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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204470

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204470

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAGORCE & BILLIAUD AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 2 août 2022 et 11 juillet 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme B A, représentée par Me Mirepoix, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mai 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Montauban l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 1er juin 2022, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Montauban de la rétablir dans ses fonctions et de procéder à sa réintégration et au versement de sa rémunération, y compris de manière rétroactive, dans tous ses éléments et accessoires ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montauban la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de mise en œuvre d'un procédure contradictoire préalable ;

- elle a été adoptée en méconnaissance des dispositions du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 et du II-C-2, alinéa 2, de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que les activités syndicales sont exclues du champ d'application de la loi du 5 août 2021 ; en l'espèce elle dispose d'une décharge à 100 % pour son activité syndicale et n'a pas repris son service de façon effective depuis le 7 février 2022, la rémunération qu'elle perçoit au titre de cette décharge n'étant pas liée à la notion de service fait mais demeure attachée au crédit d'heure attribué à l'organisation syndicale dont elle relève du fait de l'exercice de son mandat ;

- cette mesure qui encadre le droit syndical est disproportionnée au but recherché ; elle porte atteinte à la liberté syndicale, à valeur constitutionnelle, garantie par le 6ème alinéa du Préambule de la Constitution de 1946 ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 2146-1 du code du travail ;

- la loi du 5 août 2021 est inconventionnelle en tant qu'elle porte atteinte à la liberté syndicale protégée par l'article 11 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 6 octobre et 25 novembre 2022, le centre hospitalier de Montauban, représenté par Me Lagorce-Billiaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 21 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 11 juillet 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 16 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 21-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cherrier ;

- et les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A exerce les fonctions d'infirmière au centre hospitalier de Montauban depuis le 30 janvier 1999. Par une décision du 30 mai 2022, le directeur de cet établissement l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 1er juin 2022 jusqu'à la présentation d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions posées par la réglementation applicable. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi susvisée du 5 août 2021 : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 13 de cette même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. () ".

3. En premier lieu, en application des termes de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, les dispositions de l'article L. 121-1 du même code ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. Il s'ensuit que le moyen tiré par Mme A du défaut de mise en œuvre par le centre hospitalier d'une procédure contradictoire avant que la décision en litige ne soit édictée ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort du III de l'article 14 précité, lequel a fixé une procédure préalable à l'édiction d'une mesure de suspension, que l'employeur, qui constate que l'agent ne peut plus exercer son activité en application du I du même article, l'informe sans délai, avant de prononcer une telle mesure de suspension, des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. Cette information doit intervenir à compter du constat d'impossibilité d'exercer de l'agent. Elle doit être personnelle et préalable à l'édiction de la mesure de suspension sans toutefois que l'employeur soit tenu de convoquer l'agent concerné à un entretien préalable. Par ailleurs, eu égard aux objectifs poursuivis par le législateur et aux obligations qui pèsent sur les établissements de santé en matière de protection des personnes vulnérables, les moyens de régulariser sa situation concernent les modalités par lesquelles l'agent concerné s'engage dans un processus de vaccination. A cet égard, il ressort des travaux préparatoires de la loi du 5 août 2021 que la faculté offerte aux agents non encore vaccinés de mobiliser des jours de repos conventionnels ou des jours de congés payés a eu pour objet de faciliter les démarches entreprises afin de régulariser leur situation en leur permettant de conserver le bénéfice de leur rémunération après la constatation de leur impossibilité d'exercer, le temps d'engager ces démarches. Par voie de conséquence, cette faculté s'inscrit dans le cadre des modalités de régularisation dont l'employeur doit informer l'agent avant de prononcer à son encontre une mesure de suspension. L'omission d'une telle information, dont l'objet est ainsi d'encourager un agent non encore vacciné à se soumettre à son obligation vaccinale en lui permettant de continuer d'être rémunéré durant le temps supplémentaire qui lui a été nécessaire pour s'engager dans cette voie, prive cet agent d'une garantie et constitue par conséquent une irrégularité de nature à entacher d'illégalité la décision de suspension d'activité le concernant.

5. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de la mesure de suspension en litige, Mme A aurait été informée, conformément aux dispositions du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, des moyens de régulariser sa situation et notamment, de la possibilité d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés, le centre hospitalier de Montauban faire valoir, sans être contredit, que l'intéressée a été reçue le 30 mai 2022 par la directrice et la responsable des ressources humaines de l'établissement en présence de la déléguée eu personnel, et qu'au cours de cet entretien il lui a été rappelé que ses congés ayant d'ores et déjà été pris en compte au mois de septembre 2021, dans le cadre de la première mesure suspension envisagée, elle ne disposait plus que de deux jours pour organiser la continuité de son activité syndicale. Dans ces conditions, et dès lors que Mme A n'établit ni même n'allègue qu'elle disposait encore à cette date de jours de congés disponibles, en ne l'informant pas de la possibilité d'utiliser des jours de congés payés pour régulariser momentanément sa situation, le centre hospitalier ne l'a privée d'aucune garantie. Aussi, le moyen doit-il être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, l'article 12 de la loi du 5 août 2021 a défini le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 en retenant, notamment, un critère géographique pour y inclure toutes les personnes exerçant leur activité dans un certain nombre d'établissements, principalement les établissements de santé et des établissements sociaux et médico-sociaux. Le législateur a ainsi entendu protéger les personnes accueillies par ces établissements qui présentent une vulnérabilité particulière au virus de la covid-19. C'est pourquoi l'obligation de vaccination concerne aussi des personnels, notamment administratifs, qui ne sont pas en contact direct avec les malades dès lors qu'ils entretiennent nécessairement, eu égard à leur lieu de travail, des interactions avec des professionnels de santé en contact avec ces derniers. Il en va ainsi aussi des personnels des établissements hospitaliers qui bénéficient d'une décharge, même totale, d'activité de service pour raison syndicale dès lors qu'ils exercent leur activité syndicale dans les locaux d'un tel établissement. Il s'ensuit que, eu égard à la gravité de l'épidémie qu'a connu le territoire, l'extension du champ de l'obligation de vaccination imposée par la loi du 5 août 2021 à l'ensemble des personnels d'un établissement de santé entrant dans le champ du I 1° de son article 12, y compris ceux y exerçant une activité syndicale, ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à la liberté syndicale garantie notamment par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si Mme A, infirmière au sein du centre hospitalier de Montauban, bénéficie, depuis le 7 février 2022, d'une décharge totale d'activité de service pour raison syndicale, elle exerce toutefois son activité syndicale dans l'enceinte de cet établissement hospitalier où est situé le local syndical. Elle est ainsi conduite à accompagner d'autres agents lors d'entretiens avec la direction de l'hôpital ainsi qu'à animer des réunions ou distribuer des tracts dans les locaux de l'établissement. Il s'ensuit que, contrairement à ce qu'elle soutient, elle entre dans le champ de l'obligation vaccinale prévue par les dispositions du 1° du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021, citées au point 2, sans pouvoir être regardée comme se bornant à exercer une tâche ponctuelle au sens du III du même article. Dès lors, la décision contestée du 30 mai 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Montauban, sur le fondement du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, cité au point 2, l'a suspendue de ses fonctions jusqu'à la présentation d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication n'est pas entachée d'erreur de droit et ne porte pas atteinte à la liberté syndicale ni ne méconnaît les dispositions de l'article L. 2146-1 du code du travail.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 30 mai 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le centre hospitalier de Montauban au titre de ces dernières dispositions

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Montauban sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Montauban.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, premier conseiller,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

L'assesseur le plus ancien,

A. RIVES

La présidente-rapporteure,

S. CHERRIER La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef :

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