar. La requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 février 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet. En conséquence, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Par un arrêté du 6 avril 2022, publié au recueil administratif spécial le même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme A, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant renouvellement de titre de séjour :

4. En premier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" est délivrée en application du 2° de l'article L. 422-10, l'intéressé justifiant de la création et du caractère viable d'une entreprise répondant à la condition énoncée au même 2° se voit délivrer, à l'issue de la période d'un an, la carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/ profession libérale" prévue à l'article L. 421-5 () ". Aux termes de l'article L. 421-5 du même code : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/ profession libérale" d'une durée maximale d'un an ".

6. Il résulte des dispositions précitées que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui vient exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Lorsque l'étranger est lui-même le créateur de l'activité qu'il vient exercer, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

7. Il est constant que Mme C, titulaire d'un master en marketing et communication digitale, obtenu en 2020, est inscrite depuis le 27 septembre 2021 au répertoire des entreprises et des établissements pour une activité d'études de marché et sondages. Pour apporter la preuve, qui lui incombe, de la viabilité économique de son activité, elle produit, d'une part, des déclarations mensuelles de chiffre d'affaires pour les mois d'octobre 2021 à avril 2022 et les mois de juillet et septembre 2022 et, d'autre part des factures pour les mois d'avril, juillet et septembre 2022, d'un montant respectif de 500 euros, 1 200 euros et 1 800 euros. Toutefois, il ressort de ces documents que l'intéressée a déclaré un chiffre d'affaires nul pour les mois d'octobre 2021 à mars 2022. Si elle se prévaut d'un chiffre d'affaires pour les mois d'avril, juillet et septembre 2022, ces seuls éléments, au demeurant postérieurs à l'édiction de la décision attaquée, ne sauraient sérieusement suffire à démontrer la viabilité économique de l'activité d'études de marché et sondages de la requérante. Dans ces conditions, la décision de refus de renouvellement de séjour n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation de la viabilité économique de cette activité au regard des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième et dernier lieu, alors qu'il résulte de ce qui précède que la requérante ne justifie pas de la viabilité économique de son activité professionnelle, il est constant qu'elle est célibataire et sans enfant et que la durée de sa présence en situation régulière en France s'explique par la poursuite de ses études et il n'est pas contesté que ses parents résident toujours dans son pays d'origine. Dans ces conditions, ni la présence de son frère sur le territoire français, ni les attestations sur l'honneur dont elle se prévaut, ne sont en tout état de cause de nature à établir que la décision de refus de renouvellement de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiales. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, ni qu'elle justifierait de circonstances humanitaires et motifs exceptionnels.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de séjour pour demander l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, Mme C n'est pas fondée à soutenir, compte tenu de ce qui a été exposé précédemment, que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale dès lors qu'elle pourrait prétendre à l'octroi d'un titre de séjour.

11. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, les moyens tirés de l'atteinte portée au respect de la vie privée et familiale de la requérante et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de séjour et obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de celle fixant son pays de renvoi.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requérante, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens par Mme C.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de Mme C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Canadas et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. B

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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