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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204302

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204302

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique enregistrés respectivement les 27 juillet, 21 septembre et 7 octobre 2022, ces derniers n'ayant pas été communiqués, M. A B, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous la même condition de délai ;

4°) de condamner l'Etat à payer une somme de 1 500 euros à verser à Me Sarasqueta en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur ;

- les trois décisions qu'il comporte sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa demande de titre de séjour et, notamment, ne s'est pas prononcé au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision de refus de titre de séjour méconnaît d'ailleurs ces dispositions ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé.

Par une ordonnance du 3 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 octobre 2022 à 12:00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cherrier,

- et les observations de Me Zehmini, substituant Me Sarasqueta, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant thaïlandais, est arrivé à Amsterdam le 22 décembre 2021, à l'âge de 22 ans, muni d'un visa C valable du 14 décembre 2021 au 13 décembre 2022. Il déclare être entrée en France le même jour, pour rejoindre notamment sa mère, titulaire d'une carte de résident. Il a déposé une demande de titre de séjour le 18 février 2022. Le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination par un arrêté du 24 juin 2022, que l'intéressé demande au tribunal d'annuler.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 1er février 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle étant dès lors devenue sans objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions en annulation :

3. Le formulaire de demande de titre de séjour rempli et signé par M. B le 16 février 2022, bien qu'intitulé " demande d'admission exceptionnelle au séjour " prévoit expressément, dans la rubrique " Nature de la demande " que celle-ci peut être formulée, soit sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au vu de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels par le biais de la délivrance d'un titre de séjour vie privée et familiale, salarié ou travailleur temporaire, soit sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code, au nom du respect de la vie privée et familiale, soit encore sur le fondement de " dispositions correspondantes " prévues par les accords bilatéraux. Il est constant que M. B a coché les cases correspondant respectivement aux articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la rubrique " Motifs de la demande ", il a par ailleurs indiqué " Je n'ai plus de famille en Thaïlande depuis mon âge de 15 ans (2014) ; je veux continuer mes études auprès de ma mère et de ma famille. L. 423-23 du CESEDA / L. 435-1 du CESEDA ". Par suite, il doit être regardé comme ayant demandé non seulement son admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais également un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code.

4. Le préfet de la Haute-Garonne soutient qu'alors même qu'il n'a ni visé ni cité l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'arrêté en litige, il doit être regardé comme ayant examiné la demande au regard de ces dispositions dès lors qu'il a expressément fait état de la présence en France, en situation régulière, de la mère, du frère et de la demi-sœur du requérant, pour en déduire que " son admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" ne répond pas à des considérations humanitaires ou ne se justifie pas au regard de motifs exceptionnels, d'autant qu'il est entrée très récemment sur le territoire national après avoir vécu de nombreuses années séparé d'eux ". Néanmoins, il résulte de cette formulation que, contrairement à ce qu'il soutient, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas examiné la demande de M. B au regard de son droit à mener une vie privée et familiale normale sur le territoire national indépendamment de tout motif d'admission exceptionnelle au séjour. Ce faisant, il s'est mépris sur l'étendue de la demande du requérant, lequel est donc fondé, pour ce motif, à demander l'annulation du refus de titre de séjour litigieux. Cette annulation entraine, par voie de conséquence, celle des décisions faisant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 24 juin 2022 du préfet de la Haute-Garonne doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. La présente décision n'implique pas nécessairement qu'un droit au séjour soit accordé à M. B, mais seulement qu'il soit procédé au réexamen de sa situation. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de le faire dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

7. M. B bénéficie de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sarasqueta d'une somme de 1 500 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B.

Article 2 : L'arrêté du 24 juin 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Me Sarasqueta, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sarasquesta et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

L'assesseur le plus ancien

A. RIVES

La présidente-rapporteure,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

N°220430

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