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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204449

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204449

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204449
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2022, Mme A C, représentée par Me Benhamida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui accorder un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de fait en considérant qu'elle n'avait pas transmis, dans le délai d'un mois qui lui était imparti, les informations médicales nécessaires à l'examen de sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par une décision du 18 janvier 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

La clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pétri.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité nigériane, née le 5 octobre 1995, déclare être entrée sur le territoire français le 25 octobre 2015. La Cour nationale du droit d'asile a définitivement rejeté sa demande d'asile par une décision du 29 août 2019. Par un arrêté du 22 octobre 2019, le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français. Mme C a sollicité, le 18 août 2020, son admission au séjour pour motif humanitaire en raison de son état de santé. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré, dans un avis en date du 26 novembre 2020, que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle ne peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et que ses soins doivent être poursuivis pour une durée de douze mois. Le préfet de la Haute-Garonne lui a, dès lors, délivré un récépissé de demande de titre de séjour. Après avoir considéré qu'elle n'avait pas transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le délai d'un mois qui lui était imparti, les informations médicales nécessaires à l'examen de sa demande de titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination par un arrêté du 13 mai 2022 dont elle demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 18 janvier 2023. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

3. Par un arrêté du 6 avril 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial le même jour (n° 31-2022-137), le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation de signature à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions établies en matière de police des étrangers, en particulier les décisions défavorables au séjour et les décisions d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention '' vie privée et familiale '' d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. () / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). / () Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'office () le certificat médical mentionné au premier alinéa. "

5. Le préfet de la Haute-Garonne fait valoir, pour refuser la demande de titre de séjour présentée par la requérante le 18 août 2020, que l'intéressée n'a pas transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le délai d'un mois prévu par l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le certificat médical mentionné au premier alinéa de cet article. Or, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a émis un avis sur sa situation médicale le 26 novembre 2020 et a conclu, ainsi que cela a été dit, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle ne peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et que ses soins doivent être poursuivis pour une durée de douze mois. A supposer que le certificat médical invoqué par le préfet de la Haute-Garonne ait été sollicité dans le cadre du réexamen de la situation de Mme C douze mois après cet avis, aucune pièce du dossier ne permet de corroborer cette circonstance. Par ailleurs, des courriels en date des 18 et 28 mars 2022 indiquent que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a réceptionné un certificat médical le 23 décembre 2021 et que le dossier de Mme C était en cours d'instruction à la date du 28 mars 2022. Bien que l'intéressée ait reconnu que son état de santé ne lui avait pas permis de transmettre ce certificat médical dans le délai qui lui était imparti, il n'est pas établi par les pièces du dossier qu'elle n'aurait pas accompli les diligences prévues par l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le cadre de la demande de titre de séjour qu'elle a présentée le 18 août 2020. Dans ces conditions, il y a lieu d'annuler la décision portant refus de titre de séjour dès lors que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de fait.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour. Il y a lieu d'annuler par voie de conséquence les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique seulement, compte tenu du motif d'annulation retenu seul de nature à justifier, en l'état, l'annulation de l'acte attaqué, que le préfet de la Haute-Garonne procède au réexamen de la situation de Mme C dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le paiement au conseil de Mme C de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour Me Benhamida de renoncer au bénéfice de la contribution de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par Mme C.

Article 2 : L'arrêté du 13 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la situation de Mme C dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Benhamida la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour Me Benhamida de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

Le président,

T. SORIN

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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