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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204390

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204390

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCANDELIER CARRIERE-PONSAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2022 et le 7 avril 2023, M. B C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Saleich a refusé de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saleich de réexaminer sa demande de certificat d'urbanisme opérationnel ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saleich les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- le maire de la commune de Saleich a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer le certificat d'urbanisme sollicité au motif de l'absence de desserte suffisante de sa parcelle par le réseau d'alimentation en eau potable alors que celle-ci est située en zone UA, zone urbaine dans laquelle les capacités des équipements publics existants doivent permettre d'admettre de nouvelles constructions ;

- la décision en litige méconnaît le principe d'égalité de traitement dès lors que des parcelles voisines ont fait l'objet de certificats d'urbanisme positifs et que la saturation du réseau de distribution d'eau potable existant résulte de la desserte d'une exploitation agricole composée de deux cents vaches ;

- la décision en litige méconnaît le principe d'adaptabilité du service public dès lors que les travaux d'extension du réseau d'alimentation en eau potable nécessaires à la desserte de son projet auraient dû être effectués.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, la commune de Saleich, représentée par Me Carrière-Ponsan, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors que M. C n'apporte pas la preuve de l'envoi de son recours gracieux à la commune de Saleich le 29 mai 2022 ;

- en tout état de cause, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023.

Un mémoire présenté par M. C a été enregistré le 18 avril 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 février 2022, M. C a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel portant sur un projet de construction d'une maison d'habitation sur son terrain, situé voie communale, à Saleich (Haute-Garonne), sur la parcelle cadastrée sous le numéro B 267. Par une décision du 31 mars 2022, le maire de la commune de Saleich a opposé un refus à cette demande. M. C a exercé un recours gracieux contre ce refus le 29 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été notifiée à M. C le 2 avril 2022 et que le requérant a exercé un recours gracieux contre cette décision le 29 mai 2022, lequel a été réceptionné par la commune de Saleich le 1er juin 2022. Ce recours gracieux, qui a été régulièrement notifié à la commune, a eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux. Dans ces conditions, la requête de M. C, enregistrée le 28 juillet 2022, n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saleich doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité du motif de refus opposé à M. C :

3. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / () ".

4. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé ou une décision d'opposition à une déclaration préalable de travaux doit être prise lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

5. Pour refuser de délivrer à M. C le certificat d'urbanisme opérationnel sollicité, le maire de la commune de Saleich lui a opposé la circonstance que la capacité du réseau de distribution d'eau potable au droit de son projet ne permettait pas l'alimentation de nouvelles constructions et qu'il n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou concessionnaire de service public les travaux de renforcement de ce réseau devaient être exécutés. Il s'est notamment fondé sur un avis défavorable du 21 mars 2022 du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne Réseau 31, concluant à l'absence de capacité suffisante du réseau de distribution d'eau potable existant.

6. S'il ressort des pièces du dossier que la réalisation du projet envisagé nécessite bien l'exécution de travaux de renforcement du réseau public d'alimentation en eau potable, la commune de Saleich s'est abstenue de solliciter auprès du syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de Haute-Garonne Réseau 31, service gestionnaire de ce réseau, des informations relatives aux délais et aux conditions d'exécution de ces travaux, alors même que de telles informations ne figuraient pas dans l'avis de ce service du 21 mars 2022. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que le maire de la commune de Saleich a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 31 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Saleich a refusé de lui délivrer le certificat d'urbanisme opérationnel qu'il avait sollicité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Saleich de réexaminer la demande de certificat d'urbanisme opérationnel présentée par M. C dans le délai de trois mois.

Sur les frais liés au litige et les dépens :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Saleich au titre des frais liés au litige.

10. La présente instance n'ayant engendré aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. C tendant à leur mise à la charge de la commune de Saleich.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 31 mars 2022 du maire de la commune de Saleich est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Saleich de réexaminer la demande de certificat d'urbanisme opérationnel de M. C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Saleich.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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