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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204399

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204399

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2022, Mme E B épouse C, représentée par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de membre de famille de citoyen de l'Union européenne ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour " membre de famille de citoyen européen " ou à titre subsidiaire, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été édicté par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplissait les conditions de ressources et d'assurance maladie prévues par cet article ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet a estimé à tort que la procédure de regroupement familial pouvait être mise en œuvre ;

- il méconnaît l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et l'article 7 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B épouse C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 mars 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 24 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport D Lucas, rapporteure,

- et les observations de Me Thomas, substituant Me Tercero, représentant Mme B épouse C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante marocaine née le 26 avril 1979, déclare être entrée en France le 2 août 2020 accompagnée de ses quatre enfants, tous de nationalité espagnole, et munie d'une carte de résident longue durée en cours de validité délivrée par les autorités espagnoles. Elle a sollicité, le 11 mai 2021, son admission au séjour en qualité de membre de famille de citoyen de l'Union européenne. Par une décision du 19 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; () ". Aux termes de l'article L. 233-2 de ce code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. / Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1. ". Selon l'article R. 233-1 du même code : " Les ressortissants qui remplissent les conditions mentionnées à l'article L. 233-1 doivent être munis de leur carte d'identité ou de leur passeport en cours de validité. / L'assurance maladie mentionnée à l'article L. 233-1 doit couvrir les prestations prévues aux articles L. 160-8, L. 160-9 et L. 321-1 du code de la sécurité sociale. / Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. () ".

3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail ". Selon l'article R. 262-1 de ce même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 applicable à un foyer composé d'une seule personne est majoré de 50 % lorsque le foyer comporte deux personnes. Ce montant est ensuite majoré de 30 % pour chaque personne supplémentaire présente au foyer et à la charge de l'intéressé. Toutefois, lorsque le foyer comporte plus de deux enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge, à l'exception du conjoint, du partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou du concubin de l'intéressé, la majoration à laquelle ouvre droit chacun de ces enfants ou personnes est portée à 40 % à partir de la troisième personne. () ".

4. Les stipulations combinées de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, confèrent au ressortissant mineur d'un Etat membre, en sa qualité de citoyen de l'Union, ainsi que, par voie de conséquence, au ressortissant d'un Etat tiers, parent de ce mineur et qui en assume la charge, un droit de séjour dans l'Etat membre d'accueil à la double condition que cet enfant soit couvert par une assurance maladie appropriée et que le parent qui en assume la charge dispose de ressources suffisantes. L'Etat membre d'accueil, qui doit assurer aux citoyens de l'Union la jouissance effective des droits que leur confère ce statut, ne peut refuser à l'enfant mineur, citoyen de l'Union, et à son parent, le droit de séjourner sur son territoire que si l'une au moins de ces conditions, dont le respect permet d'éviter que les intéressés ne deviennent une charge déraisonnable pour ses finances publiques, n'est pas remplie. Dans une pareille hypothèse, l'éloignement forcé du ressortissant de l'Etat tiers et de son enfant mineur ne pourrait, le cas échéant, être ordonné qu'à destination de l'Etat membre dont ce dernier possède la nationalité ou de tout Etat membre dans lequel ils seraient légalement admissibles.

5. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à la requérante, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur la circonstance qu'elle ne justifiait pas disposer de ressources suffisantes pour elle et sa famille, composée de deux adultes et de trois enfants mineurs, ni d'une couverture d'assurance maladie appropriée pour ses enfants.

6. En application des dispositions de l'article R. 262-1 précité du code de l'action sociale et des familles, le montant forfaitaire de solidarité active mentionné à l'article L. 262 du même code applicable à une famille composée d'un couple et de trois enfants mineurs est de 1 413,35 euros. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis d'imposition D B et de son époux, M. C, au titre des revenus de l'année 2020, que les revenus du couple s'élevaient à 18 148 euros, soit une moyenne mensuelle de 1 512 euros. Mme B justifie ainsi de revenus supérieurs au montant du revenu de solidarité active pour une famille composée d'un couple et de trois enfants mineurs. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les trois enfants mineurs D Mme B sont couverts par l'assurance maladie de son époux, M. C. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'une erreur de fait et méconnu les dispositions précitées de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant l'octroi d'un titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, au sens de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, que le préfet de la Haute-Garonne délivre à Mme B épouse C un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Tercero, avocate D B épouse C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Tercero de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 novembre 2021 du préfet de la Haute-Garonne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à Mme B épouse C un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Tercero la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Tercero renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B épouse C, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Tercero.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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