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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204481

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204481

jeudi 4 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204481
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2022, M. F A D et Mme E C, représentés par Me Sarasqueta, demandent au juge des référés :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de les prendre en charge avec leurs enfants au titre de l'hébergement d'urgence, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à leur conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que les requérants et leurs cinq enfants, dont la plus jeune est âgée de 10 mois, sont dans une situation de grande détresse ; ils sont hébergés dans un logement insalubre et indécent, sans eau courante ; de plus, l'état de santé de M. A D est fragile et inquiétant ;

- la carence de l'Etat porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à un hébergement d'urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Sorin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 4 août 2022, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Sarasqueta représentant M. A D et Mme C, qui persistent dans leurs conclusions par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, né le 1er janvier 1987 et Mme C, née le 25 octobre 1988, de nationalité syrienne, ont été déboutés de leurs demandes d'asile par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 décembre 2021, pour lesquelles ils ont introduit un recours en cassation. Le directeur de l'Office français de l'intégration et de l'immigration (OFII) leur a notifié la fin de leur prise en charge et de leur hébergement, ainsi que de leurs cinq enfants mineurs, à la suite de la notification de la décision de la CNDA. Ils indiquent avoir sollicité en vain une solution d'hébergement d'urgence auprès des services compétents. Par leur requête, M. A D et Mme C demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de leur proposer sans délai une solution d'hébergement d'urgence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Compte tenu de l'urgence à statuer sur la demande de M. A D et Mme C, il y a lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département, prévue à l'article L. 345-2-4. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". En vertu des dispositions de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

5. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A D et Mme C ont sollicité en vain et à plusieurs reprises l'obtention d'un hébergement d'urgence, depuis notamment le mois d'avril 2022, au regard notamment des nombreuses démarches téléphoniques effectuées auprès du centre d'appel 115. Ils ont par ailleurs directement saisi le préfet de la Haute-Garonne, notamment par courrier du 20 juillet 2022, en faisant notamment part de leur état de vulnérabilité compte tenu de leur absence d'hébergement digne et salubre et du fait qu'ils ont cinq enfants mineurs dont la plus jeune est âgée de 10 mois. Il résulte de l'instruction que les intéressés ne disposent effectivement pas d'un hébergement salubre et digne, alors que leurs cinq enfants mineurs sont âgés de 10 mois, 3 ans, 5 ans, 9 ans et 12 ans. Le préfet, qui n'a d'ailleurs produit aucun élément à l'instance, n'a apporté aucune réponse à cette demande de sorte que la carence des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence de M. A D, de Mme C et de leurs cinq enfants mineurs doit être regardée comme établie en l'espèce. Compte tenu de l'urgence à offrir aux requérants une solution d'hébergement et de l'atteinte grave et manifestement illégale ainsi portée à la liberté fondamentale du droit à l'hébergement d'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de faire droit à la demande d'hébergement d'urgence de M. A D et Mme C dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions accessoires :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le paiement au conseil des requérants d'une somme de 1 000 euros, sous réserve pour Me Sarasqueta de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A D et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de faire droit à la demande d'hébergement d'urgence de M. A D et Mme C dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera au conseil de M. A D et Mme C une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Sarasqueta de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F A D, à Mme E C, à Me Sarasqueta et au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 4 août 2022.

Le juge des référés,La greffière,

T. B P. TUR

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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